La ligne de démarcation des temps

La ligne de démarcation des temps.

viaLa ligne de démarcation des temps.

African Spir: pensée et réalité

African Spir était l’un des philosophes les plus admirés par Brunschvicg et dans l’article suivant écrit il y a longtemps je montre que la pensée de Spir forme le lien entre celle de Brunschvicg et celle du philosophe-mathématicien Hoené Wronski qui est de nos jours plutôt étudié par les « ésotérismes » de tout poil que par les philosophes, alors que le wronskisme est un rationalisme absolu:

Spir, Wronski et Brunschvicg

mais il est vrai que raison supra mystique et folie infra mystique sont souvent proches en apparence, et il y a sur Wronski une anecdote savoureuse mais parfaitement réelle : il était réfugié politique en France et devait se rendre à Londres pour un congrès, mais ne pouvait quitter la France sans l’autorisation de la police, il en fit la demande et après une enquête minutieuse un inspecteur rendit un avis favorable et nota simplement pour justifier celui ci:

« Ce n’est pas un fou dangereux »

L’histoire a oublié le nom du policier mais retenu celui de Wronski, ne serait ce que dans le « wronskien » en mathématiques.

Le livre de Christian Cherfils sur « Wronski un essai de religion scientifique » qui explique le wronskisme de la pensée de Spir est ici:

http://rcin.org.pl/impan/Content/5906/WA35_13862_5015_Un-essai.pdf

Le livre principal de Spir est « Pensée et réalité » qui est sur le web:

http://gallica.bnf.fr/ark:/12148/bpt6k69545q.pleinepage.r=spir+pensee+realite.f11.langFR

et aussi ici:

https://archive.org/details/penseetralitess00spirgoog

Au fond la pensée de base de Spir est très simple et se résout, comme celle de Platon, Brunschvicg, ou José Dupré, en un dualisme radical: le monde tel qu’il nous apparaît est une anomalie.

José Dupré affirme qu’il résulte de l’agression du « contre-être », qui se situe seulement au niveau phénoménal, pas au niveau ontologique, celui de l’Etre.

Brunschvicg affirme que « l’esprit ne répond que pour l’esprit, pas pour la matière ni pour la vie », ce qui signifie qu’il est absurde de vouloir expliquer la présence de la « forme d’extériorité » du monde.

C’est très bien expliqué dans cet article sur la pensée de Brunschvicg:

‘L’idéalisme critique de Léon Brunschvicg

Jean Piaget, disciple de Brunschvicg, identifiait Dieu à la norme de la Pensée.

C’est très proche de la notion d’Absolu chez Spir décrite page VIII de l’introduction à « Pensée et réalité »

« Nous ne pouvons reconnaître l’anomalie des choses et la nôtre que parce que nous avons la notion de la norme; nous ne pouvons penser au relatif ou au conditionné comme tels que parce que nous avons la notion de l’inconditionné et de l’absolu.

La notion de l’absolu est ainsi dans l’ordre de la pensée comme le soleil qui éclaire tout le domaine de la connaissance »

C’est aussi la pensée de fond de Descartes une fois le cogito découvert:

« J’ai premièrement en moi la notion de l’infini que du fini, de Dieu que de moi même »

et aussi de Wronski:

« C’est dans le degré plus ou moins élevé de la conscience de l’Absolu, c’est à dire de la faculté créatrice des conditions, que se trouve la véritable mesure de la grandeur humaine, de la distinction des hommes, des nations et des périodes historiques »

Un lien intéressant aux lisières de la philosophie et de l’anthroposophie

J’ai trouvé cet article sur le blog de Grégoire Perra:

Platon, Descartes et Steiner

Ce qu’il y a de plus intéressant chez Mr Grégoire Perra, c’est qu’il a eu le courage de pénétrer dans la caverne des fantômes , je veux dire devenir membre de la Société anthroposophique, et il retrace honnêtement son évolution:

« Au temps où je n’avais pas encore compris un certain nombre de choses et où je faisais encore partie de la Société Anthroposophique, j’écrivais des articles, dont certains paraissaient dans Les Nouvelles. Pendant leur rédaction, il m’arrivait de solliciter des avis. Je le fis ainsi avec l’article intitulé De l’Idéalisme à l’Anthroposophie1, demandant celui de Philippe Aubertin, tandis que sa rédaction en était quasiment achevée. Ce dernier m’envoya alors un certain nombre de remarques très négatives. Je ne jugeais pourtant pas utile d’en tenir compte, ni de repousser la publication prévue, considérant que nous avions-là une différence de points de vue tranchée et que, à mes yeux, ses remarques n’avaient pas de poids. Ce que je ne savais pas encore, c’est la confusion qui régnait dans l’esprit de Philippe Aubertin entre une demande d’avis et une demande d’accord. »

Son parcours ressemble beaucoup à celui de José Dupré, mis à part le fait que ce dernier est beaucoup plus vite devenu un « hérétique » tout en restant dans la Société plusieurs années.

