Stanley Kubrick : Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe

Stanley Kubrick : Docteur Folamour ou comment j’ai appris à ne plus m’en faire et à aimer la bombe.via Stanley Kubrick : Docteur Folamour ou comment j'ai appris à ne plus m'en faire et à aimer la bombe.

« The killing ». (1956) : du très grand Stanley Kubrick

Film complet en 5 vidéos, en version originale sous titrée en français:

Ultime razzia the killing de Stanley Kubrick

Même année que « Les sentiers de la gloire », et plusieurs acteurs communs aux deux films.

Cet article fait le rapprochement justifié avec Jules Dassin et le John Huston de « Asphalt jungle »:

http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/revues-presse/kubrick/kub-razzia1.html

La scène finale, où Johnny (Sterling Hayden, formidable) et sa maîtresse Fay tentent de fuir l’aéroport après que la valise des billets de banque se soit renversée sur la piste, est admirable en ce qu’on la voit de leur point de vue, observant dans la stupeur et le désespoir les deux policiers de l’aéroport s’avancer vers eux pistolet au poing:

Cela nous reporte à la scène du début où Johnny, qui vient de faire 5 ans de prison, explique à Fay, qui est follement amoureuse de lui et l’a attendu fidèlement ces 5 années, que cette fois ci ça ne va pas rater, ils seront riches pour prendre un nouveau départ.

Et il lui résume la situation des « complices », qui ne sont pas des truands mais ont un travail régulier.

Mais « ils ont aussi leurs problèmes »…

Marie Windsor joue comme à l’habitude un rôle de grue, mais là elle est particulièrement « soignée » dirais je : volage, cupide, menteuse, menant une vie infernale à son mari guichetier au champ de courses, et qui est à ses pieds, et la dernière phrase qu’elle prononce avant de mourir tuée par ce mari mérite d’être citée :

« Ce n’est pas juste…je n’ai eu que toi..tu es comme une blague pas marrante.. »

Enfin bref le mariage …

Et l’on comprend vite que. Marvin, celui qui finance, est un ivrogne détruit lui aussi par un mariage infernal, et que tous les autres sont poussés par la tragédie du malheur.

A partir de 1960 Kubrick traitera des thèmes plus, disons, « universels » (l’esclavage à Rome et la révolte de Spartacus, la guerre nucléaire, l’exploration de l’espace, l’ultra violence, les spectres, la guerre du Vietnam etc..) mais ne réussira jamais à dépasser le désespoir fondamental sur la condition humaine sensible dans les premiers films, « Fear and desire » compris.

Nous en comprenons, à mon sens, la raison dans « 2001 odyssée de l’espace » film tiré d’un roman fondamentalement athée, mais où Kubrick réintroduit une transcendance intervenant dans le cours de l’évolution pour le diriger vers un « but » évidemment incompréhensible.

Il réintroduit ainsi dans sa vision du monde un « ordre supérieur » qui n’est plus l’ordre de la charité de Pascal et Simone Weil, mais l’ordre de l’obscurité et de la terreur (le Dieu terrible de l’Ancien Testament).

Pourquoi n’a t’il jamais pu réaliser le film sur la Shoah qu’il rêvait de faire?

Parce que cet « ordre ténébreux » y devenait trop évident, il aurait loupé ses effets et n’aurait pu « surprendre ses spectateurs » comme à son habitude..et puis il avait peur, sans doute, d’affronter réellement les ténèbres….c’est bien naturel.

Aussi s’est il reporté sur le sexe et les Illuminati ( peut être ?) dans « Eyes wide shut », bref une obscurité d’opérette..

Mais j’ai appris de Brunschvicg et de José Dupré qu’il est immoral de vouloir réintroduire l’ordre de la charité ou un « analogon » de transcendance, après 1928, année de naissance de Kubrick et comme par coïncidence année de la dernière querelle de l’athéisme, celle de Brunschvicg venant plus d’un siècle après celle de Fichte:

‘La querelle de l’athéisme de Léon Brunschvicg

L’ordre de l’esprit, venant dépasser l’ordre de la chair qui est celui de « Fear and desire » ou « the killing », suffit…

Stanley Kubrick: les sentiers de la gloire (1956)

Un siècle après le début de la Première guerre mondiale, qui a provoqué de déclin semble t’il final et irréversible de l’Europe et de la France, il est bon de revoir ce chef d’œuvre antimilitariste de Kubrick, qui a été interdit en France pendant environ une vingtaine d’années.

