Simone Weil : des prêtres et prophètes impost(u)eurs aux philosophes-géomètres dont le premier est Thalès

Simone Weil : des prêtres et prophètes impost(u)eurs aux philosophes-géomètres dont le premier est Thalès.via Simone Weil : des prêtres et prophètes impost(u)eurs aux philosophes-géomètres dont le premier est Thalès.

Premières conséquences de la doctrine d’African Spir

J’ai revu hier soir sur Paramount Channel le film de John Frankenheimer « Seconds » que j’avais commenté ici:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/07/19/john-frankenheimer-seconds-1966/

et admiré la scène (15 minutes après le début environ) où le banquier Arthur Hamilton se rend dans les locaux de la Compagnie et, après avoir refusé de signer le contrat, se trouve confronté au vieil homme (Will Geer) qui se révèlera être le directeur de la Compagnie, et qui le persuade de signer:

Ce personnage au regard si perçant et au sourire si inquiétant représente évidemment le Méphistophélès (Satan) du Faust de Goethe, sa stratégie est de persuader Hamilton de ce dont il est déjà convaincu au fond de lui même: sa vie n’a plus aucune valeur, il est déjà mort aux yeux de sa femme et de sa fille, à toutes les objections d’Hamilton (bateau pendant les vacances, prochaine promotion comme directeur général de la banque, etc..) le « vieux » a la réponse :

« Cela n’est rien..il n’y a plus rien…que du vent…cela n’existe plus »

Il a dû bien relire son Ecclésiaste (QOHELETH) avant…

Mais si l’on y réfléchit ne pourrait on pas étendre son « argumentation » un peu plus loin, à toute forme d’existence humaine ?

Et en arriver aux accusations radicales de Méphistophélès contre toute la création, destinée à être « raflée dans le néant »?
Ce que ne fait pas « le vieil homme » dans « Seconds »: nous sommes à New York en 1966, le diable est devenu entrepreneur et philanthrope, c’est ce qu’il dit à la fin du film et nous pouvons le croire sur parole: il a fondé cette « Compagnie » pour soulager la misère humaine, pas la misère matérielle car il ne s’adresse qu’aux gens riches, mais la misère « métaphysique » du « pauvre comédien qui se pavane sur la scène une heure durant et qu’ensuite on n’entend plus ».

Mais ce doux rêveur enregistre des échecs, de plus en plus nombreux sont les « clients » qui ne se plaisent pas dans leur nouvelle « incarnation », et ce pauvre diable est prisonnier de sa « création », il a maintenant un conseil d’administration, des sommes importantes sont en jeu, il ne peut pas démissionner purement et simplement.

D’autres rêveurs, plus ou moins doux, ont connu la même terrible situation : pensons à ceux qui, en 1981, voulaient « changer la vie », seulement c’est la vie qui les a changés, apparemment…pensons aussi à ceux qui en Russie, en Allemagne, voulaient créer un « homme nouveau »; seulement en guise de nouvel homme (dont parlait aussi Louis Claude de Saint Martin mais en un tout autre sens) c’est toujours le même misérable comédien qui se pavane sur la scène une heure durant, récitant son « histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ».

Nous voulons ici appliquer la méthode scientifique (si cela est possible, et quel que soit le sens réel de ces mots, qui reste à préciser) à la vie et au développement spirituels: nous utilisons les thèses philosophiques que nous étudions ici comme hypothèses, qui doivent être vérifiés. Seulement dans les sciences « dures » comme la physique, la vérification se fait de manière ultime sur les résultats numériques, quantifiables, des expériences.

Ce problème crucial devra être réglé en son temps: comme le « vieil homme » du film « Seconds » nous devons procéder par essais-tâtonnements-retours en arrière et apprendre de nos erreurs.

L’un des critères les plus importants de la « vérification » devra évidemment être, comme en physique d’ailleurs, le surcroît d’intelligibilité procurée.

Et si nous suivons, à titre d’hypothèse, la thèse d’African Spir, nous comprenons le « péché intellectuel et donc moral » du « vieil homme » dirigeant la Compagnie dans le film de Frankenheimer : si « le monde » et l’existence en ce monde est réellement une « anomalie », quelque chose qui ne devrait pas être, alors il est évidemment illusoire de vouloir artificiellement (et de manière immorale) d’existence en arrangeant un accident de manière à se faire passer pour mort.