Il parle ici d’Antoine Dodrimont, ancien prêtre, devenu président de la Société après Paul ‘Henri Bideau (de grande stature humaine) et cet A. V. dont José Dupré révèle l’ignominie.

Le thème de cet article est crucial pour les études de ce blog, puisqu’il concerne celui que j’appelle le Sauveur, à savoir Descartes, et Platon qui est pour Brunschvicg la vérité de la philosophie (le platonisme, non pas Platon ni ce que l’on appelle le néo-platonisme).

Steiner est au départ, avant 1900, un philosophe idéaliste, et le prétendu dépassement de l’idéalisme en anthroposophie, décrit par José Dupré, correspond à une chute retentissante, une régression de la lumière à l’ombre semblable à celle du Maître dans le récit de
Jaccottet « L’obscurité » qui est la trame de ce blog.

Je ne puis aller plus avant en ce moment, les événements démoniaques qui se passent en ce moment au Proche Orient m’empêchent absolument de penser.

Je laisse donc ce lien en réserve pour les lecteurs éventuels qui penseraient comme moi que ce n’est pas une complète perte de temps de s’intéresser encore à Steiner, après que ‘José Dupré ait démontré (entre autres) sa complète corruption intellectuelle après 1900.

Quod vitae sectabor iter?

Doutant s’il rêvait ou s’il méditait

Et vous que choisissez vous comme orientation ?

ANTIOCHUS ou CHRIST ?

ANTIOCHUS c’est à dire Hitler, Mahomet, etc…Arthur Hamilton..

Je fais référence au personnage du film « SECONDS » de John Frankenheimer, voir:

John Frankenheimer: SECONDS (1966)

Attention c’est un choix qui engage: pas le choix d’Antiochus (si l’on est assez habile pour gommer Hitler) mais celui de Christ (qui ne consiste absolument pas à se convertir au christianisme)

C’est LE CHOIX : aussi faut il réfléchir avant, et avant de réfléchir FAIRE SILENCE.

Réfléchir pas jusqu’à la mort, mais peut être sept jours…ou sept ans?

Et réfléchir dans le silence de la vraie solitude…

sans la présence d’un petit homme sardonique qui vous susurre à l’oreille :

« Il n’y a plus rien à attendre, n’est ce pas ? Tout est raflé dans le néant…il n’y a plus rien… »

Soutien inconditionnel à ISRAËL

Dans l’article précédent, qui contenait les prolégomènes à celui ci:

Soutien à ISRAËL : prolégomènes platoniciens et cartésiens

j’ai dit que la « sortie de l’humanité hors de l’état de tutelle dont elle est elle même responsable », qui est la tâche des Lumières selon Kant, consistait à s’orienter dans la pensée avec une certitude analogue à celle du Cogito, qui constitue le seuil, la porte, l’entrée sur le « long et difficile chemin qui de l’enfer mène à la lumière »: ceci répond aux deux phrases lues ou entendues par Descartes lors du troisième songe lors de la fameuse nuit du 10 au 11 novembre 1619, qui sont « Quod vitae sectabor iter? » ( orientation non pas selon la tradition et ses préjugés mais selon la Raison universelle, valable selon Descartes « aussi bien pour les chrétiens que pour les Turcs ») et « Est et non » (oui ou non, vrai ou faux, orientation selon l’esprit de vérité qui doit se faire selon une certitude absolue).

Or nous voyons immédiatement ici apparaître deux difficultés majeures, deux apories même : qu’en est il de la liberté de choix entre deux options si nous savons de manière certaine que seul le choix de l’une correspond à la vérité, et si nous savons laquelle est juste ? Et en particulier, concernant l’orientation vis à vis des grands problèmes politiques, comment concilier la diversité des opinions, souhaitable en démocratie, avec cette certitude alléguée d’une seule voie possible ? Cela ressemble fort au communisme, ou à l’Islam et à la Shari’a.