En version française:

Partie 1:

http://www.dailymotion.com/video/x1a19ct_les-sentiers-de-la-gloire-path-of-glory-de-stanley-kubrick-avec-kirk-douglas-1957-partie-1_shortfilms

Partie 2:

http://www.dailymotion.com/video/x1a1ai6_les-sentiers-de-la-gloire-path-of-glory-de-stanley-kubrick-avec-kirk-douglas-1957-partie-2_shortfilms

En version originale sous titrée, en 6 vidéos:

http://www.dailymotion.com/video/x6n1iu_les-sentiers-de-la-gloire-1-6_shortfilms

(les liens pour les 5 vidéos suivantes sont dans la marge de droite)

La dernière scène est époustouflante, et déclenche une émotion rare: cette jeune fille allemande (jouée par Suzanne Christian qui allait devenir l’épouse de Kubrick) amenée devant un corps de troupe français hostile et qui arrive à les « retourner » en chantant une berceuse allemande…et ces hommes qui retournent à la boucherie peu après.

José Dupré parle de ce film dans « Vie de l’esprit et religions » page 196, en traçant un parallèle entre « cette énorme imposture de la trahison d’un martyr (Jésus) par le goupillon » et « cette autre mystification perpétrée par le sabre: qu’aurait dit le « soldat inconnu » enterré sous l’arc de l’Etoile à Paris, peut être un antimilitariste, un compagnon de ces victimes de la caste militaire commémorées par le grand cinéaste Stanley Kubrick dans son film courageux « Les sentiers de la gloire », ….qui après avoir tant souffert dans les tranchées se trouva forcé sans donner son avis de subir pour « l’éternité » les sinistres comédies politiciennes avec leurs défilés belliqueux ? Qu’aurait il dit de se voir comme Jésus pareillement récupéré ? »

Le grand Kirk Douglas né le 9 décembre 1916 avait 40 ans en 1956, il en a aujourd’hui 97 !!!

Il parle ici en 2011, à 94 ans donc, de Stanley Kubrick:

Kirk Douglas parle de Kubrick

Sidney Lumet et Stanley Kubrick

Sidney Lumet, mort récemment en 2011, est à mon avis l’un des plus grands réalisateurs américains, je le place même au dessus de Kubrick, ainsi le film de Lumet « Failsafe », sur le risque d’holocauste nucléaire, est sorti à peu près en même temps que « Docteur Folamour » de Kubrick (1964) mais ne traite pas du tout le thème de la même façon : solution « sacrificielle » chez Lumet (qui fait explicitement référence au sacrifice d’Abraham dans la Bible), le président américain fait raser New York sous le feu nucléaire par son aviation parce que Moscou a été rasée par erreur et il s’agit d’éviter une conflagration nucléaire généralisée; et du côté du film de Kubrick fin de l’humanité à cause d’un général américain devenu fou et de projets russes guère moins déments.

Il s’agit de deux chefs d’œuvre mais bien entendu le film de Kubrick, sa dérision et son atmosphère burlesque et délirante emportent l’adhésion de la majorité des spectateurs sans doute, mais à la fin le film de Lumet est préférable en ce qu’il laisse une place à la réflexion (pour savoir : comment éviter cela?)

Chez Kubrick il n’y a guère d’évolution philosophique : les humains, plongés dans l’étrangeté de leur condition d’êtres se sachant mortels sont tous, à des degrés différents, des psychopathes, c’est visible même dans son premier film (qui est un chef d’œuvre) « Fear and desire » :

https://tractatustoposophicus.wordpress.com/2012/11/15/fear-and-desire-de-stanley-kubrick-un-chef-doeuvre-absolu/

et

http://horreurislamique.wordpress.com/2013/10/23/fear-and-desire-de-kubrick/

voir aussi ce blog qui n’est pas de moi (ce qui constitue une grave insuffisance)

http://weltretter.wordpress.com/2014/01/19/fear-and-desire-and-other-kubrick-films-online/

et cela continue jusqu’à son dernier film « Eyes wide shut » où il s’explique avec « l’obscurité » du sexe à grands coups de rites collectifs en araméen (?) , après avoir souhaité faire un film sur la Shoah mais en avoir été incapable (c’est sûr que les orgies rituelles entre milliardaires new-yorkais et escort-girls c’est plus sympathique), dernier film qui est à mon sens un échec ( mais la femme de Tom Cruise est vraiment très belle, surtout quand elle refuse de coucher avec le beau danseur hongrois qu’elle a chauffé).

On doit aussi mentionner ici, hélas, le « retour du refoulé » (refoulé juif, dans le cas de Kubrick) avec les fameux « rectangles noirs de l’espace » dans « 2001 odyssée de l’espace », qui pointent vers une Transcendance incompréhensible…grand film au demeurant, tiré d’un roman totalement athée.