Et d’ailleurs d’où viendra le cadavre que l’on retrouvera et prendra pour nous? Ici se trouve l’amorce de la fin absolument terrifiante et diabolique du film, qu’il est aisé d’entrevoir au début, mais c’est tout l’art de Frankenheimer de nous captiver assez pour nous empêcher de nous poser ces questions embarrassantes et si « techniques »..

Une telle « Compagnie » demeurera heureusement de la science fiction, par contre la « solution » trouvée par Jack Nicholson dans « Profession reporter » (se faire passer pour quelqu’un qui nous ressemble un peu et qui est mort dans la chambre à côté dans un hôtel perdu en Afrique) est de l’ordre du possible, quoique très improbable, mais elle se termine très mal dans le film d’Antonioni, mis à part le fait que cette fin donne lieu à l’un des plus beaux plan-séquence du cinéma, à égalité avec la fin de « Citizen Kane »: un meurtre qui se déroule sous nos yeux, mais où l’on ne voit ni n’entend rien.

Et la dernière phrase du film, prononcée par l’épouse du reporter joué par Jack Nicholson, devant le cadavre de son mari que la police lui demande de reconnaître :

« je ne l’ai jamais connu »

un peu la même chose que ce que dit la « veuve » d’Hamilton à…son mari mais qu’elle ne reconnaît pas car il a maintenant le corps de Rock Hudson et s’appelle ANTIOCHUS Wilson.

Ce qui est par contre humainement acceptable c’est de tenter d’améliorer sa vie personnelle en changeant de profession, en divorçant, etc…mais puisque « le monde est une anomalie » l’objectif ultime doit être d’en sortir.

Mais en sortir en quel sens? pas en un sens physico-matérialiste, car le monde est tout ce qui arrive, donc toute sortie en ce sens se produirait dans le monde, et ne serait pas une véritable sortie; à moins d’être la mort par suicide, mais cela signifierait que toute possibilité d’évolution spirituelle serait perdue, avec l’extinction de la vie.

Non, sortir du monde consiste en un « salut intellectuel » ( par la compréhension de ce qu’est l’anomalie en quoi consiste le monde, non par la prière dirigée vers un « Dieu » qui aurait créé le monde pour ses créatures), qui n’est autre que la « nouvelle naissance », une conversion à l’ordre de l’esprit et une victoire intérieure sur l’ordre de la chair qui est celui des guerres et des religions…des guerres de religions.

Aussi est il normal de vouloir améliorer et « changer » sa vie, mais en gardant en vue cet objectif ultime: la nouvelle naissance.

Autre conséquence de la pensée de Spir : le regard porté sur les religions et leur « Dieu créateur » ( ou leurs dieux)
Si le monde est une anomalie qui ne devrait pas être, il ne peut avoir été créé par Dieu, qui ne saurait donc être accusé du mal existant dans le monde.

Il ne faut pas non plus s’orienter vers une doctrine de type marcionite ou gnosticiste où le rôle de créateur du monde serait attribué à un « mauvais démiurge »: car ce serait attribuer au monde un statut de réalité substantielle.

La pensée de Spir, comme celle de Brunschvicg, conduit vers une révolution religieuse où le « Dieu d’En Haut », suréminent, qui est le Dieu créateur et transcendant d’Abraham, qui intervient dans le cours du monde qu’il a créé (mais en ce moment il est dans l’embarras, car il semble qu’il ait vendu deux fois, à deux peuples différents, une parcelle de terre appelée Palestine par les uns, ISRAËL par les autres) est remplacé par le « Dieu du dedans », Dieu de la réflexion qui n’intervient pas dans l’histoire, sauf par ce « mouvement que nous avons tous, théoriquement du moins, pour aller plus loin » dans la progression vers la sagesse.

La démocratie véritable, et la paix durable (en particulier au Proche et au Moyen Orient), à pour condition préalable ce remplacement du Dieu créateur et transcendant, « mensonge vital », se partageant en traditions ethniques rivales, par le Dieu de la réflexion.

Bien entendu ceci n’invalide pas mon soutien à ISRAËL, sur lequel je me suis déjà expliqué ici, et qui n’est certainement pas une approbation des pires fables de la Torah sur un mode réaliste qui serait un titre de possession de cette terre accordé par un Dieu intervenant dans l’histoire humaine.

Conception de Dieu dont Simone Weil a montré qu’elle conduit aux pires génocides.

