Premières conséquences de la doctrine d’African Spir

J’ai revu hier soir sur Paramount Channel le film de John Frankenheimer « Seconds » que j’avais commenté ici:

https://unedemeuresouterraineenformedecaverne.wordpress.com/2014/07/19/john-frankenheimer-seconds-1966/

et admiré la scène (15 minutes après le début environ) où le banquier Arthur Hamilton se rend dans les locaux de la Compagnie et, après avoir refusé de signer le contrat, se trouve confronté au vieil homme (Will Geer) qui se révèlera être le directeur de la Compagnie, et qui le persuade de signer:

Ce personnage au regard si perçant et au sourire si inquiétant représente évidemment le Méphistophélès (Satan) du Faust de Goethe, sa stratégie est de persuader Hamilton de ce dont il est déjà convaincu au fond de lui même: sa vie n’a plus aucune valeur, il est déjà mort aux yeux de sa femme et de sa fille, à toutes les objections d’Hamilton (bateau pendant les vacances, prochaine promotion comme directeur général de la banque, etc..) le « vieux » a la réponse :

« Cela n’est rien..il n’y a plus rien…que du vent…cela n’existe plus »

Il a dû bien relire son Ecclésiaste (QOHELETH) avant…

Mais si l’on y réfléchit ne pourrait on pas étendre son « argumentation » un peu plus loin, à toute forme d’existence humaine ?

Et en arriver aux accusations radicales de Méphistophélès contre toute la création, destinée à être « raflée dans le néant »?
Ce que ne fait pas « le vieil homme » dans « Seconds »: nous sommes à New York en 1966, le diable est devenu entrepreneur et philanthrope, c’est ce qu’il dit à la fin du film et nous pouvons le croire sur parole: il a fondé cette « Compagnie » pour soulager la misère humaine, pas la misère matérielle car il ne s’adresse qu’aux gens riches, mais la misère « métaphysique » du « pauvre comédien qui se pavane sur la scène une heure durant et qu’ensuite on n’entend plus ».

Mais ce doux rêveur enregistre des échecs, de plus en plus nombreux sont les « clients » qui ne se plaisent pas dans leur nouvelle « incarnation », et ce pauvre diable est prisonnier de sa « création », il a maintenant un conseil d’administration, des sommes importantes sont en jeu, il ne peut pas démissionner purement et simplement.

D’autres rêveurs, plus ou moins doux, ont connu la même terrible situation : pensons à ceux qui, en 1981, voulaient « changer la vie », seulement c’est la vie qui les a changés, apparemment…pensons aussi à ceux qui en Russie, en Allemagne, voulaient créer un « homme nouveau »; seulement en guise de nouvel homme (dont parlait aussi Louis Claude de Saint Martin mais en un tout autre sens) c’est toujours le même misérable comédien qui se pavane sur la scène une heure durant, récitant son « histoire racontée par un idiot, pleine de bruit et de fureur, qui ne signifie rien ».

Nous voulons ici appliquer la méthode scientifique (si cela est possible, et quel que soit le sens réel de ces mots, qui reste à préciser) à la vie et au développement spirituels: nous utilisons les thèses philosophiques que nous étudions ici comme hypothèses, qui doivent être vérifiés. Seulement dans les sciences « dures » comme la physique, la vérification se fait de manière ultime sur les résultats numériques, quantifiables, des expériences.

Ce problème crucial devra être réglé en son temps: comme le « vieil homme » du film « Seconds » nous devons procéder par essais-tâtonnements-retours en arrière et apprendre de nos erreurs.

L’un des critères les plus importants de la « vérification » devra évidemment être, comme en physique d’ailleurs, le surcroît d’intelligibilité procurée.

Et si nous suivons, à titre d’hypothèse, la thèse d’African Spir, nous comprenons le « péché intellectuel et donc moral » du « vieil homme » dirigeant la Compagnie dans le film de Frankenheimer : si « le monde » et l’existence en ce monde est réellement une « anomalie », quelque chose qui ne devrait pas être, alors il est évidemment illusoire de vouloir artificiellement (et de manière immorale) d’existence en arrangeant un accident de manière à se faire passer pour mort.

Et d’ailleurs d’où viendra le cadavre que l’on retrouvera et prendra pour nous? Ici se trouve l’amorce de la fin absolument terrifiante et diabolique du film, qu’il est aisé d’entrevoir au début, mais c’est tout l’art de Frankenheimer de nous captiver assez pour nous empêcher de nous poser ces questions embarrassantes et si « techniques »..

Une telle « Compagnie » demeurera heureusement de la science fiction, par contre la « solution » trouvée par Jack Nicholson dans « Profession reporter » (se faire passer pour quelqu’un qui nous ressemble un peu et qui est mort dans la chambre à côté dans un hôtel perdu en Afrique) est de l’ordre du possible, quoique très improbable, mais elle se termine très mal dans le film d’Antonioni, mis à part le fait que cette fin donne lieu à l’un des plus beaux plan-séquence du cinéma, à égalité avec la fin de « Citizen Kane »: un meurtre qui se déroule sous nos yeux, mais où l’on ne voit ni n’entend rien.

Et la dernière phrase du film, prononcée par l’épouse du reporter joué par Jack Nicholson, devant le cadavre de son mari que la police lui demande de reconnaître :

« je ne l’ai jamais connu »

un peu la même chose que ce que dit la « veuve » d’Hamilton à…son mari mais qu’elle ne reconnaît pas car il a maintenant le corps de Rock Hudson et s’appelle ANTIOCHUS Wilson.

Ce qui est par contre humainement acceptable c’est de tenter d’améliorer sa vie personnelle en changeant de profession, en divorçant, etc…mais puisque « le monde est une anomalie » l’objectif ultime doit être d’en sortir.

Mais en sortir en quel sens? pas en un sens physico-matérialiste, car le monde est tout ce qui arrive, donc toute sortie en ce sens se produirait dans le monde, et ne serait pas une véritable sortie; à moins d’être la mort par suicide, mais cela signifierait que toute possibilité d’évolution spirituelle serait perdue, avec l’extinction de la vie.

Non, sortir du monde consiste en un « salut intellectuel » ( par la compréhension de ce qu’est l’anomalie en quoi consiste le monde, non par la prière dirigée vers un « Dieu » qui aurait créé le monde pour ses créatures), qui n’est autre que la « nouvelle naissance », une conversion à l’ordre de l’esprit et une victoire intérieure sur l’ordre de la chair qui est celui des guerres et des religions…des guerres de religions.

Aussi est il normal de vouloir améliorer et « changer » sa vie, mais en gardant en vue cet objectif ultime: la nouvelle naissance.

Autre conséquence de la pensée de Spir : le regard porté sur les religions et leur « Dieu créateur » ( ou leurs dieux)
Si le monde est une anomalie qui ne devrait pas être, il ne peut avoir été créé par Dieu, qui ne saurait donc être accusé du mal existant dans le monde.

Il ne faut pas non plus s’orienter vers une doctrine de type marcionite ou gnosticiste où le rôle de créateur du monde serait attribué à un « mauvais démiurge »: car ce serait attribuer au monde un statut de réalité substantielle.

La pensée de Spir, comme celle de Brunschvicg, conduit vers une révolution religieuse où le « Dieu d’En Haut », suréminent, qui est le Dieu créateur et transcendant d’Abraham, qui intervient dans le cours du monde qu’il a créé (mais en ce moment il est dans l’embarras, car il semble qu’il ait vendu deux fois, à deux peuples différents, une parcelle de terre appelée Palestine par les uns, ISRAËL par les autres) est remplacé par le « Dieu du dedans », Dieu de la réflexion qui n’intervient pas dans l’histoire, sauf par ce « mouvement que nous avons tous, théoriquement du moins, pour aller plus loin » dans la progression vers la sagesse.

