Soutien inconditionnel à ISRAËL

Dans l’article précédent, qui contenait les prolégomènes à celui ci:

Soutien à ISRAËL : prolégomènes platoniciens et cartésiens

j’ai dit que la « sortie de l’humanité hors de l’état de tutelle dont elle est elle même responsable », qui est la tâche des Lumières selon Kant, consistait à s’orienter dans la pensée avec une certitude analogue à celle du Cogito, qui constitue le seuil, la porte, l’entrée sur le « long et difficile chemin qui de l’enfer mène à la lumière »: ceci répond aux deux phrases lues ou entendues par Descartes lors du troisième songe lors de la fameuse nuit du 10 au 11 novembre 1619, qui sont « Quod vitae sectabor iter? » ( orientation non pas selon la tradition et ses préjugés mais selon la Raison universelle, valable selon Descartes « aussi bien pour les chrétiens que pour les Turcs ») et « Est et non » (oui ou non, vrai ou faux, orientation selon l’esprit de vérité qui doit se faire selon une certitude absolue).

Or nous voyons immédiatement ici apparaître deux difficultés majeures, deux apories même : qu’en est il de la liberté de choix entre deux options si nous savons de manière certaine que seul le choix de l’une correspond à la vérité, et si nous savons laquelle est juste ? Et en particulier, concernant l’orientation vis à vis des grands problèmes politiques, comment concilier la diversité des opinions, souhaitable en démocratie, avec cette certitude alléguée d’une seule voie possible ? Cela ressemble fort au communisme, ou à l’Islam et à la Shari’a.

Prenez un chef d’œuvre remarquable du cinéma qui est passé à la télévision récemment : « L’armée des ombres » de Jean Pierre Melville.

http://www.cineclubdecaen.com/realisat/melville/armeedesombres.htm

Pour nous qui vivons maintenant, le choix était clair : il fallait opter pour la Résistance.

Et pourtant il existe encore des partisans de Pétain; et pour ceux qui vivaient à l’époque, tout n’était pas aussi clair, l’armée française avait été vaincue, écrasée même, l’ennemi occupait une partie du territoire, et la plupart des gens n’avaient pas sur la nature réelle du nazisme les informations que nous possédons maintenant.

Et le chef d’œuvre de Melville (qui a fait le choix de la résistance à l’époque) nous montre que le milieu de ceux qui ont fait le choix du courage n’était pas une communauté de saints ( et cela nous le savons par l’œuvre des historiens, avant de le savoir par le film): il y avait des traîtres, des gens aux motivations et aux comportements ambigus, entre résistance et collaboration, entre héroïsme désintéressé et gangstérisme.

Mais descendons d’un cran dans la généralité et venons en à notre problème particulier : celui d’ ISRAËL et du sionisme, qui fait l’objet ces jours ci d’une guerre de plus en plus violente sur le terrain par les armes, et dans les débats par les mots utilisés.

Ici aussi je voudrais faire appel à un film, un chef d’œuvre aussi de Sidney Lumet réalisé en 1964, et qui coïncidence vient de ressortir en version restaurée dans des salles parisiennes:

« Le prêteur sur gages » (« The pawnbroker ») avec Rod Steiger qui fait une composition remarquable dans le rôle de Sol Nazerman, qui a perdu tous ceux qu’il aimait dans les camps d’extermination et mène aux USA depuis sa fuite d’Allemagne une vie solitaire et désespérée, se montrant intraitable en « affaires »:

Sidney Lumet : le prêteur sur gages 1964

Il y aurait énormément à dire sur ce film extraordinaire, qui me confirme dans l’idée que Sidney Lumet est le plus grand réalisateur américain (car si Kubrick a été incapable de réaliser ce film sur la Shoah qu’il rêvait de mener à bien, Lumet a fait beaucoup mieux avec cette œuvre sur un revenant des camps, revenant dans tous les sens du terme car il est vraiment mort spirituellement), mais je veux juste ici signaler la scène où Sol Nazerman pressé de questions par son jeune commis portoricain sur « comment gagner de l’argent ? » Il se laisse aller, alors que d’habitude il est si taciturne, à une tirade de 10 minutes sur l’histoire des juifs de la diaspora, « sans armée et juste munis d’une grande légende barbue », et quand il en vient à ce qui leur a permis de tenir bon malgré les haines et les persécutions universelles (il y a même de nombreux antisémites au ‘Japon, où il n’y a jamais eu de communautés juives), il parle de l’orgueil d’être unique, face à tous les autres.