José Dupré : itinéraire en devenir

J’ai déjà annoncé ici la parution mi juin du tome 1 du nouveau livre de José Dupré : « Itinéraire en devenir: rencontre avec le monde et les vivants » et me le suis procuré récemment.

Le nouveau livre de José Dupré

On peut l’acheter dans toutes les librairies en ligne, mais aussi par courrier à sa maison d’éditions :

La Clavellerie,

F-24650 Chancelade

La révolution de pensée José Dupré

Il s’agit d’un livre de plus de mille pages où cet auteur, qui est sans doute le plus important encore en vie dans le domaine de la Pensée, livre son témoignage sur sa vie et son œuvre, et par là même sur l’histoire événementielle et spirituelle depuis 1940.

Il ne donne jamais la date exacte de sa naissance, ce qui est compréhensible puisqu’il s’exprime du point de vue transcendantal du Moi réflexif, comme Fichte ou Steiner: la première date précise qu’il donne est celle d’une fête dont il se souvient parfaitement le 2 juillet 1939.

D’après plusieurs indices on peut supposer qu’il est né entre juillet 1935 et juin 1936.

Il a donc connu la guerre et ses horreurs avec les yeux et les impressions d’un enfant de moins de 10 ans, et consacré à cette période de sa vie les deux premiers chapitres du livre.

Je dis dans l’article plus haut de José Dupré qu’il est un, le penseur providentiel (le seul encore vivant, qui peut donc témoigner, intervenir en personne) pour notre époque.

Cela sonne bien « religieux »!

Je persiste et signe car il y a deux sens du mot « religieux » : celui qui se contente des deux ordres de la chair (de la vie et de la matière) et de l’esprit, et celui qui en introduit un troisième : ordre de la grâce surnaturelle, de la charité, ..

A la limite, l’athéisme véritable serait le monisme de la matière et de la vie, Brunschvicg comme José Dupré affirment l’immanence de l’Esprit et l’inanité du « Dieu » qui est illusion et mensonge vital : le Dieu du monothéisme abrahamique.
Il serait cependant aventureux d’opposer Dupré à Pascal de la même façon tranchée que Brunschvicg dans la querelle de l’athéisme de 1928: Dupré admire Simone Weil, qui est en quelque sorte disciple de Pascal, comme le montre Jacques Julliard dans son livre récent : « Le choc Simone Weil ».

Lorsque je dis « providentiel » je ne fais que me référer à l’immanence radicale de l’esprit, qui est l’Un-en-un, je n’imagine pas du tout une Déité supra-céleste dont ce penseur serait l’Envoyé.

Le témoignage de José Dupré dans les deux premiers chapitres n’est pas seulement historique, et il n’est semblable à aucun autre que j’aurais pu lire ou écouter (de la part de mon père qui a connu cette époque, mais il avait 10 ans de plus).

Nous voyons là une individualité spirituelle se former au contact de cette réalité atroce de l’Occupation, et un enfant prendre conscience de la « racine ténébreuse du monde », et du caractère tragique de l’existence humaine.

Mais la plus grande tragédie n’est elle pas l’oubli de cette tragédie, dans les « distractions », comme en ce moment le football au Brésil, ou bien dans le confort illusoire des religions instituées et de leur base mythologique ?

Parole de José Dupré à propos de la Libération ( à laquelle il assisté à Limoges) :

« Je sais maintenant que le Mal prit d’autres couleurs, avec moins de franchise, qu’au moins ceux là (i e les nazis) avaient eue..« 

« The killing ». (1956) : du très grand Stanley Kubrick

Film complet en 5 vidéos, en version originale sous titrée en français:

Ultime razzia the killing de Stanley Kubrick

Même année que « Les sentiers de la gloire », et plusieurs acteurs communs aux deux films.

Cet article fait le rapprochement justifié avec Jules Dassin et le John Huston de « Asphalt jungle »:

http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/revues-presse/kubrick/kub-razzia1.html

La scène finale, où Johnny (Sterling Hayden, formidable) et sa maîtresse Fay tentent de fuir l’aéroport après que la valise des billets de banque se soit renversée sur la piste, est admirable en ce qu’on la voit de leur point de vue, observant dans la stupeur et le désespoir les deux policiers de l’aéroport s’avancer vers eux pistolet au poing:

Cela nous reporte à la scène du début où Johnny, qui vient de faire 5 ans de prison, explique à Fay, qui est follement amoureuse de lui et l’a attendu fidèlement ces 5 années, que cette fois ci ça ne va pas rater, ils seront riches pour prendre un nouveau départ.