La démocratie véritable, et la paix durable (en particulier au Proche et au Moyen Orient), à pour condition préalable ce remplacement du Dieu créateur et transcendant, « mensonge vital », se partageant en traditions ethniques rivales, par le Dieu de la réflexion.

Bien entendu ceci n’invalide pas mon soutien à ISRAËL, sur lequel je me suis déjà expliqué ici, et qui n’est certainement pas une approbation des pires fables de la Torah sur un mode réaliste qui serait un titre de possession de cette terre accordé par un Dieu intervenant dans l’histoire humaine.

Conception de Dieu dont Simone Weil a montré qu’elle conduit aux pires génocides.

African Spir: pensée et réalité

African Spir était l’un des philosophes les plus admirés par Brunschvicg et dans l’article suivant écrit il y a longtemps je montre que la pensée de Spir forme le lien entre celle de Brunschvicg et celle du philosophe-mathématicien Hoené Wronski qui est de nos jours plutôt étudié par les « ésotérismes » de tout poil que par les philosophes, alors que le wronskisme est un rationalisme absolu:

Spir, Wronski et Brunschvicg

mais il est vrai que raison supra mystique et folie infra mystique sont souvent proches en apparence, et il y a sur Wronski une anecdote savoureuse mais parfaitement réelle : il était réfugié politique en France et devait se rendre à Londres pour un congrès, mais ne pouvait quitter la France sans l’autorisation de la police, il en fit la demande et après une enquête minutieuse un inspecteur rendit un avis favorable et nota simplement pour justifier celui ci:

« Ce n’est pas un fou dangereux »

L’histoire a oublié le nom du policier mais retenu celui de Wronski, ne serait ce que dans le « wronskien » en mathématiques.

Le livre de Christian Cherfils sur « Wronski un essai de religion scientifique » qui explique le wronskisme de la pensée de Spir est ici:

http://rcin.org.pl/impan/Content/5906/WA35_13862_5015_Un-essai.pdf

Le livre principal de Spir est « Pensée et réalité » qui est sur le web:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k69545q.pleinepage.r=spir+pensee+realite.f11.langFR

et aussi ici:

https://archive.org/details/penseetralitess00spirgoog

Au fond la pensée de base de Spir est très simple et se résout, comme celle de Platon, Brunschvicg, ou José Dupré, en un dualisme radical: le monde tel qu’il nous apparaît est une anomalie.

José Dupré affirme qu’il résulte de l’agression du « contre-être », qui se situe seulement au niveau phénoménal, pas au niveau ontologique, celui de l’Etre.

Brunschvicg affirme que « l’esprit ne répond que pour l’esprit, pas pour la matière ni pour la vie », ce qui signifie qu’il est absurde de vouloir expliquer la présence de la « forme d’extériorité » du monde.

C’est très bien expliqué dans cet article sur la pensée de Brunschvicg:

‘L’idéalisme critique de Léon Brunschvicg

Jean Piaget, disciple de Brunschvicg, identifiait Dieu à la norme de la Pensée.

C’est très proche de la notion d’Absolu chez Spir décrite page VIII de l’introduction à « Pensée et réalité »

« Nous ne pouvons reconnaître l’anomalie des choses et la nôtre que parce que nous avons la notion de la norme; nous ne pouvons penser au relatif ou au conditionné comme tels que parce que nous avons la notion de l’inconditionné et de l’absolu.

La notion de l’absolu est ainsi dans l’ordre de la pensée comme le soleil qui éclaire tout le domaine de la connaissance »

C’est aussi la pensée de fond de Descartes une fois le cogito découvert:

« J’ai premièrement en moi la notion de l’infini que du fini, de Dieu que de moi même »

et aussi de Wronski:

« C’est dans le degré plus ou moins élevé de la conscience de l’Absolu, c’est à dire de la faculté créatrice des conditions, que se trouve la véritable mesure de la grandeur humaine, de la distinction des hommes, des nations et des périodes historiques »

L’obscurité de Philippe Jaccottet : chapitre 1

Dans l’article précédent  j’ai mentionné quelques textes qui présentent des analogies avec « L’obscurité », mais aucun n’est à mon sens comparable en puissance destructrice: la nouvelle de Jaccottet nous place face au Mur, ou plutôt au gouffre, à l’Abîme du Temps, qui dans certaines Upanishads est considéré comme une divinité destructrice, Kâla.

Et le maître déclare explicitement : « seul le temps m’a vaincu ».

Dans « Le bleu du ciel » Bataille se présente (en le personnage de Troppman, qui parle à la première personne) comme « un idiot qui s’alcoolise et qui pleure » parce qu’une femme qui n’est pas son épouse l’a quitté; dans Bartleby nous avons affaire à un « pauvre personnage », ancien employé du service postal  des « lettres au rebut » , qui se laisse mourir de faim à l’hospice. Dans « Coeur des ténèbres » un européen, Kurtz, vit au milieu de la forêt en compagnie de tribus africaines qu’il se met peu à peu à soumettre à une dictature féroce et sanglante et perd toute humanité.

mais dans « L’obscurité » nous est présenté un homme, mi-philosophe mi-poète, qui s’achemine vers la Sagesse par une voie toute nouvelle, qui est marié à une femme qu’il aime et a d’elle un enfant, qui vit dans un cadre idyllique et a eu toute la gloire qu’il méritait mais y a renoncé de lui même parce que cela le freinait dans son ascension vers la Sagesse, un homme donc qui devait, aux yeux du « disciple », poursuivre une montée perpétuelle et ne jamais retomber, mais qui justement connait une chute d’une incroyable brutalité dans le désespoir.

Si celui là chute, alors c’est la vie spirituelle, et donc le sens même de l’évolution humaine, qui est niée dans son essence même.

Seul « L’arrêt de mort » de Blanchot, où un écrivain est mis par la mort elle même (d’une femme) en position de renoncer à son statut d’homme du monde pour faire son oeuvre, me semble être dans la posibilité de « dépasser » le défi de Jaccottet, mais je le laisse de côté provisoirement…

Cela dit, la réalité elle même nous empêche de sombrer dans le désespoir que pourrait provoquer le livre de Jaccottet chez des lecteurs pressés (trop pressés pour prendre conscience de la formidable victoire du disciple sur le nihilisme dans les pages finales, les plus belles de l’œuvre).

Nous avons l’exemple de Léon Brunschvicg en juin 1940, forcé de fuir son appartement par l’invasion nazie, et de vivre en exil et dans la clandestinité jusqu’à sa mort en janvier 1944.

Pas une seconde il n’a succombé au désespoir !

Voir:

Destin d’un philosophe sous l’occupation

Dans le chapitre 1 de « L’obscurité » le disciple, une fois revenu au pays, s’enquiert du maître, avec l’espoir secret de lui montrer que son élève l’a dépassé, mais tous ses courriers reviennent avec la mention « Inconnu ».

Il s’adresse alors à un vieux poète dont le maître admirait l’œuvre:

« Il laissa échapper un soupir qui me fit craindre de ne plus jamais revoir mon maître..il me dit ensuite, se rappelant qui j’étais, que mon maître avait abandonné sa femme et son enfant depuis plus d’une année; que c’était elle même, dans le pire désarroi, qui était venue le lui confier. Elle savait où il se cachait, presque totalement démuni d’argent, dans un misérable immeuble locatif de la grande ville où sa gloire avait brillé quelques temps; jamais il n’avait voulu la revoir, ni elle ni son fils, bien qu’il leur eût cédé presque tout ce qu’il possédait…elle lui avait affirmé que son mari avait été attaqué par le désespoir comme par une maladie, avec une incroyable soudaineté, mais sans jamais consentir à en parler avec elle, et qu’il n’avait pas tardé à disparaître comme ces chiens qui ne veulent pas être vus mourants »

Le disciple écrit alors à son maître, puisque le vieux poète lui a transmis son adresse, en lui disant qu’il est de retour et qu’il a hâte de le revoir.