Sidney Lumet est juif aussi, je ne connais pas ses sentiments religieux, mais au moins ils n’apparaissent pas, à ma connaissance, dans ses films, où les hommes doivent lutter seuls contre leurs démons, sans recours au surnaturel ou au transcendant : telle est quand même l’exigence minimale de la laïcité, qui forme depuis bien avant 1905 la nature substantielle de l’Occident, exigence qui sera largement dépassée ici où je n’hésiterai pas à m’en prendre au Dieu d’Abraham, au nom du Dieu des philosophes

Stanley Kubrick n’est pas Brunschvicg-compatible, il ne laisse aucune place au « progrès de la conscience », son message pourrait être résumé en :

« Les humains sont plongés dans les ténèbres et n’en sortiront jamais »

mais j’ai créé ce blog justement parce que je suis persuadé du contraire : certes nous sommes perdus dans « l’obscurité » d’une « forêt profonde », mais il y a une voie de sortie qui est le salut : la philosophie idéaliste mathématisante inspirée de Descartes, Spinoza et Einstein de Léon Brunschvicg qui est réflexion sur le progrès de la conscience dans la science et la philosophie occidentale-européenne, et qui devra être ici « vérifiée » ( maître mot de la pensée brunschvicgienne) et confrontée aux pensées adverses comme à celles de José Dupré, Simone Weil et quelques autres.

Mais revenons à Sidney Lumet, maintenant que j’ai dit une fois pour toutes ce que je pense de Kubrick (qui est certes un extraordinaire génie, cela aurait dû lui donner un sens accru de sa responsabilité vis à vis du public, mais bien entendu je n’ai aucun droit de dire cela, car je suis moi même un irresponsable et un coupable absolu…qui ne fait pas de films ni de livres, et qui n’a aucun génie-daimôn, ni socratique ni kubrickien, et c’est heureux, et puis j’essaye ici de me soigner).

Le scénario type d’un film de Lumet, c’est un homme, un individu confronté à une situation « difficile » et qui fait tout ce qu’il peut, en prenant tous les risques, pour résoudre le « problème », qui est toujours une aporie collective, il ne s’agit as de trouver du boulot, de sortir d’une passe difficile financièrement, ou de séduire une femme (ou un homme).

C’est le cas dans son premier film, qui date de 1957:

« Douze hommes en colère »

où le juré Henry Fonda arrive à « retourner » les 11 autres jurés, et à les persuader qu’ils n’ont pas assez de preuves pour condamner l’homme jugé pour le meurtre de son père (et donc à le sauver de la chaise électrique).

Ce film est visible sur Dailymotion en cinq parties:

Douze hommes en colère

Ce type de scénario apparaît encore dans « Verdict », en 1982, où Paul Newman joue le rôle d’un avocat alcoolique qui affronte des intérêts économiques et financiers qui le dépassent totalement, mais gagné à la fin.

Mais 50 ans après, en 2007, dans son dernier film « Before the devil knows you are dead » (7h58 ce samedi là), plus rien ne reste de cet « espoir » en l’énergie humaine, l’obscurité qui a envahi l’Occident depuis les années 60 règne seule et à jamais semble t’il).

J’avais consacré cet article immédiatement après avoir vu ce film profondément dérangeant et désespérant, non sans avoir bu quelques verres d’alcool dans les bars de Montparnasse pour me remettre de cette fin horrible:

http://www.blogg.org/blog-64760-billet-sidney_lumet___7h_58_ce_samedi_la__before_the_devil_knows_you_re_dead_-677706.html

Entretemps j’ai cessé de boire de l’alcool, et Philip Seymour Hoffman est mort, récemment, de la drogue : comme quoi il ne jouait pas seulement un rôle dans ce film de Lumet en 2007.

Mais je viens de voir un film encore plus dérangeant si possible, datant de 1972, de Sidney Lumet aussi

« The offence »

Critique du film de Sidney Lumet « The offence »

auquel, pour des facilités de lecture et d’écriture, je consacrerai le prochain article, qui sera heureusement beaucoup plus court.

Allez encore deux liens d’anciens articles:

Celui ci sur « Failsafe » (malheureusement le film n’est plus visible sur Vimeo):

http://horreurislamique.wordpress.com/2014/01/03/fail-safe-point-limite-de-sidney-lumet-1964/

et celui ci donnant le lien permettant de voir « Dr Folamour » sur Dailymotion:

http://horreurislamique.wordpress.com/2014/01/01/stanley-kubrick-docteur-folamour-ou-comment-jai-appris-a-ne-plus-men-faire-et-a-aimer-la-bombe/

et aussi

http://horreurislamique.wordpress.com/2014/01/01/mein-fuhrer-i-can-walk/