Et il lui résume la situation des « complices », qui ne sont pas des truands mais ont un travail régulier.

Mais « ils ont aussi leurs problèmes »…

Marie Windsor joue comme à l’habitude un rôle de grue, mais là elle est particulièrement « soignée » dirais je : volage, cupide, menteuse, menant une vie infernale à son mari guichetier au champ de courses, et qui est à ses pieds, et la dernière phrase qu’elle prononce avant de mourir tuée par ce mari mérite d’être citée :

« Ce n’est pas juste…je n’ai eu que toi..tu es comme une blague pas marrante.. »

Enfin bref le mariage …

Et l’on comprend vite que. Marvin, celui qui finance, est un ivrogne détruit lui aussi par un mariage infernal, et que tous les autres sont poussés par la tragédie du malheur.

A partir de 1960 Kubrick traitera des thèmes plus, disons, « universels » (l’esclavage à Rome et la révolte de Spartacus, la guerre nucléaire, l’exploration de l’espace, l’ultra violence, les spectres, la guerre du Vietnam etc..) mais ne réussira jamais à dépasser le désespoir fondamental sur la condition humaine sensible dans les premiers films, « Fear and desire » compris.

Nous en comprenons, à mon sens, la raison dans « 2001 odyssée de l’espace » film tiré d’un roman fondamentalement athée, mais où Kubrick réintroduit une transcendance intervenant dans le cours de l’évolution pour le diriger vers un « but » évidemment incompréhensible.

Il réintroduit ainsi dans sa vision du monde un « ordre supérieur » qui n’est plus l’ordre de la charité de Pascal et Simone Weil, mais l’ordre de l’obscurité et de la terreur (le Dieu terrible de l’Ancien Testament).

Pourquoi n’a t’il jamais pu réaliser le film sur la Shoah qu’il rêvait de faire?

Parce que cet « ordre ténébreux » y devenait trop évident, il aurait loupé ses effets et n’aurait pu « surprendre ses spectateurs » comme à son habitude..et puis il avait peur, sans doute, d’affronter réellement les ténèbres….c’est bien naturel.

Aussi s’est il reporté sur le sexe et les Illuminati ( peut être ?) dans « Eyes wide shut », bref une obscurité d’opérette..

Mais j’ai appris de Brunschvicg et de José Dupré qu’il est immoral de vouloir réintroduire l’ordre de la charité ou un « analogon » de transcendance, après 1928, année de naissance de Kubrick et comme par coïncidence année de la dernière querelle de l’athéisme, celle de Brunschvicg venant plus d’un siècle après celle de Fichte:

‘La querelle de l’athéisme de Léon Brunschvicg

L’ordre de l’esprit, venant dépasser l’ordre de la chair qui est celui de « Fear and desire » ou « the killing », suffit…

La théologie criminogène

Article à méditer:

Réflexion sur la théologie criminogène

« Depuis très longtemps, dans le judaïsme et le christianisme, la théologie criminogène ne justifie plus les prétendus appels de Dieu à massacrer que dans le très lointain passé où furent rédigés les livres de l’Ancien Testament. Mais ces deux religions ont transmis cette justification au prophète Mohamed, lequel l’a re-justifiée à son tour, et ré-interprétée de manière tragique pour l’humanité : la prétendue volonté de « bonne violence » de Dieu restait valable, selon lui, pour le présent de l’islam en formation, et elle le resterait jusqu’à la soumission totale de tous les peuples au « seul vrai Dieu Allah ». On voit encore aujourd’hui, peut-être plus gravement que jamais, les terribles résultats.

C’est cette épouvantable ré-animation, toujours pas rejetée par les musulmans pacifiques, qui me fait affirmer très clairement mon islamophobie (1). Mais il me paraît évident que, même si elle est désormais indirecte, la responsabilité du judaïsme et du christianisme reste grande dans la poursuite de la violence effectivement commise au nom de Dieu. Et c’est en trahissant le Jésus dont il se dit l’héritier spirituel, ainsi que son message contenu dans les Evangiles, que le christianisme, le catholicisme tout spécialement, maintient ce qu’il y a de criminogène dans sa théologie.