« ‘Il me répondit le lendemain qu’il m’attendait chez lui à la fin du jour

José Dupré : les systèmes religieux contre l’évolution spirituelle

Depuis que j’ai commencé mon activité « bloggueuse » en 2005, j’ai certainement écrit des tas de bêtises, et c’est tout à fait normal, quelqu’un qui ne ferait jamais d’erreur ne serait pas humain.

En fait, et là je parle des années 2009-2010 et du blog maintenant supprimé (par mes soins) « Recherche de la vérité », j’ai péché (mea culpa, mea maxima culpa) parce que dans mon souci de lutter contre l’Islam, qui est le mouvement sectaire ou le faisceau de mouvements sectaires le plus dangereux à notre époque, j’ai eu tendance à oublier un peu la nocivité des autres « religions » ou sectes, terme plus approprié qui provient du mot latin signifiant « suivre »: il est seulement demandé aux adeptes de suivre les indications du Maître, or la spiritualité ne peut être qu’activité.

Je ne regrette aucunement mon activité anti-Islam qui continue sur le blog « Horreur islamique » mais ici où j’essaye d’aller le plus possible au fond des choses, je dois me placer au niveau le plus grand de généralité, et celui ci se résume à cette « inversion » de la fameuse formule de Pascal dans le mémorial suite à l’illumination du lundi 23 novembre 1654:

Mémorial de Blaise Pascal

« Depuis environ 10 heures et demie du soir jusques environ minuit et demi,

Feu.

«Dieu d’Abraham, Dieu d’Isaac, Dieu de Jacob» non des philosophes et des savants

Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix.
Dieu de Jésus-Christ.
Deum meum et Deum vestrum (mon Dieu et votre Dieu)
«Ton Dieu sera mon Dieu»
Oubli du monde et de tout, hormis Dieu.
Il ne se trouve que parmi les voies enseignées dans l’Évangile.
 »

Ceci n’est que le début de ce texte prodigieux qu’il faudrait étudier à fond, mais il me suffit ici de m’arrêter sur les mots:

« Certitude. Certitude. Sentiment. Joie. Paix »
où l’on constate que les registres de l’intellect ( certitude) et celui du sentiment ou du confort psychique et mystique ( sentiment joie paix) sont mélangés.

Or ils ne doivent jamais être mélangés : le salut véritable est purement intellectuel (cf Spinoza), le sentiment de joie pure et continue est seulement un résultat, en aucun cas une preuve, car il existe beaucoup d’imbéciles heureux.

C’est ce qui me conduit, en suivant la « Querelle de l’athéisme » de Brunschvicg:

La querelle de l’athéisme de Brunschvicg

à inverser la phrase de Pascal en:

« Dieu des philosophes et des savants, non d’Abraham, Isaac et Jacob »

Ai je raison ?

José Dupré quant à lui choisit d’éviter totalement le terme « Dieu » qui est un virus dangereux et évoque irrésistiblement le Dieu transcendant et personnel..

Mais j’ai rencontré dans ma lecture de son dernier livre « Itinéraire en devenir » un passage d’un niveau de généralité maximal, cela se situe au chapitre 6 « Écriture et libre recherche » page 112, paragraphe titré :

« Les systèmes religieux contre l’évolution spirituelle »

Le « sens » de l’existence humaine, c’est la révélation progressive de l’esprit immanent en l’homme (ordre de l’esprit de Brunschvicg) qui évolue progressivement en dépassant l’animalité (ordre de la chair)

Cette évolution (révélée par la science, en opposition totale avec le créationnisme biblique et les billevesées de la théosophie de Blavatsky recopiée par Rudolf Steiner qui prétendait avoir vu tout cela uniquement par son investigation spirituelle de la « chronique de l’Akasha ») est donc orientée, elle a un « sens », mais pas de fin (dans aucun des deux sens de ce mot).

Or nous nous trouvons, sans doute depuis les premières formes d’art des peintures sur les parois des grottes (Lascaux, etc..) ou peut être même en remontant aux hommes de Néanderthal (qui enterraient leurs morts) à la période intermédiaire où l’homme émergeant progressivement de l’animalité s’éveille à la conscience objective de la réalité, dynamisant ainsi la mise en œuvre du Mal tout autant que du Bien, dans des proportion presqu’île imitées, surtout depuis qu’il a à sa disposition les armes inventées par la technoscience.

Dans ces conditions il est inéluctable que les individus les plus évolués aient entrepris depuis toujours de contrôler ces foules d’humanoïdes voire de « demi-singes » ( ce qui est encore le cas à notre époque) en « agissant au moyen de rites, de mythes et de croyances sur la source de leurs comportements : le psychisme ».

Ces individus « plus évolués » (relativement) ce sont les castes sacerdotales qui le plus souvent ne croient pas elles mêmes aux balivernes qu’elles font gober aux « demi-singes » mais s’en servent pour gagner une position de pouvoir et de richesse : c’est le cas des Sadducéens matérialistes et athées qui dirigeaient le Temple à l’époque de Jésus, ou de la caste des Brahmanes en Inde, ou des nazaréens qui ont écrit le Coran sur plus de deux siècles et ont créé l’Islam, cette machine de guerre perpétuelle destinée à conquérir le monde et à imposer à toute l’humanité la Shari’a, loi prétendument divine : mais j’ai déjà démontré ailleurs qu’Allah, c’est tout simplement les gourous de Mahomet auteurs du Coran.

Ne nous faisons pas d’illusions ces « castes » existent aussi dans la science et la philosophie (les philosophes nazis, ou marxistes, ou les escrocs « nouveaux philosophes » dont le plus virulent est Bernard Henry Lévy).

Seulement l’apparition de la science moderne il y a 4 siècles change la donne en permettant à tout le monde de vérifier les affirmations des scientifiques: c’est le sens de l’affirmation de Brunschvicg selon laquelle « l’émergence d’une physique mathématique venant remplacer la physique aristotélicienne est un changement d’axe de la vie religieuse »

Cela ne veut évidemment pas dire que la physique est une nouvelle religion!

Et Julien Benda vise aussi ces castes sacerdotales « modernes » des prétendus « intellectuels » dans son livre célèbre qui est en accès gratuit sur le site web des Classiques des sciences sociales:

« La trahison des clercs »

Accomplir l’œuvre des Lumières en permettant à l’humanité, ou plutôt à l’hominité encore animalisée actuelle de « sortir de l’état de tutelle dont elle est elle même responsable » c’est donc lutter contre les systèmes religieux ou sectaires créés par les castes sacerdotales anciennes ou modernes, et donc suivre la voie inverse de celle de René Guénon, cet idiot utile de l’Islam.

Mais Guénon ne crée pas de nouvelle religion, il se contente de légiférer de manière prétentieuse sur les voies légitimes et illégitimes.

Et la naissance des religions anciennes comme judaïsme, hindouisme, christianisme ou Islam est enrobée de mystère, la plus facile à étudier scientifiquement est la plus récente l’Islam sauf que nous n’avons à notre disposition que la Vulgate d’Othman, c’est à dire le texte coranique « uniformisé » par ce calife, ce qui permet aux prosélytes islamiques que l’islam est la seule version authentique de la parole de Dieu, sans ajouts ou falsifications d’origine humaine : évidemment toutes les versions antérieures ont été détruites.