Un peuple pas sûr de lui ni dominateur (enfin pas forcément) mais contre tous les autres, et unique…..et cette situation provient évidemment des mythes de la Torah, et elle prévaut depuis l’Exil.
Or ceci n’est pas une bonne chose, ni pour les juifs, ni pour les autres!

Ce n’est bon ni pour un individu , encore moins pour un peuple qui n’a pas d’armée ni de pays..

On comprend donc ma ligne d’argumentation, qui me semble imparable : cette situation n’est bonne ni pour les juifs, ni pour les autres, il convient donc de la remplacer par une autre plus satisfaisante pour tout le monde, et pour cela il n’y a pas trois solutions : soit les juifs disparaissent (solution finale d’Hitler ou du Hamas), soit les non juifs disparaissent par conversion générale au judaïsme (j’ai l’esprit taquin ce soir) soit les juifs ont un pays, un état moderne et une armée : ISRAËL et ‘Tsahal.

Seule la troisième solution est envisageable rationnellement et humainement.

Mais pourquoi avoir fait alors précéder cet article du précédent consacré aux « prolégomènes platoniciens et cartésiens »?

Soutien à ISRAËL : prolégomènes platoniciens et cartésiens

Depuis que j’ai commencé à écrire cet article-manifeste, des évènements graves se sont déroulés dans notre pays, à Paris notamment des manifestants pro-Hamas (plutôt que pro-palestiniens, j’espère que tout le monde comprend la différence) ont crié « mort aux juifs! Allahou akbar ! » sans être inquiétés par la police française, d’autres ont tenté d’incendier deux synagogues à l’aide de cocktails Molotov, « espérant » ainsi brûler vifs tous les religieux juifs se trouvant à l’intérieur, voir :

http://ripostelaique.com/paris-150-juifs-attaques-par-des-pro-palestiniens-dans-la-synagogue-de-la-roquette.html

http://louyehi.wordpress.com/2014/07/15/france-manif-pour-gaza-loccasion-de-proferer-des-insultes-antisemites/

http://louyehi.wordpress.com/2014/07/15/france-les-pro-palestiniens-sont-des-islamistes-radicaux-quil-faut-interdire-en-france/

http://louyehi.wordpress.com/2014/07/15/lhorreur-antisemite-est-en-marche-en-france-par-guy-milliere/

On se croirait ici revenus aux heures les plus sombres de notre histoire, et cette situation n’est pas nouvelles en France : il y a environ 25 ans, d’autres musulmans fanatisés défilaient en plein Paris en appelant au meurtre de l’écrivain Salman Rushdie.

Nous héritons cette situation tragique d’époques anciennes, d’avant la ligne de partage des Temps qui coïncide avec la révolution scientifique et philosophique du cartésianisme :

http://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

partage qui se situe précisément au cours de la nuit de la Saint Martin du 10 au 11 novembre 1619, nuit des trois songes de Descartes, où entre en scène l’ Esprit de Vérité destiné à supplanter le ou les dieux des nourrices : Dieu des philosophes et des savants, et non le Dieu d’Abraham.

Esprit de Vérité universel et géomètre, qui déjà animait le philosophe Thalès qui s’attira le rire d’une servante Thrace, qui elle situait les dieux sous terre et croyait naïvement que « le grec » (qui était en fait un asiatique) situait les siens au ciel , et ne connaissait donc pas « les vrais dieux, les plus puissants », qui étaient évidemment les siens, ceux de la Thrace:

http://horreurislamique.wordpress.com/le-rire-de-la-servante-de-thrace/

De Thalès à Descartes en passant par Platon la conséquence est bonne, à condition de ne pas confondre le Platon mythologue, celui du Timée, avec le Platon mathématicien, celui du Parménide.