Prenez un chef d’œuvre remarquable du cinéma qui est passé à la télévision récemment : « L’armée des ombres » de Jean Pierre Melville.

http://www.cineclubdecaen.com/realisat/melville/armeedesombres.htm

Pour nous qui vivons maintenant, le choix était clair : il fallait opter pour la Résistance.

Et pourtant il existe encore des partisans de Pétain; et pour ceux qui vivaient à l’époque, tout n’était pas aussi clair, l’armée française avait été vaincue, écrasée même, l’ennemi occupait une partie du territoire, et la plupart des gens n’avaient pas sur la nature réelle du nazisme les informations que nous possédons maintenant.

Et le chef d’œuvre de Melville (qui a fait le choix de la résistance à l’époque) nous montre que le milieu de ceux qui ont fait le choix du courage n’était pas une communauté de saints ( et cela nous le savons par l’œuvre des historiens, avant de le savoir par le film): il y avait des traîtres, des gens aux motivations et aux comportements ambigus, entre résistance et collaboration, entre héroïsme désintéressé et gangstérisme.

Mais descendons d’un cran dans la généralité et venons en à notre problème particulier : celui d’ ISRAËL et du sionisme, qui fait l’objet ces jours ci d’une guerre de plus en plus violente sur le terrain par les armes, et dans les débats par les mots utilisés.

Ici aussi je voudrais faire appel à un film, un chef d’œuvre aussi de Sidney Lumet réalisé en 1964, et qui coïncidence vient de ressortir en version restaurée dans des salles parisiennes:

« Le prêteur sur gages » (« The pawnbroker ») avec Rod Steiger qui fait une composition remarquable dans le rôle de Sol Nazerman, qui a perdu tous ceux qu’il aimait dans les camps d’extermination et mène aux USA depuis sa fuite d’Allemagne une vie solitaire et désespérée, se montrant intraitable en « affaires »:

Sidney Lumet : le prêteur sur gages 1964

Il y aurait énormément à dire sur ce film extraordinaire, qui me confirme dans l’idée que Sidney Lumet est le plus grand réalisateur américain (car si Kubrick a été incapable de réaliser ce film sur la Shoah qu’il rêvait de mener à bien, Lumet a fait beaucoup mieux avec cette œuvre sur un revenant des camps, revenant dans tous les sens du terme car il est vraiment mort spirituellement), mais je veux juste ici signaler la scène où Sol Nazerman pressé de questions par son jeune commis portoricain sur « comment gagner de l’argent ? » Il se laisse aller, alors que d’habitude il est si taciturne, à une tirade de 10 minutes sur l’histoire des juifs de la diaspora, « sans armée et juste munis d’une grande légende barbue », et quand il en vient à ce qui leur a permis de tenir bon malgré les haines et les persécutions universelles (il y a même de nombreux antisémites au ‘Japon, où il n’y a jamais eu de communautés juives), il parle de l’orgueil d’être unique, face à tous les autres.

Un peuple pas sûr de lui ni dominateur (enfin pas forcément) mais contre tous les autres, et unique…..et cette situation provient évidemment des mythes de la Torah, et elle prévaut depuis l’Exil.
Or ceci n’est pas une bonne chose, ni pour les juifs, ni pour les autres!

Ce n’est bon ni pour un individu , encore moins pour un peuple qui n’a pas d’armée ni de pays..

On comprend donc ma ligne d’argumentation, qui me semble imparable : cette situation n’est bonne ni pour les juifs, ni pour les autres, il convient donc de la remplacer par une autre plus satisfaisante pour tout le monde, et pour cela il n’y a pas trois solutions : soit les juifs disparaissent (solution finale d’Hitler ou du Hamas), soit les non juifs disparaissent par conversion générale au judaïsme (j’ai l’esprit taquin ce soir) soit les juifs ont un pays, un état moderne et une armée : ISRAËL et ‘Tsahal.

Seule la troisième solution est envisageable rationnellement et humainement.

Mais pourquoi avoir fait alors précéder cet article du précédent consacré aux « prolégomènes platoniciens et cartésiens »?