Mais si par hasard on retrouvait l’une de ces versions antérieures, comme on a retrouvé en 1945 à Nag Hammadi en Égypte des manuscrits en copte parmi lesquels l’Evangile de Thomas, cela serait une révolution qui coulerait complètement l’Islam. Mais il y a peu de chances car ces versions antérieures se trouvaient sur des supports naturels comme écailles, coquillages, feuilles et écorces d’arbres, elles ont du se dégrader complètement pour celles qui n’ont pas été détruites par les agents d’Othman.

Mais il se trouve que nous avons un exemple moderne d’essai de création d’une nouvelle religion venant selon les termes de son créateur Rudolf Steiner « remplacer et abolir » les autres et aussi abolir les « sciences matérialistes » : l’anthroposophie, créée à partir de la théosophie de Blavatsky au début du 20 eme siècle.

Et nous avons à notre disposition TOUS les documents nécessaires pour étudier ces deux sectes, en accès libre sur le web., voir entre autres:

Rudolf Steiner archive

Rudolf Steiner est cependant d’ une stature intellectuelle et humaine bien supérieure à tous les autres, fût ce Blavatsky ou le fondateur de la scientologie Lafayette Ron Hubbard, un ivrogne et un escroc sans envergure et psychiquement malade (de plus l’Eglise de scientologie ne diffuse pas les documents gratuitement sur le web, elle n’est qu’une bande de voleurs visant le profit financier ce qui n’est pas le cas de la secte anthroposhique qui recherche bien plus que l’argent : le pouvoir d’asservir les âmes et d’empêcher l’évolution spirituelle.

Avec l’anthroposophie nous disposons d’un laboratoire absolument prodigieux pour lutter contre l’obscurité propagée par les castes sacerdotales.

Et il est nécessaire aussi, puisque Steiner a copié sur la théosophie de Blavatsky, d’étudier celle ci, comme René Guénon l’a fait dans son livre « Le théosophisme histoire d’une pseudo-religion », dont le texte est ici:

‘René Guénon : le théosophisme histoire d’une pseudo-religion

John Frankenheimer : SECONDS (1966)

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/L’Opération_diabolique

Cette « pépite oubliée » depuis près de 50 ans ressort en salles à Paris depuis le 16 juillet.

1966 c’était déjà une époque de mutation pour les USA et pour tout l’Occident, qui allait aboutir à 1968, et qui suivait l’ère beatnik des années 50.

Drogue, rock, « libération » sexuelle, et le film fait explicitement référence au dionysiaque quand le banquier Arthur Hamilton , fatigué de l’existence, devenu à la suite de l’opération diabolique le beau Tony Wilson (Rock Hudson) et vivant sur une plage paradisiaque en Californie, découvre en compagnie de sa nouvelle compagne Nora Marcus (Marcuse ?) les joies des bacchanales et de l’orgie de ces dévôts nus foulant le raisin dans la cuve

Mais comme on le sait d’après Euripide le dionysisme est un folklore qui peut sembler sympathique à des cadres blancs un peu coincés mais…de loin.

Et l’atmosphère de folie de ces années là en Californie (hippies, drogue, filles aux fleurs dans les cheveux, orgies de groupes, et surtout multiplication des sectes les plus dangereuses) a abouti à l’épisode du meurtre rituel de l’actrice Sharon Tate par Charles Manson et sa bande en 1969.

Au fond, ce que fait dans ce film (qui est un chef d’œuvre, à voir absolument) la mystérieuse « Compagnie » en vendant à de riches hommes quinquagénaires le rêve censé être le leur : avoir une vie nouvelle, libérée de toutes responsabilités familiales ou professionnelles, où ils pourront enfin « s’éclater » comme on dira dans les années 80, ce n’est rien d’autre que le symbole de la très réelle mutation anthropologique des années 60, transformant l’homme occidental névrosé en « l’homme sans gravité » décrit par le professeur Melman: celui, psychotique et orgiaque, qui s’agite en ce moment sous nos yeux effarés dans les manif pro- Palestine ou en faveur du mariage pour tous, ou de la régularisation de tous les clandestins..

Cette mutation, qui vient de loin (j’ai déjà dit que selon moi l’origine en est dans la surimposition des Lumières du 18 eme siècle aux Lumières cartésiennes du 17 eme siècle) est tout simplement l’hyperindividualisme consumériste qui s’est imposé maintenant au monde entier.

Or il y a là une contradiction flagrante car la consommation ne peut être individualiste : on veut, à l’aide de Sainte Publicité, ce que veulent les autres, d’où la course à la richesse.

Dans le film, Tony Wilson (Rock Hudson) explique ainsi sa déception devant sa nouvelle « existence » aux cadres de la Compagnie:

« Ce que j’aurais voulu c’est choisir moi même , mais jamais je n’ai pu le faire, j’ai travaillé toute ma vie pour acquérir des objets, dont le désir m’avait été imposé, jamais pour vivre en commun avec d’autres êtres humains »…tout est dit sur l’atomisation individualiste moderne, où l’on reconnaît aussi ce que le catharisme de José Dupré appelle le « contre être »: éternité réduite en poussière du temps.

Le « trajet » d’Arthur Hamilton rappelle celui du journaliste David Locke joué par Jack Nicholson dans « Profession reporter » de Michelangelo Antonioni, autre chef d’œuvre, la mystérieuse organisation en moins:

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/Profession_:_reporter

dans ce dernier film, David Locke, déçu lui aussi par sa vie, profite d’une opportunité (son voisin d’hôtel en Afrique succombe à un infarctus) pour changer d’identité, donc de vie croit il..sauf que celui dont il prend l’identité était traficant d’armes, recherché par des tueurs..et je crois que la scène finale de l’assassinat en Espagne, en un unique plan séquence de plusieurs minutes, est peut être la plus grande scène du cinéma, avec celles finales aussi, de « Citizen Kane » et « There will be blood ».

Le fait d’avoir une existence minable et ratée, sans argent, sans travail, sans femme, est certes un problème.

Mais le vrai problème , métaphysique, est celui de l’existence humaine, pas celui de telle ou telle existence: et il appelle l’acte de réfléchir sur son orientation dans la pensée et l’existence, celui du « Quod vitae sectabor iter ? » dans le songe de Descartes, qui s’est réduit de nos jours au choix de la profession, du conjoint, et plus tard de la voiture et des dates de vacances.

Le sens profond du film est donc d’ordre religieux, en témoigne le prénom principal de Tony Wilson qui est ANTIOCHUS, ce qui renvoie à ANTIOCHUS Epiphane considéré par certains comme Antéchrist, celui qui veut empêcher la naissance du Christ, du « Fils de l’homme » (et non pas Fils de Dieu) dans l’Evangile:

http://www.infobretagne.com/antiochus-jesus-christ.htm

et bien sûr la signature du contrat avec la Compagnie évoque le personnage de FAUST, qui est la figure historiale et destinale de l’homme occidental perverti par les fausses Lumières, et impuissant à s’élever à ce qu’il doit être réellement selon Brunschvicg:

‘L’homme occidental selon Léon Brunschvicg

Mais la « fausse rédemption » matérialiste offerte à ses riches clients par la Compagnie n’est qu’une perversion de la « nouvelle naissance » de l’Evangile de Jean dont là encore le véritable sens est donné par le « christianisme des philosophes » de Brunschvicg et Spinoza:

Le salut est au prix d’une seconde naissance qui seule ouvre le Royaume de Dieu

perversion qui était aussi le thème d’un autre chef d’œuvre, d’Alain Resnais cette fois: « La vie est un roman »

http://fr.m.wikipedia.org/wiki/La_vie_est_un_roman

là encore l’origine « asiatique » de la perversion et donc de l’échec du projet est fortement suggéré par la présence des servantes chinoises qui distribuent les drogues chargées d’assurer la « nouvelle naissance », mais la cause de la catastrophe est qu’il ne saurait y avoir de projet collectif de cette sorte ( ce qui ressemblerait à l’homme nouveau des nazis et des communistes) et aussi au fait que le Comte Forbek tenté de transporter dans le nouveau monde suivant la nouvelle naissance un élément vital, non spirituel : sa passion amoureuse pour Livia.