Avant la ligne de partage des Temps, avant la nuit de songes (prophétique, si ‘l’on veut) du Sauveur  le 10-11 novembre 1619, , suivie 18 ans plus tard du traité universel de la seconde naissance, l’humanité était incapable de sortir des Ténèbres qui lui avaient valu au 16 ème siècle  les atroces guerres de religions : car le Dieu d’Abraham, dieu des nourrices , dieu d’une servante de Thrace qui aurait pris la « grosse tête », grenouille voulant se faire aussi grosse que le boeuf, est le dieu des guerres de religions, dieu du mytère et dieu des arméees auquel l’esprit, qui est l’Esprit de Vérité de Thalès et Descartes, se refuse.

Or le temps des guerres de religions semble revenir, voire définitivement revenu. Mais nous avons maintenant de quoi répondre à ces ténèbres opaques, « ténèbres visibles » que Milton décrit ainsi dans la vision de Satan (qui n’est autre que l’homme déchu, non libéré de l’obscurité) au Livre I du Paradise lost :

http://www.dartmouth.edu/~milton/reading_room/pl/book_1/

« At once as far as Angels kenn he views
The dismal Situation waste and wilde, [ 60 ]
A Dungeon horrible, on all sides round
As one great Furnace flam’d, yet from those flames
No light, but rather darkness visible
Serv’d onely to discover sights of woe,
Regions of sorrow, doleful shades, where peace [ 65 ]
And rest can never dwell, hope never comes
That comes to all; but torture without end
Still urges, and a fiery Deluge, fed
With ever-burning Sulphur unconsum’d:
Such place Eternal Justice had prepar’d [ 70 ]
For those rebellious.. »

ce que Chateaubriand traduit ainsi :

« D’un seul coup d’œil, et aussi loin que perce le regard des anges, il voit le lieu triste dévasté et désert : ce donjon horrible, arrondi de toutes parts, comme une grande fournaise flamboyait. De ces flammes point de lumière, mais des ténèbres visibles servent seulement à découvrir des vues de malheur ; régions de chagrin, obscurité plaintive, où la paix, où le repos ne peuvent jamais habiter, l’espérance jamais venir, elle qui vient à tous ! Mais là des supplices sans fin, là un déluge de feu, nourri d’un soufre qui brûle sans se consumer.

Tel est le lieu que l’Eternelle Justice prépara pour ces rebelles ; ici elle ordonna leur prison dans les Ténèbres extérieures ; elle leur fit cette part, trois fois aussi éloignée de Dieu et de la lumière du ciel que le centre de la création l’est du pôle le plus élevé. Oh ! combien cette demeure ressemble peu à celle d’où ils tombèrent ! »

cette demeure c’est la nôtre !

Mais, si c’est le NON (de la détermination qui est négation) qui brûle (comme le dit Angelus Silesius)  dans l’Enfer qui est notre demeure (l’enfer est pour les héros !) , on en sort par le OUI, soyons logique !

Oui non, 1-0, vrai-faux : on sort de l’enfer des guerres de religions (entre autres joyeusetés) par l’Esprit de Vérité, qui est aussi l’Esprit du Messianisme réévalué.

Car si « nous avons toujours du mouvement pour aller plus loin » (Malebranche le cartésien) alors il n’y aura pas d’épiphanie de la Vérité, nous pourrons toujours nous orienter vers le « pays des vérités » mais non habiter définitivement cette « terre promise ».

Ce qui signifie que tout homme se présentant comme « Messie » est un imposteur : et le dernier cas est celui du rabbin Shabbataï Tsevi se convertisant à l’Islam, destructeur du judaïsme, mais là encore le Sauveur était présent en la personne de Baruch Spinoza, héritier de Descartes, qui vivait à la même époque.

De même tout homme se présentant comme un Sage complet : et si Hegel est bien tel que le décrit Alexandre Kojève, alors il est bien un imposteur.

Descartes n’est li Messie ni Sage complet (il y a de nombreuses erreurs chez lui, notamment sa physique) : il est le Sauveur, le Rédempteur uniquement parce qu’il nous donne le critère pour reconnaître les imposteurs.

Et c’est seulement depuis cette ligne rationaliste, idéaliste  et spiritualiste que nous pouvons « briser les Ténèbres visibles » et répondre aux servantes de Thrace (qui sont maintenant voilées) par l’effort viril de la recherche indéfinie de la vérité dans la science et la philosophie.