Soutien à ISRAËL : prolégomènes platoniciens et cartésiens

Depuis que j’ai commencé à écrire cet article-manifeste, des évènements graves se sont déroulés dans notre pays, à Paris notamment des manifestants pro-Hamas (plutôt que pro-palestiniens, j’espère que tout le monde comprend la différence) ont crié « mort aux juifs! Allahou akbar ! » sans être inquiétés par la police française, d’autres ont tenté d’incendier deux synagogues à l’aide de cocktails Molotov, « espérant » ainsi brûler vifs tous les religieux juifs se trouvant à l’intérieur, voir :

http://ripostelaique.com/paris-150-juifs-attaques-par-des-pro-palestiniens-dans-la-synagogue-de-la-roquette.html

http://louyehi.wordpress.com/2014/07/15/france-manif-pour-gaza-loccasion-de-proferer-des-insultes-antisemites/

http://louyehi.wordpress.com/2014/07/15/france-les-pro-palestiniens-sont-des-islamistes-radicaux-quil-faut-interdire-en-france/

http://louyehi.wordpress.com/2014/07/15/lhorreur-antisemite-est-en-marche-en-france-par-guy-milliere/

On se croirait ici revenus aux heures les plus sombres de notre histoire, et cette situation n’est pas nouvelles en France : il y a environ 25 ans, d’autres musulmans fanatisés défilaient en plein Paris en appelant au meurtre de l’écrivain Salman Rushdie.

Nous héritons cette situation tragique d’époques anciennes, d’avant la ligne de partage des Temps qui coïncide avec la révolution scientifique et philosophique du cartésianisme :

http://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/06/la-ligne-de-partage-des-temps/

partage qui se situe précisément au cours de la nuit de la Saint Martin du 10 au 11 novembre 1619, nuit des trois songes de Descartes, où entre en scène l’ Esprit de Vérité destiné à supplanter le ou les dieux des nourrices : Dieu des philosophes et des savants, et non le Dieu d’Abraham.

Esprit de Vérité universel et géomètre, qui déjà animait le philosophe Thalès qui s’attira le rire d’une servante Thrace, qui elle situait les dieux sous terre et croyait naïvement que « le grec » (qui était en fait un asiatique) situait les siens au ciel , et ne connaissait donc pas « les vrais dieux, les plus puissants », qui étaient évidemment les siens, ceux de la Thrace:

http://horreurislamique.wordpress.com/le-rire-de-la-servante-de-thrace/

De Thalès à Descartes en passant par Platon la conséquence est bonne, à condition de ne pas confondre le Platon mythologue, celui du Timée, avec le Platon mathématicien, celui du Parménide.

Avant la ligne de partage des Temps, avant la nuit de songes (prophétique, si ‘l’on veut) du Sauveur  le 10-11 novembre 1619, , suivie 18 ans plus tard du traité universel de la seconde naissance, l’humanité était incapable de sortir des Ténèbres qui lui avaient valu au 16 ème siècle  les atroces guerres de religions : car le Dieu d’Abraham, dieu des nourrices , dieu d’une servante de Thrace qui aurait pris la « grosse tête », grenouille voulant se faire aussi grosse que le boeuf, est le dieu des guerres de religions, dieu du mytère et dieu des arméees auquel l’esprit, qui est l’Esprit de Vérité de Thalès et Descartes, se refuse.

Or le temps des guerres de religions semble revenir, voire définitivement revenu. Mais nous avons maintenant de quoi répondre à ces ténèbres opaques, « ténèbres visibles » que Milton décrit ainsi dans la vision de Satan (qui n’est autre que l’homme déchu, non libéré de l’obscurité) au Livre I du Paradise lost :

http://www.dartmouth.edu/~milton/reading_room/pl/book_1/

« At once as far as Angels kenn he views
The dismal Situation waste and wilde, [ 60 ]
A Dungeon horrible, on all sides round
As one great Furnace flam’d, yet from those flames
No light, but rather darkness visible
Serv’d onely to discover sights of woe,
Regions of sorrow, doleful shades, where peace [ 65 ]
And rest can never dwell, hope never comes
That comes to all; but torture without end
Still urges, and a fiery Deluge, fed
With ever-burning Sulphur unconsum’d:
Such place Eternal Justice had prepar’d [ 70 ]
For those rebellious.. »

ce que Chateaubriand traduit ainsi :

« D’un seul coup d’œil, et aussi loin que perce le regard des anges, il voit le lieu triste dévasté et désert : ce donjon horrible, arrondi de toutes parts, comme une grande fournaise flamboyait. De ces flammes point de lumière, mais des ténèbres visibles servent seulement à découvrir des vues de malheur ; régions de chagrin, obscurité plaintive, où la paix, où le repos ne peuvent jamais habiter, l’espérance jamais venir, elle qui vient à tous ! Mais là des supplices sans fin, là un déluge de feu, nourri d’un soufre qui brûle sans se consumer.