(Attention, « asiatique » ne fait pas référence à une race, il n’y a pas de races supérieures ou inférieures: Asie ou Orient nomme simplement le monde d’avant la ligne de démarcation cartésienne).

Comment oserais je ne pas donner le lien de l’évangile sur le dialogue de nuit entre Jésus et Nicodème :

http://bible.catholique.org/evangile-selon-saint-jean/3266-chapitre-3

« 3 Jésus lui répondit: « En vérité, en vérité, je te le dis, nul, s’il ne naît de nouveau, ne peut voir le royaume de Dieu. »

Seulement mon admiration pour le christianisme véritable ne peut m’interdire de signaler que la « nouvelle naissance » est aussi un thème des sectes dionysiaques, puisque Dionysos est deux fois né

Et je me souviens d’un propos du psychanalyste Tobie Nathan , selon lequel « Dionysos a finalement réussi à monter au ciel, sur l’Olympe, et à s’asseoir à la droite du Père, mais sous le nom de Jésus Christ »

C’est le christianisme des philosophes, vérité du christianisme, qui nous permet de discriminer entre la nouvelle naissance dionysiaque, infernale, celle en ANTIOCHUS, celle du film de Frankenheimer, et la nouvelle naissance selon Saint Jean et selon Saint Brunschvicg : naissance du Christ-Logos en l’homme , ce qui nous est aussi rappelé par le vers d’Angelus Silesius dans le « Pèlerin chérubinique:

« « Dieu doit naître en toi. Le Christ pourrait bien naître des milliers de fois à Béthléem, s’il ne naît pas en toi, ta perte est éternelle »

je signale juste l’horreur profonde de la scène finale du chef d’œuvre qu’est « Seconds », correspondant à l’horreur de la naissance en ANTIOCHUS, qui est celle qu’ont choisie les hommes occidentaux faustiens pervertis que nous sommes…mais nous avons les ressources pour changer ce choix (les œuvres de Brunschvicg et Descartes notamment):

Les classiques des sciences sociales : Œuvres de Léon Brunschvicg

…comme quoi le monde où nous vivons est un peu moins atroce que celui de « SECONDS »

Pourquoi je soutiens ISRAËL de manière inconditionnelle: quelques prolégomènes platoniciens et cartésiens

Ce blog est appelé « L’obscurité » en référence à un récit de Philippe Jaccottet :

Cliquer pour accéder à conf_jaccottet.pdf

et par extension vise à décrire la situation qui est celle de l’homme (et de la femme bien sûr) de notre époque, caractérisée par la désorientation de la pensée et de l’action qui est le contraire de l’intelligibilité radicale que visent la science et la philosophie.

Mais décrire ne serait rien si cela ne débouchait pas sur l’action, sur la conversion qui consiste à sortir de l’obscurité, à progresser de l’ombre à la lumière comme le dit Platon au livre VII de la République, voir:

http://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/09/bastide-et-la-notion-de-conversion-chez-brunschvicg/

« l’idée de conversion permet un accès direct au centre de cette pensée en éclairant du dedans les trois dimensions de la conscience philosophique, et en traçant ainsi la ligne de démarcation entre vrai et faux rationalisme, vrai et faux idéalisme, vrai et faux spiritualisme.

Vraie et fausse conversion correspondent aux deux mouvements que distingue Platon au livre VII de la République :

« les yeux sont troublés de deux façons et par deux causes opposées : par le passage de la lumière à l’obscurité et par celui de l’obscurité à la lumière »

la vraie conversion est progrès de l’ombre à la clarté, la fausse est régression de la clarté à l’ombre.

La vraie conversion est celle qui nous situe dans l’intériorité réflexive authentique, en saisissant le cogito dans l’unité de la cogitatio, et nous fait coïncider avec l’acte de pensée dans toute sa fécondité , « produisant de lui même la vérité ».

la fausse conversion au contraire « cherche la vérité dans la mise en relation d’un Ego  supposé donné dans sa subjectivité pure, et de cogitata supposées données elles aussi, dans une extériorité radicale. »

Bref nous visons ici à accomplir l’oeuvre des Lumières que le grand Kant décrivait ainsi :

« Les Lumières sont la sortie de l’humanité hors de l’état de tutelle dont elle est elle même responsable »

tâche qui comme on le sait n’a pas été menée à bien par les Lumières historiques qui dans leur « profondeur vide » ont voulu ignorer les vraies Lumières, celles du cartésianisme du 17 ème siècle, et ont abouti à la piteuse médiocrité des contemporains « droits de l’homme », qui sont surtout le droit (en Occident « développé ») d’acheter la voiture que l’on veut, d’aller passer ses vacances où l’on veut, et d’avoir la sexualité que l’on veut, et de la boucler sur tout le reste, y compris lorsque l’on se rend compte que les divers « crédits à la consommation » contractés pour avoir les moyens d’exercer ses droits se révèlent très chers, impossibles à rembourser

Ce que nous cherchons c’est : sortir de l’obscurité, qui est ce que les religions mythologiques appellent l’enfer, et qu’elles situent « après la mort », mais l’enfer est bien ici et maintenant, je vous en donne ma parole, et nous y sommes plongés.

Et SATAN mon Maître (je plaisante je plaisante) dit fort justement dans l’un des plus beaux poèmes de langue anglaise: « Paradis perdu » de John Milton:

« Long et difficile est le chemin qui de l’enfer mène à la lumière »

ce qui confirme bien que l’enfer est le contraire de la lumière, soit l’obscurité, ainsi que ce que dit Platon : on passe de l’obscurité ou de l’enfer à la lumière par le long et difficile chemin de la conversion véritable, qui est tout autre chose que la conversion à l’une des religions existantes.

Seulement il y a des raccourcis, car le plus difficile dans ce long chemin est de trouver le seuil, l’entrée, sans se tromper et prendre une fausse entrée (comme par exemple l’entrée dans une secte) pour la vraie, et comme dit le Gardien dans Kafka :

« Cette entrée n’était faite que pour toi, maintenant je m’en vais et je ferme la porte »

Je considère que l’entrée universelle (pour tous les humains avec 0 gramme d’alcool par litre) sur le chemin qui mène à la conversion est l’œuvre de René Descartes, et ce n’est pas pour rien que Léon Brunschvicg appelle le « Discours de la méthode  » qui date de 1637 un « traité de la seconde naissance ».
Mais avant 1637 il y a la nuit de la St Martin du 10 au 11 Novembre 1619 et les « Trois songes » de Descartes:

Baillet 1691: vie de Monsieur Descartes, les trois songes

que je ne veux point commenter ici, j’y consacrerai un article spécial car ce n’est rien de moins que la possibilité de l’humanité par opposition à l’hominité qui a été enfantée au cours de cette « nuit d’amour », et Jacques Maritain me fait de la peine lorsqu’il note avec une ironie malveillante que l’essor du rationalisme occidental commence par un « épisode cérébral », il voulait dire un coup de démence, et il aurait pu ajouter (il le fait je crois) un épisode éthylique car Monsieur Descartes avait bu avant de se coucher un peu de vin en l’honneur de la St Martin, alors qu’il n’en avait pas bu depuis très longtemps.