La Torah n’est pas la Sagesse,elle n’est pas du tout inaccessible, et la meilleure preuve en est que Shabbatai Tsevi et Jacob Frank ont voulu la violer, et y ont en quelque manière réussi. En plus ils croyaient réaliser ainsi ses volontés cachées, clamant que « c’est en violant la Torah qu’on accomplit la Torah », c’est l’histoire de tous les violeurs, hélas…

On se méprendrait complètement sur le sens de cet article si l’on y voyait un nouveau réchauffé biblico-talmudique destiné à asseoir les prétentions juives sur un lopin de terre et de vieux monuments, et comme je l’ai déjà dit une bonne part des juifs antisionistes sont traditionalistes, ils ne veulent pas renoncer au mythe de l’élection.

Mais il se fait que nous avons maintenant l’antidote , depuis Descartes, au poison de la passion triste qui se nomme « antisémitisme » (et de quelques autres poisons passionnels) et cet antidote, l’esprit universel de vérité, consiste en cette affaire à reconnaître que les religions du Dieu unique en trois exemplaires n’ont aucune valeur de vérité, elles sont de nature ethnique, même celles qui prétendent à l’universalité, réservée à la science et à la réflexion sur la science qui est la philosophie.

Tout ce qui se situe en dehors du « pays de la vérité », ou pays des théorèmes, est caduque, comme dirait Arafat.

Mais il faut se garder de tout mélanger : il y a de très grandes choses dans la Bible, il n’y en a aucune dans le Coran, qui est comparable à un paquet de tracts de nature politique d’un mauvais goût achevé.

Le christianisme à besoin du judaïsme, qu’il prétend accomplir , par contre l’Islam prétend rectifier les deux Révélations précédentes qui seraient falsifiées par les humains.

Sa volonté implicite est donc de supprimer la première Révélation, considérée comme une « mère infidèle » (la seconde est un frère concurrent) car une fois effacées les traces de cette matrice juive, ne resterait que la vérité absolue et divine que le Coran prétend apporter (mais qui consiste juste en les slogans au bas des tracts coraniques, les sourates).

Tel est le sens de l’antisémitisme coranique : effacer toute trace de ce qui serait un « avant » la vérité prétendue (et qui est pour le coup vraiment falsifiée), toute trace de cette mère détestée et méprisée.

Aussi est il crucial , pour contrer cette manipulation, que les trois « monothéismes » demeurent, avec chacun sa capitale : Rome pour le christianisme, La Mecque pour l’islam, et Jérusalem pour le judaïsme.

Et ceci n’est évidemment possible que si ISRAËL continue à exister.

Ce n’est que sous cette condition que l’esprit de Vérité pourra jouer son rôle en limitant et réévaluant les tois révélations à leur portée ethnique, sans aucun lien avec la vérité universelle.

Sinon l’humanité (islamisée ou en guerre contre elle même) serait définitivement enfermée dans les Ténèbres.

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« The offence » de Sidney Lumet (1972): un film qui a sa place dans « L’obscurité »!!

J’ai vu ce film au cinéma la semaine dernière et je dois dire qu’il est extrêmement dérangeant, encore plus même que le dernier film de Lumet sorti en 2007: « 7h58 ce samedi là » qui se termine sur la scène d’un père (Albert Finney) étranglant son fils couché dans un lit d’hôpital (Philip Seymour Hoffman, mort récemment de la drogue).

Modification 18/02/2015:
Les liens donnés ci dessous ne marchent plus mais en voici un qui fonctionne:

Sidney Lumet : The offence 1972

On peut voir « The offence » sur YouTube en huit parties , mais en anglais non sous titré, faire une recherche Google en tapant « The offence pt 1/8 », jusqu’à « The offence pt 8/8 », la première partie est ici et nous introduit dans l’atmosphère terrifiante du film, qui montre un policier (joué magistralement par Sean Connery, qui avait alors 42 ans) qui perd le contrôle et lynche à mort un suspect dans une affaire de viol d’adolescente:

The offence pt 1/8

Sur la marge de droite de la partie 2 vous avez les liens des parties suivantes jusqu’à 6/8:

The offence pt 2/8

Et c’est lors des deux dernières partie 7/8 et 8/8 que l’on comprend ce qui s’est réellement passé lors de cet interrogatoire et qu’il ne s’agit pas d’un dérapage mais d’un meurtre délibéré.