J’approuve à cent pour cent, et même à sang pour sang, ce qui est dit dans cet article, mis à part le fait qu’il me semble hasardeux de placer quelques lignes plus loin Simone Weil et Michel Onfray…

Je n’ai pour ma part jamais laissé planer la moindre ambiguïté sur mes autres blogs : je n’exerce pas mon libre droit à la critique et à la dénonciation de l’Islam et du Coran (et non pas d’un prétendu islamisme ou fondamentalisme islamique) à partir d’une autre option religieuse choisie parmi les « religions du Dieu des guerres de religions » ou les autres.

Je suis, comme l’auteur de l’article, partisan de l’Etat d’Israel et de l’Anti-antisionisme, justement parce que depuis 1948 les juifs redeviennent un peuple comme les autres et sont libérés du mythe funeste de l’élection qui leur a attiré tant de malheurs.

Et ce n’est pas un hasard si parmi les juifs antisionistes on trouve, à part les juifs gauchisants et athées qui n’ont plus de juifs que le nom, des juifs religieux traditionalistes et obscurantistes comme ces Neturei Qarta qui sont les « bons juifs » des musulmans.

« pas de peuple d’élection, pas de culte d’exception » comme disait Brunschvicg, et aussi:

« L’esprit se refuse au Dieu du mystère comme au Dieu des armées »

et aussi et surtout ces lignes extraites de la conclusion de « Raison et religion » qui date de 1939, sorte de testament religieux de Brunschvicg, qui vient rectifier et annuler Ancien comme Nouveau Testaments:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

« Entre l’illumination transcendante et la lumière intérieure, la digue que la « crainte du Seigneur » s’était efforcée d’élever sera sans cesse rompue : le contraire de la crainte, c’est l’espérance, mais c’est aussi le courage. Il faut avoir le courage de son espérance ; et dès lors, la subjectivité de la synthèse cessera de tenir à distance respectueuse l’objectivité de l’analyse. Plus profondément encore peut-être, la question sera de décider si une synthèse qui n’est que subjective, qui ne se fonde pas, selon l’exigence de la méthode, sur la vertu conquérante de l’analyse, est réellement une synthèse, si elle ne se réduit pas, sous un nom flatteur et trompeur, à une ruse de la mémoire qui projette sur le progrès de la conscience l’ascendant mystérieux d’habitudes invétérées, c’est-à-dire, au fond, la tradition banale d’un sens commun.

LII. — Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l’éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l’humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l’évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l’instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l’intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d’une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ?
La clarté de l’alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n’intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n’ont jamais songé à l’invoquer ». Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s’agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l’avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l’expérience, personne ne le reconnaîtrait. Statique ou dynamique, en effet, la religion le tient avant tout pour un Être qui peut entrer en rapport avec nous » . En vain donc le rationalisme invoquera ses titres de noblesse, tentera de faire valoir « quelque idéal de sagesse ou de beauté, il ne saurait grouper qu’une rare élite et, s’il se borne aux horizons terrestres, il succombe avec l’individu » .
 »

Simone Weil dit une chose analogue dans « La pesanteur et la grâce », il faudra que je retrouve le texte précis, mais en gros cela démontre qu’un « Dieu qui intervient dans le cours du monde et de l’Histoire » ne peut pas être Dieu, mais forcément une Idole fasciste et sanguinaire: le « Dieu » de l’Ancien Testament que Simone Weil récusait absolument, en rapprochant par exemple l’idéologie de Moïse de celle de Charles Maurras, et celle de Thomas d’Aquin de celle d’Hitler.
Il n’y a donc plus aucune ambiguïté et les trois prétendus monothéismes abrahamiques sont ici jugés , et condamnés.

Mais le danger serait ici de tout confondre dans la nuit obscure où toutes les vaches sont noires.

Rappelons ici un proverbe d’Afrique du Nord:

« Une fourmi noire sous une pierre noire sur la terre noire dans la nuit noire, Dieu seul la voit »

Mais si le Dieu des philosophes et des savants est la condition de possibilité du jugement libre et rationnel, « ce par quoi il y a vérité plutôt que ce dont il y a vérité », nous ne pouvons pas faire moins, nous dont l’unique devoir religieux est d’exercer ce jugement et de le vérifier, que le Dieu des fables et des proverbes: il nous faut discriminer, et discerner cette fourmi que nous sommes, perdue dans les ténèbres.