« 0] Il nous apprend que le dixième de novembre mil six cent dix-neuf, s’étant couché tout rempli de son enthousiasme et tout occupé de la pensée d’avoir trouvé ce jour-là les fondements de la science admirable (j), il eut trois songes consécutifs en une seule nuit, qu’il s’imagina ne pouvoir être venus que d’en haut…. »

mais je ne retiendrai ici que le troisième songe, plus calme que les deux premiers, et l’on notera que Descartes interprète lui même son rêve au cours de ce rêve lui même, il n’a pas besoin d’un psy ou d’une voyante, un « moderne » malintentionné dirait qu’il fait les questions et les réponses :

« Un moment après il eut un troisième songe, qui n’eut rien de terrible comme les deux premiers. Dans ce dernier, il trouva un livre sur sa table sans savoir qui l’y avait mis. Il l’ouvrit et, voyant que c’était un dictionnaire, il en fut ravi dans l’espérance qu’il pourrait lui être fort utile. Dans le même instant, il se rencontra un autre livre sous sa main qui ne lui était pas moins nouveau, ne sachant d’où il lui était venu. Il trouva que c’était un recueil des poésies de différents auteurs, intitulé Corpus poetarum etc. /c/ (8) Il eut la curiosité d’y vouloir lire quelque chose et à l’ouverture du livre il tomba sur le vers « Quod vitae sectabor iter ? Etc. » (9). Au même moment il aperçut un homme qu’il ne connaissait pas, mais qui lui présenta une pièce de vers, commençant par « Est et non » (10), et qui la lui vantait comme une pièce excellente. M. Descartes lui dit qu’il savait ce que c’était et que cette pièce était parmi les idylles d’Ausone qui se trouvaient (l) dans le gros recueil des poètes qui était sur sa table….

…. Il en était là, lorsque les livres et l’homme disparurent et s’effacèrent de son imagination, sans néanmoins le réveiller. [4] Ce qu’il y a de singulier à remarquer, c’est que doutant si ce qu’il venait de voir était songe ou vision (12), non seulement il décida en dormant que c’était un songe, mais il en fit encore l’interprétation avant que le sommeil le quittât. Il jugea que le dictionnaire ne voulait dire autre chose que toutes les sciences ramassées ensemble, et que le recueil de poésies intitulé Corpus poetarum marquait en particulier et d’une manière plus distincte la philosophie et la sagesse jointes ensemble. Car il ne croyait pas qu’on dût s’étonner si fort de voir que les poètes, même ceux qui ne font que niaiser (m), fussent pleins de sentences plus graves, plus sensées et mieux exprimées que celles qui se trouvent dans les écrits des philosophes. Il attribuait cette merveille à la divinité (n) de l’enthousiasme et à la force de l’imagination, qui fait sortir les semences de la sagesse (qui se trouvent dans l’esprit de tous les hommes comme les étincelles de feu dans les cailloux) avec beaucoup plus de facilité et beaucoup plus de brillant même que ne peut faire la raison dans les philosophes. M. Descartes, continuant d’interpréter son songe dans le sommeil, estimait que la pièce de vers sur l’incertitude du genre de vie qu’on doit choisir, et qui commence par « Quod vitae sectabor iter ? », marquait le bon conseil d’une personne sage ou même la théologie morale (13). Là-dessus, doutant s’il rêvait ou s’il méditait, il se réveilla sans émotion et continua, les yeux ouverts, l’interprétation de son songe sur la même idée. Par les poètes rassemblés dans le recueil il entendait la révélation et l’enthousiasme, dont il ne désespérait pas de se voir favorisé. Par la pièce de vers « Est et non » /d/, qui est « Le oui et le non » de Pythagore (10), il comprenait la vérité et la fausseté dans les connaissances humaines et les sciences profanes. Voyant que l’application de toutes ces choses réussissait si bien à son gré, il fut assez hardi pour se persuader que c’était l’esprit de vérité qui avait voulu lui ouvrir les trésors de toutes les sciences par ce songe.  »

Ces quelques lignes sont tellement importantes pour le sort du monde et de la civilisation que j’ai honte de les traiter en quelque sorte par dessus la jambe:

1- Descartes décide (ce mot est important) au cours du songe même qu’il s’agit d’un songe et non d’une vision, ici se trouve la « ligne de démarcation » entre l’Orient et l’Occident, entre la nuit mystique des prophètes et la raison supra-mystique des mathématiciens et des philosophes, entre la « pensée » passive, féminine et lunaire, et l’émancipation virile hors des ténèbres de la sensibilité par la pensée solaire, active de la mathesis universalis.

Ce qu’il dit des poètes, même ceux qui ne font que niaiser, et des sentences mieux exprimées que celles qu’on trouve dans les écrits des philosophes s’applique à merveille à l’évangile ou au Tanakh (« ancien testament ») : Brunschvicg cite souvent l’Evangile, mais toujours des extraits de nature universelle, philosophique, jamais les passages mythologiques, qui ne concernent que la particularisme des « croyants ».

Il serait peut être temps de se rendre compte que l’Ancien et le Nouveau Testament ne sont que des…testaments, rédigés par un mort qui est le Dieu d’Abraham.

Mais nous voulons le faire revivre en le « Dieu des philosophes et des savants », qui est l’esprit de vérité dont parle Baillet dans le récit ci dessus.

Les « Est et non », le « oui et le non », c’est ce que Badiou appelle un « point », une convocation devant le deux d’un choix crucial, qui se trouve déjà dans le Deutéronome et son « Voici, je place devant toi deux voies, celle de la mort et celle de la vie »

En termes scientifiques modernes, c’est le vrai et le faux, le binaire 0-1 de l’informatique.

Le « Quod vitae sectabor iter? » (Quel chemin suivrai je en cette vie?) c’est l’orientation dans le monde spirituel des idées, que la désorientation propre au nihilisme consumériste a oubliée : aujourd’hui, s’orienter veut dire choisir un métier pour avoir un salaire le plus élevé possible.

Quel est le rapport de ces prolégomènes avec ISRAËL ?

Il existe, mais cet article est par lui même assez long, et il se suffit à lui même.

Un mot encore : je sais bien que les féministes et les apôtres de la diversité seront choqués (sous réserve qu’il y en ait qui lisent ce blog) par mon opposition tranchée entre Orient et Occident, entre mystique féminine et lunaire et pensée rationnelle virile et solaire.

Mais ici nous parlons du monde de l’esprit où il n’y a plus ni hommes ni femmes, ni noirs ni blancs, ni grecs ni juifs : ce monde où nous sommes tous des anges.

L’émancipation virile vis à vis des préjugés et des traditions, c’est pour tout le monde, hommes et femmes.

Et si l’homme est une femme comme les autres, la réciproque doit être valide.

Je ne puis résister à l’envie diabolique d’aggraver mon cas en citant le denier logion 114 (tiens, le nombre aussi des sourates du Coran) de l’Evangile de Thomas:

« Simon Pierre leur dit :
Que Mariam sorte de parmi nous, parce que les femmes ne sont pas dignes de la Vie.
Jésus dit :
Voici que Je l’attirerai
Afin de la faire mâle,
Pour qu’elle soit, elle aussi, un esprit vivant,
Semblable à vous, les mâles.
Car toute femme qui se fera mâle
Entrera dans le Royaume des Cieux.
 »

http://evangiledethomas.over-blog.com/categorie-621445.html

et aussi:

La ligne de partage des temps

La descente des ténèbres sur l’Occident en 1968 : « IF » de Lindsay Anderson

Ce film célèbre de Lindsay Anderson est visible ici (mais hélas en anglais non traduit):

If film de Lindsay Anderson

Je ne sais pas si son tournage a commencé avant ou après le Mai 68 en France mais une photo bien connue apparaît au mur de la chambrée des collégiens, montrant un CRS fonçant matraque levée sur un manifestant à terre, il me semble que c’est tout près de l’actuel cinéma « Le Champo ».