The offence pt 7/8

et

The offence pt 8/8

Ce qui se passe c’est que l’inspecteur Johnson ( interprété par Sean Connery) a bien conscience d’avoir de sérieux problèmes dûs en partie à son métier, en partie à son mariage raté, et en grande partie à lui même. Il va même jusqu’à demander l’aide de celui qu’il interroge pour meurtre, et dont on ne saura pas s’il est coupable ou innocent; il rit au nez du policier, en lui conseillant de se débrouiller tout seul face aux « images » qui envahissent sa tête et en prennent le contrôle.

On comprend peu à peu que ces images concernent ses pulsions de mort et de sexe, et qu’il est obsédé par une attirance obsessionnelle envers les adolescentes, comme le suspect qu’il veut forcer à avouer et à souffrir physiquement en expiation de ses propres instincts.

Au fond c’est lui même, ce « pauvre personnage » impuissant face aux pulsions qu’il veut faire expier, et qu’il veut finalement éliminer à coups de poings et de pieds.

Un meurtre qui est aussi un suicide.

La source principale de ce que Jaccottet nomme « obscurité » réside de nos jours en les religions qui n’ont pas pu ni su évoluer hors de leur milieu primitif mythologique et collectif, et que Lachelier opposé à la religion véritable, qui doit naître hors du groupe social ou ethnique :

« Par religion (disait Jules Lachelier au cours d’un dialogue mémorable où il se confrontait à Émile Durkheim) je n’entends pas les pratiques religieuses ou les croyances particulières, qui trop évidemment varient d’un état social à un autre. Mais la vraie religion est bien incapable de naître d’aucun rapprochement social ; car il y a en elle une négation fondamentale de tout donné extérieur et par là un arrachement au groupe, autant qu’à la nature. L’âme religieuse se cherche et se trouve hors du groupe social, loin de lui et souvent contre lui… . L’état de conscience qui seul peut, selon moi, être proprement appelé religieux, c’est l’état d’un esprit qui se veut et se sent supérieur à toute réalité sensible, qui s’efforce librement vers un idéal de pureté et de spiritualité absolues, radicalement hétérogène à tout ce qui, en lui, vient de la nature et constitue sa nature »  »

Mais une source réside aussi dans le sexe, et donc dans ce que nous appelons « amour » qui est l’Eros auquel le christianisme oppose « Agapè » (qui semble t’il en a disparu très tôt), et c’est là le thème du film de Lumet: les pulsions de sexe et de mort qui envahissent la conscience d’un policier.

Or les religions existantes (y compris le christianisme après la disparition de Agapè, traitent ce « problème » au moyen de leur appareil « répressif » qui aboutit à ce que Marcuse appelait « sur-répression » et que 1968 a transformé en « interdiction de toute répression ».

Seulement comme on le voit dans le film, l’inspecteur Johnson en tentant de « réprimer » ses pensées « mauvaises » ou terrifiantes se laisse submerger, et finalement vaincre par ses pulsions de mort.

Certes il faut bien que la société fonctionne, ou fasse semblant de fonctionner, et il faut donc bien une répression des criminels, tâche assurée par la police et la justice.

Mais pour assurer le « salut des âmes », qui ne repose pas selon nous dans la prière ou les rites communautaires ni dans le respect d’une Shari’a quelle qu’elle soit, la répression ne marche pas: elle doit être remplacée par la conversion véritable, conversion à l’intériorité qui est réflexion (dont le modèle est donnée par l’epistémologie, la réflexion sur la science).

Ce qui est profondément dérangeant dans ce film, c’est que nous comprenons que nous sommes tous des sergents Johnson si nous nous laissons aller à la submersion par les « images » et les instincts.