Et nous ne pouvons pas alors ne pas déceler un progrès de réflexion et d’universalité dans l’évangile, celui de Jean notamment, ou celui de Thomas, par rapport aux génocides décrits dans le livre de Josué, progrès de la conscience que le christianisme devenu religion de l’Empire a ensuite trahi, avant que le Coran écrit sur deux siècles ou plus par des religieux nazaréens (dont Pierre-Antoine Bernheim a montré qu’ils devraient être appelés les véritables « judéo-chrétiens ») ne vienne l’éteindre définitivement en soufflant sur la flamme et en éteignant la Lumière.

Mais en 1596 un nouveau Rédempteur est né, suivi d’un autre en 1632,

****

La Lumière ne peut pas s’éteindre entièrement (ce que vise pourtant à faire la pseudo-civilisation qui se donne actuellement le nom « Europe »), et comme dit le texte de la fin de « L’obscurité » de Philippe Jaccottet:

« Le véritable amour est un souffle dont on dirait qu’il ne peut pas s’interrompre« 

Simone Weil, l’espace-temps, et l’amour de Dieu

Tiré du chapitre « L’amour de Dieu et le malheur » du livre « Attente de Dieu »:

« L’infinité de l’espace et du temps nous séparent de Dieu. Comment le chercherions nous ?….nous sommes hors d’état d’avancer verticalement. Nous ne pouvons pas faire un pas vers les cieux.
Dieu traverse l’univers et vient jusqu’à nous.
Par dessus l’infinité de l’espace et du temps, l’amour infiniment plus infini de Dieu vient nous saisir
 »

Émile Cioran répond:

« elle a raison la pauvre sainte… »

(en fait ce propos visait plutôt Thérèse d’Avila il me semble, dans « De l’inconvénient d’être né »)

je vois plusieurs apories ou du moins imprécisions dans ce texte: la « verticale » dont parle la « martienne » n’a rien à voir avec la troisième dimension d’espace dans laquelle nos avions et nos vaisseaux spatiaux évoluent et « font des pas »…

Mais que dis je?

Pas besoin de faire un pas vers les cieux puisque la physique moderne nous assure que…nous y sommes!

Mais bien sûr La « trollesse » ( autre surnom donné à Simone Weil, par son frère André cette fois, le grand mathématicien) ne parle pas des cieux en ce sens là : elle parle du Royaume des cieux de l’évangile (et de Genèse 1, si l’on veut).

Par contre l’infinité de l’espace et du temps est un peu fâcheux : Einstein parle de l’espace-temps, qui n’est pas infini mais illimité, ce qui est tout différent.

Y aurait il plusieurs infinis ? Voilà une thèse athée qui convient à la rigueur à Badiou méditant sur l’infinité des cardinaux infinis de Cantor , mais pas à la martienne…

Comment l’amour de Dieu traverserait il l’espace-temps, notion mathématique ?

Non j’ai beau faire des efforts…finis certes, la pensée de Brunschvicg me semble infiniment plus claire et donc préférable : on supprime l’ordre de la charité (qui n’est guère charitable, comme le montre la récente découverte du charnier de bébés « illégitimes » en Irlande dans un ancien couvent), ne restent que l’ordre de la chair et l’ordre de l’esprit, et la recherche de Dieu ne concerne que le second:

« Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène. »

Et pan sur Heidegger…

En somme on remplace la transcendance « par delà l’espace et le temps » ( mais qui bizarrement vient nous saisir) par l’intériorité réflexive et son universalité.

Mais la Sainte de l’Abîme est plus sainte à mes yeux..

En somme le seul vrai problème à me poser pour sortir (ou bondir par dessus) de tous mes problèmes est méthodologique :

-la seule philosophie suffit elle (Platon, Descartes, Spinoza, Kant, Fichte, Lagneau, Lachelier, Brunschvicg)?

-ou bien est il besoin d’une pensée qui la dépasse par le haut (pensée que je décèle chez José Dupré et Simone Weil)?

Parce que je ne reviendrai pas à l’avant Descartes…il est vrai que Platon vient avant Descartes mais je parle ici plutôt du platonisme en tant que « vérité de la philosophie », qui n’a donc ni d’avant ni d’après …

Déodat Roché et l’anthroposophie

Deodat Roché et l’anthroposophie

avec des développements sur Simone Weil et José Dupré.

A noter que ce dernier ne s’est pas séparé de Deodat Roché (dont il explique l’engouement pour l’anthroposophie) mais de Steiner, fondateur d’une secte redoutable ….

Voir:

Rudolf Steiner, l’anthroposophie et la liberté