L’obscurité en cette affaire est que l’on s’est à mon avis complètement trompé sur le sens des révoltes de ces années là (qui commencent vers 1965 sur les campus américains) en ce que l’on n’a pas su saisir la dualité et la contradiction profonde des courants sous-jacents à l’œuvre dans ces événements.

Il ne faut jamais oublier (ce que l’on fait aujourd’hui) que dans les années 60 la deuxième guerre mondiale était encore toute récente: selon moi le « sens » des événements de 68 était d’envoyer un « message » aux anciens résistants gaullistes qui étaient alors au pouvoir pour leur dire (ainsi qu’aux anciens résistants communistes ou socialistes qui étaient dans l’opposition):
« Attention ! Vous avez montré un courage extraordinaire en 1940-45, nous sommes fiers d’être vos enfants, mais maintenant vous vous êtes embourgeoisés et enlisés dans la paresse spirituelle et le confort matérialiste , vous vous êtes faits voler votre victoire et vous la laissez disparaître dans le nihilisme consumériste alors qu’il y a 25 ans l’humanité est passée au bord de l’Abîme »

(et je ne sais pas en quelle mesure ils savaient que l’humanité était aussi passée à deux doigts de l’apocalypse nucléaire à l’automne 62, lors de la crise des missiles à Cuba, mais la terreur du nucléaire était déjà dans toutes les têtes)

On (les intellectuels) n’a pas su ou voulu voir cet aspect des choses, car il renvoyait à la période « idéaliste » de la philosophie qui prend fin en 1944 avec la disparition de Léon Brunschvicg et est remplacée par l’existentialisme sartrien et le matérialisme dialectique marxiste (l’idéalisme continue en un courant souterrain porté par des penseurs comme José Dupré, mais qui n’appartiennent pas au milieu des « intellectuels officiels », à la différence de Brunschvicg qui dans les années 30 était le Patron des études philosophiques).

Aussi n’a t’on retenu de 68 que l’aspect le plus bas et dérisoire, les slogans rigolos, et la prétendue « libération sexuelle » qui arrive avec dans ses bagages la pornographie envahissante, la pédophilie permissive et le tourisme sexuel…ainsi que la publicité à la télévision qui débute à l’automne 68.

Et maintenant les anciens soixante-huitards sont aux commandes de l’Empire du Bien, et se préparent à passer les clés à la « génération morale », qui refilera très vite cette patate chaude à la « génération riens du tout » et aux « discriminés positifs » amateurs de rap et d’islam positif et « tolérant », compatible avec le mariage pour tous … Eux n’auront pas le temps de jeter la patate chaude dans les mains des « suivants » car la guerre éclatera..ou bien la Grande Fatigue…

Tout cela finira t’il dans un bang ou dans un murmure ?

Les deux sans doute …la vulgarisation imbécile de la mécanique quantique a appris aux masses éduquées à « dealer » des objets étranges (et parfaitement idiots) tels que le « chat de Schrödinger » qui est à la fois vivant et mort, ce qui est d’ailleurs un peu notre cas à tous, pas besoin de physique quantique pour ça…

Pourquoi la fin violente annoncée par la fin du film admirable de Lindsay Anderson ne s’est elle pas produite?

Remarquons que les révoltés se nomment eux mêmes « les Croisés » (crusaders)…on est assez loin quand même de Daniel Cohn Bendit (le pire de la bande)

Parce que les « Grands manipulateurs » ont tout verrouillé en organisant une immigration massive à compter des années 70: le multiculturalisme ça vous calme un peu les agités qui auraient des velléités de croisade (on notera aussi que dans le film la découverte des armes datant de la seconde guerre mondiale coïncide avec celle des fœtus résultant d’avortements tenus secrets).

Mais c’est la citation du Livre des Proverbes 4:7 au début du film qui nous met sur la voie de la compréhension (enfin selon moi):

Bible: Livre des Proverbes 4:7

« Wisdom is the principal thing; therefore get wisdom: and with all thy getting get understanding. (version King James)

ce qui correspond à deux traductions différentes :

« 7La principale chose, c’est la sagesse; acquiers la sagesse, et sur toutes tes acquisitions, acquiers la prudence. » (je préfère « intelligence » à « prudence », et je ne comprends guère ce « sur toutes tes acquisitions »)

et la deuxième :

« Voici le commencement de la sagesse: Acquiers la sagesse, Et avec tout ce que tu possèdes acquiers l’intelligence. »

qui me laisse un peu perplexe: si le commencement de la Sagesse c’est d’acquérir la sagesse, comment un non sage obtiendra t’il la sagesse ? en buvant toute l’eau de la rivière de l’Ouest, comme le recommande un Maître Zen légèrement farceur?

Mais il y a peut être là aussi une réflexion très profonde correspondant au problème philosophique connu :

La philosophie (la Voie menant à la Sagesse) a t’elle besoin de lisières? C’est à dire de faire la courte échelle aux étudiants sincèrement attirés par la Sagesse (et non pas de formules obscures pour séduire les filles, ce qui de toutes façons ne marche plus) sous la forme d’une voie plus facile, d’une introduction, d’une propédeutique ?

Ou pas ?

J’ai ma petite idée sur la réponse à cette question, inspirée par Platon, Spinoza, Éric Weil et Brunschvicg : nous sommes tous déjà dans la Vérité , qui est le « Dieu radicalement immanent qui est en nous » ( le Dieu des philosophes et des savants), et n’avons donc besoin pour la « voir » que de perdre nos œillères)..

Mais revenons au texte de Proverbes 4:7, et adressons nous au texte hébreu pour essayer d’y voir plus clair.

C’est ici:

Les proverbes chapitre 4 hébreu-français

« ז רֵאשִׁית חָכְמָה, קְנֵה חָכְמָה; וּבְכָל-קִנְיָנְךָ, קְנֵה בִינָה. 7 Le principe de la sagesse, c’est d’acquérir la sagesse; au prix de tous tes biens, rends-toi possesseur de la raison. »

mot à mot :

Le principe ( plutôt que le commencement) de la Sagesse : RESHIT HOKMAH

C’est : acquiers la Sagesse QNEH HOKMAH

Et avec (au prix de) tous tes biens, tes acquisitions : OUBeKOL QINIANKHA

Acquiers, rends toi possesseur de la Raison ( je préfère « INTELLIGENCE »)

QNEH BINAH

Je traduirais donc pour ma part:

Voici le Principe de la Sagesse : acquiers la Sagesse

Au prix de tout ce que tu possèdes, obtiens l’Intelligence.

Ce qui signifie :

La Sagesse n’est pas une doctrine « secrète » ni « objective » ( que l’on pourrait obtenir en lisant un livre, ou en tombant aux pieds d’un Gourou et en lui faisant discrètement un gros chèque)

La Sagesse se communique d’elle même, elle consiste à ne pas refuser d’acquérir la ‘sagesse, en une acceptation principielle de « devenir Esprit »

Une fois cette acceptation assurée, il faut acquérir en plus l’Intelligence, cette fois en renonçant à toutes ses possessions, en devenant pauvre en esprit.

La Sagesse est solitaire, non manifestée, l’Intelligence est tournée vers les phénomènes.