Au moment où l’inspecteur laisse retomber le corps sanglant de sa victime et où ses collègues arrivent pour le maîtriser, il laisse échapper le nom de Dieu: « GOD… »

Mais la messe est dite et ce « Dieu » qui n’est autre que « ce qui reste » du Dieu des monothéismes qui parasité l’Occident depuis 2000 ans (la formule est de José Dupré) est illusion vitale doublé de contradiction logique,

C’est la vertu philosophique de Brunschvicg de faire voir que le salut est dans la conversion de la Transcendance en intériorité spirituelle, et la caractéristique de notre époque est de rendre impossible à la grande masse des humains toute vie intérieure : trop de distractions, et trop de travaux abrutissants.

Mais le grand danger serait de confondre l’intériorité véritable, qui est dépassement de la personne sociale, ethnique et biologique, avec l’introspection et la complaisance dans le psychique.

Aussi ne puis je pas mieux trouver pour faire comprendre l’enjeu véritable de la réflexion que cette citation tirée du chapitre « Dieu » de dernier livre de Brunschvicg terminé en novembre 1943, deux mois avant sa mort:

« Héritage de mots, héritage d’idées »

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/heritage_de_mots.html

« Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène.« 

Sidney Lumet et Stanley Kubrick

Sidney Lumet, mort récemment en 2011, est à mon avis l’un des plus grands réalisateurs américains, je le place même au dessus de Kubrick, ainsi le film de Lumet « Failsafe », sur le risque d’holocauste nucléaire, est sorti à peu près en même temps que « Docteur Folamour » de Kubrick (1964) mais ne traite pas du tout le thème de la même façon : solution « sacrificielle » chez Lumet (qui fait explicitement référence au sacrifice d’Abraham dans la Bible), le président américain fait raser New York sous le feu nucléaire par son aviation parce que Moscou a été rasée par erreur et il s’agit d’éviter une conflagration nucléaire généralisée; et du côté du film de Kubrick fin de l’humanité à cause d’un général américain devenu fou et de projets russes guère moins déments.

Il s’agit de deux chefs d’œuvre mais bien entendu le film de Kubrick, sa dérision et son atmosphère burlesque et délirante emportent l’adhésion de la majorité des spectateurs sans doute, mais à la fin le film de Lumet est préférable en ce qu’il laisse une place à la réflexion (pour savoir : comment éviter cela?)

Chez Kubrick il n’y a guère d’évolution philosophique : les humains, plongés dans l’étrangeté de leur condition d’êtres se sachant mortels sont tous, à des degrés différents, des psychopathes, c’est visible même dans son premier film (qui est un chef d’œuvre) « Fear and desire » :

https://tractatustoposophicus.wordpress.com/2012/11/15/fear-and-desire-de-stanley-kubrick-un-chef-doeuvre-absolu/

et

http://horreurislamique.wordpress.com/2013/10/23/fear-and-desire-de-kubrick/

voir aussi ce blog qui n’est pas de moi (ce qui constitue une grave insuffisance)

http://weltretter.wordpress.com/2014/01/19/fear-and-desire-and-other-kubrick-films-online/

et cela continue jusqu’à son dernier film « Eyes wide shut » où il s’explique avec « l’obscurité » du sexe à grands coups de rites collectifs en araméen (?) , après avoir souhaité faire un film sur la Shoah mais en avoir été incapable (c’est sûr que les orgies rituelles entre milliardaires new-yorkais et escort-girls c’est plus sympathique), dernier film qui est à mon sens un échec ( mais la femme de Tom Cruise est vraiment très belle, surtout quand elle refuse de coucher avec le beau danseur hongrois qu’elle a chauffé).

On doit aussi mentionner ici, hélas, le « retour du refoulé » (refoulé juif, dans le cas de Kubrick) avec les fameux « rectangles noirs de l’espace » dans « 2001 odyssée de l’espace », qui pointent vers une Transcendance incompréhensible…grand film au demeurant, tiré d’un roman totalement athée.