HOKMAH et BINAH sont les noms de deux SEPHIROT, formant avec KETHER la Couronne le Triangle supérieur de l’Arbre des Sephirot:

mais je ne dirai rien sur ces Augustes Mystères car j’ai l’intention à ma retraite de devenir kabbaliste pour passer à la télévision et coucher avec plein de jolies femmes en buvant frais.

José Dupré : itinéraire en devenir

J’ai déjà annoncé ici la parution mi juin du tome 1 du nouveau livre de José Dupré : « Itinéraire en devenir: rencontre avec le monde et les vivants » et me le suis procuré récemment.

Le nouveau livre de José Dupré

On peut l’acheter dans toutes les librairies en ligne, mais aussi par courrier à sa maison d’éditions :

La Clavellerie,

F-24650 Chancelade

La révolution de pensée José Dupré

Il s’agit d’un livre de plus de mille pages où cet auteur, qui est sans doute le plus important encore en vie dans le domaine de la Pensée, livre son témoignage sur sa vie et son œuvre, et par là même sur l’histoire événementielle et spirituelle depuis 1940.

Il ne donne jamais la date exacte de sa naissance, ce qui est compréhensible puisqu’il s’exprime du point de vue transcendantal du Moi réflexif, comme Fichte ou Steiner: la première date précise qu’il donne est celle d’une fête dont il se souvient parfaitement le 2 juillet 1939.

D’après plusieurs indices on peut supposer qu’il est né entre juillet 1935 et juin 1936.

Il a donc connu la guerre et ses horreurs avec les yeux et les impressions d’un enfant de moins de 10 ans, et consacré à cette période de sa vie les deux premiers chapitres du livre.

Je dis dans l’article plus haut de José Dupré qu’il est un, le penseur providentiel (le seul encore vivant, qui peut donc témoigner, intervenir en personne) pour notre époque.

Cela sonne bien « religieux »!

Je persiste et signe car il y a deux sens du mot « religieux » : celui qui se contente des deux ordres de la chair (de la vie et de la matière) et de l’esprit, et celui qui en introduit un troisième : ordre de la grâce surnaturelle, de la charité, ..

A la limite, l’athéisme véritable serait le monisme de la matière et de la vie, Brunschvicg comme José Dupré affirment l’immanence de l’Esprit et l’inanité du « Dieu » qui est illusion et mensonge vital : le Dieu du monothéisme abrahamique.
Il serait cependant aventureux d’opposer Dupré à Pascal de la même façon tranchée que Brunschvicg dans la querelle de l’athéisme de 1928: Dupré admire Simone Weil, qui est en quelque sorte disciple de Pascal, comme le montre Jacques Julliard dans son livre récent : « Le choc Simone Weil ».

Lorsque je dis « providentiel » je ne fais que me référer à l’immanence radicale de l’esprit, qui est l’Un-en-un, je n’imagine pas du tout une Déité supra-céleste dont ce penseur serait l’Envoyé.

Le témoignage de José Dupré dans les deux premiers chapitres n’est pas seulement historique, et il n’est semblable à aucun autre que j’aurais pu lire ou écouter (de la part de mon père qui a connu cette époque, mais il avait 10 ans de plus).

Nous voyons là une individualité spirituelle se former au contact de cette réalité atroce de l’Occupation, et un enfant prendre conscience de la « racine ténébreuse du monde », et du caractère tragique de l’existence humaine.

Mais la plus grande tragédie n’est elle pas l’oubli de cette tragédie, dans les « distractions », comme en ce moment le football au Brésil, ou bien dans le confort illusoire des religions instituées et de leur base mythologique ?

Parole de José Dupré à propos de la Libération ( à laquelle il assisté à Limoges) :

« Je sais maintenant que le Mal prit d’autres couleurs, avec moins de franchise, qu’au moins ceux là (i e les nazis) avaient eue..« 

« The killing ». (1956) : du très grand Stanley Kubrick

Film complet en 5 vidéos, en version originale sous titrée en français:

Ultime razzia the killing de Stanley Kubrick

Même année que « Les sentiers de la gloire », et plusieurs acteurs communs aux deux films.

Cet article fait le rapprochement justifié avec Jules Dassin et le John Huston de « Asphalt jungle »:

http://www.cinematheque.fr/fr/dans-salles/hommages-retrospectives/revues-presse/kubrick/kub-razzia1.html

La scène finale, où Johnny (Sterling Hayden, formidable) et sa maîtresse Fay tentent de fuir l’aéroport après que la valise des billets de banque se soit renversée sur la piste, est admirable en ce qu’on la voit de leur point de vue, observant dans la stupeur et le désespoir les deux policiers de l’aéroport s’avancer vers eux pistolet au poing:

Cela nous reporte à la scène du début où Johnny, qui vient de faire 5 ans de prison, explique à Fay, qui est follement amoureuse de lui et l’a attendu fidèlement ces 5 années, que cette fois ci ça ne va pas rater, ils seront riches pour prendre un nouveau départ.

Et il lui résume la situation des « complices », qui ne sont pas des truands mais ont un travail régulier.

Mais « ils ont aussi leurs problèmes »…

Marie Windsor joue comme à l’habitude un rôle de grue, mais là elle est particulièrement « soignée » dirais je : volage, cupide, menteuse, menant une vie infernale à son mari guichetier au champ de courses, et qui est à ses pieds, et la dernière phrase qu’elle prononce avant de mourir tuée par ce mari mérite d’être citée :

« Ce n’est pas juste…je n’ai eu que toi..tu es comme une blague pas marrante.. »

Enfin bref le mariage …

Et l’on comprend vite que. Marvin, celui qui finance, est un ivrogne détruit lui aussi par un mariage infernal, et que tous les autres sont poussés par la tragédie du malheur.

A partir de 1960 Kubrick traitera des thèmes plus, disons, « universels » (l’esclavage à Rome et la révolte de Spartacus, la guerre nucléaire, l’exploration de l’espace, l’ultra violence, les spectres, la guerre du Vietnam etc..) mais ne réussira jamais à dépasser le désespoir fondamental sur la condition humaine sensible dans les premiers films, « Fear and desire » compris.

Nous en comprenons, à mon sens, la raison dans « 2001 odyssée de l’espace » film tiré d’un roman fondamentalement athée, mais où Kubrick réintroduit une transcendance intervenant dans le cours de l’évolution pour le diriger vers un « but » évidemment incompréhensible.

Il réintroduit ainsi dans sa vision du monde un « ordre supérieur » qui n’est plus l’ordre de la charité de Pascal et Simone Weil, mais l’ordre de l’obscurité et de la terreur (le Dieu terrible de l’Ancien Testament).

Pourquoi n’a t’il jamais pu réaliser le film sur la Shoah qu’il rêvait de faire?

Parce que cet « ordre ténébreux » y devenait trop évident, il aurait loupé ses effets et n’aurait pu « surprendre ses spectateurs » comme à son habitude..et puis il avait peur, sans doute, d’affronter réellement les ténèbres….c’est bien naturel.

Aussi s’est il reporté sur le sexe et les Illuminati ( peut être ?) dans « Eyes wide shut », bref une obscurité d’opérette..

Mais j’ai appris de Brunschvicg et de José Dupré qu’il est immoral de vouloir réintroduire l’ordre de la charité ou un « analogon » de transcendance, après 1928, année de naissance de Kubrick et comme par coïncidence année de la dernière querelle de l’athéisme, celle de Brunschvicg venant plus d’un siècle après celle de Fichte:

‘La querelle de l’athéisme de Léon Brunschvicg

L’ordre de l’esprit, venant dépasser l’ordre de la chair qui est celui de « Fear and desire » ou « the killing », suffit…