Sidney Lumet est juif aussi, je ne connais pas ses sentiments religieux, mais au moins ils n’apparaissent pas, à ma connaissance, dans ses films, où les hommes doivent lutter seuls contre leurs démons, sans recours au surnaturel ou au transcendant : telle est quand même l’exigence minimale de la laïcité, qui forme depuis bien avant 1905 la nature substantielle de l’Occident, exigence qui sera largement dépassée ici où je n’hésiterai pas à m’en prendre au Dieu d’Abraham, au nom du Dieu des philosophes

Stanley Kubrick n’est pas Brunschvicg-compatible, il ne laisse aucune place au « progrès de la conscience », son message pourrait être résumé en :

« Les humains sont plongés dans les ténèbres et n’en sortiront jamais »

mais j’ai créé ce blog justement parce que je suis persuadé du contraire : certes nous sommes perdus dans « l’obscurité » d’une « forêt profonde », mais il y a une voie de sortie qui est le salut : la philosophie idéaliste mathématisante inspirée de Descartes, Spinoza et Einstein de Léon Brunschvicg qui est réflexion sur le progrès de la conscience dans la science et la philosophie occidentale-européenne, et qui devra être ici « vérifiée » ( maître mot de la pensée brunschvicgienne) et confrontée aux pensées adverses comme à celles de José Dupré, Simone Weil et quelques autres.

Mais revenons à Sidney Lumet, maintenant que j’ai dit une fois pour toutes ce que je pense de Kubrick (qui est certes un extraordinaire génie, cela aurait dû lui donner un sens accru de sa responsabilité vis à vis du public, mais bien entendu je n’ai aucun droit de dire cela, car je suis moi même un irresponsable et un coupable absolu…qui ne fait pas de films ni de livres, et qui n’a aucun génie-daimôn, ni socratique ni kubrickien, et c’est heureux, et puis j’essaye ici de me soigner).

Le scénario type d’un film de Lumet, c’est un homme, un individu confronté à une situation « difficile » et qui fait tout ce qu’il peut, en prenant tous les risques, pour résoudre le « problème », qui est toujours une aporie collective, il ne s’agit as de trouver du boulot, de sortir d’une passe difficile financièrement, ou de séduire une femme (ou un homme).

C’est le cas dans son premier film, qui date de 1957:

« Douze hommes en colère »

où le juré Henry Fonda arrive à « retourner » les 11 autres jurés, et à les persuader qu’ils n’ont pas assez de preuves pour condamner l’homme jugé pour le meurtre de son père (et donc à le sauver de la chaise électrique).

Ce film est visible sur Dailymotion en cinq parties:

Douze hommes en colère

Ce type de scénario apparaît encore dans « Verdict », en 1982, où Paul Newman joue le rôle d’un avocat alcoolique qui affronte des intérêts économiques et financiers qui le dépassent totalement, mais gagné à la fin.

Mais 50 ans après, en 2007, dans son dernier film « Before the devil knows you are dead » (7h58 ce samedi là), plus rien ne reste de cet « espoir » en l’énergie humaine, l’obscurité qui a envahi l’Occident depuis les années 60 règne seule et à jamais semble t’il).

J’avais consacré cet article immédiatement après avoir vu ce film profondément dérangeant et désespérant, non sans avoir bu quelques verres d’alcool dans les bars de Montparnasse pour me remettre de cette fin horrible:

http://www.blogg.org/blog-64760-billet-sidney_lumet___7h_58_ce_samedi_la__before_the_devil_knows_you_re_dead_-677706.html

Entretemps j’ai cessé de boire de l’alcool, et Philip Seymour Hoffman est mort, récemment, de la drogue : comme quoi il ne jouait pas seulement un rôle dans ce film de Lumet en 2007.

Mais je viens de voir un film encore plus dérangeant si possible, datant de 1972, de Sidney Lumet aussi

« The offence »

Critique du film de Sidney Lumet « The offence »

auquel, pour des facilités de lecture et d’écriture, je consacrerai le prochain article, qui sera heureusement beaucoup plus court.

Allez encore deux liens d’anciens articles:

Celui ci sur « Failsafe » (malheureusement le film n’est plus visible sur Vimeo):

http://horreurislamique.wordpress.com/2014/01/03/fail-safe-point-limite-de-sidney-lumet-1964/

et celui ci donnant le lien permettant de voir « Dr Folamour » sur Dailymotion:

http://horreurislamique.wordpress.com/2014/01/01/stanley-kubrick-docteur-folamour-ou-comment-jai-appris-a-ne-plus-men-faire-et-a-aimer-la-bombe/

et aussi

http://horreurislamique.wordpress.com/2014/01/01/mein-fuhrer-i-can-walk/