Tel est le lieu que l’Eternelle Justice prépara pour ces rebelles ; ici elle ordonna leur prison dans les Ténèbres extérieures ; elle leur fit cette part, trois fois aussi éloignée de Dieu et de la lumière du ciel que le centre de la création l’est du pôle le plus élevé. Oh ! combien cette demeure ressemble peu à celle d’où ils tombèrent ! »

cette demeure c’est la nôtre !

Mais, si c’est le NON (de la détermination qui est négation) qui brûle (comme le dit Angelus Silesius)  dans l’Enfer qui est notre demeure (l’enfer est pour les héros !) , on en sort par le OUI, soyons logique !

Oui non, 1-0, vrai-faux : on sort de l’enfer des guerres de religions (entre autres joyeusetés) par l’Esprit de Vérité, qui est aussi l’Esprit du Messianisme réévalué.

Car si « nous avons toujours du mouvement pour aller plus loin » (Malebranche le cartésien) alors il n’y aura pas d’épiphanie de la Vérité, nous pourrons toujours nous orienter vers le « pays des vérités » mais non habiter définitivement cette « terre promise ».

Ce qui signifie que tout homme se présentant comme « Messie » est un imposteur : et le dernier cas est celui du rabbin Shabbataï Tsevi se convertisant à l’Islam, destructeur du judaïsme, mais là encore le Sauveur était présent en la personne de Baruch Spinoza, héritier de Descartes, qui vivait à la même époque.

De même tout homme se présentant comme un Sage complet : et si Hegel est bien tel que le décrit Alexandre Kojève, alors il est bien un imposteur.

Descartes n’est li Messie ni Sage complet (il y a de nombreuses erreurs chez lui, notamment sa physique) : il est le Sauveur, le Rédempteur uniquement parce qu’il nous donne le critère pour reconnaître les imposteurs.

Et c’est seulement depuis cette ligne rationaliste, idéaliste  et spiritualiste que nous pouvons « briser les Ténèbres visibles » et répondre aux servantes de Thrace (qui sont maintenant voilées) par l’effort viril de la recherche indéfinie de la vérité dans la science et la philosophie.

La Torah n’est pas la Sagesse,elle n’est pas du tout inaccessible, et la meilleure preuve en est que Shabbatai Tsevi et Jacob Frank ont voulu la violer, et y ont en quelque manière réussi. En plus ils croyaient réaliser ainsi ses volontés cachées, clamant que « c’est en violant la Torah qu’on accomplit la Torah », c’est l’histoire de tous les violeurs, hélas…

On se méprendrait complètement sur le sens de cet article si l’on y voyait un nouveau réchauffé biblico-talmudique destiné à asseoir les prétentions juives sur un lopin de terre et de vieux monuments, et comme je l’ai déjà dit une bonne part des juifs antisionistes sont traditionalistes, ils ne veulent pas renoncer au mythe de l’élection.

Mais il se fait que nous avons maintenant l’antidote , depuis Descartes, au poison de la passion triste qui se nomme « antisémitisme » (et de quelques autres poisons passionnels) et cet antidote, l’esprit universel de vérité, consiste en cette affaire à reconnaître que les religions du Dieu unique en trois exemplaires n’ont aucune valeur de vérité, elles sont de nature ethnique, même celles qui prétendent à l’universalité, réservée à la science et à la réflexion sur la science qui est la philosophie.

Tout ce qui se situe en dehors du « pays de la vérité », ou pays des théorèmes, est caduque, comme dirait Arafat.

Mais il faut se garder de tout mélanger : il y a de très grandes choses dans la Bible, il n’y en a aucune dans le Coran, qui est comparable à un paquet de tracts de nature politique d’un mauvais goût achevé.

Le christianisme à besoin du judaïsme, qu’il prétend accomplir , par contre l’Islam prétend rectifier les deux Révélations précédentes qui seraient falsifiées par les humains.

Sa volonté implicite est donc de supprimer la première Révélation, considérée comme une « mère infidèle » (la seconde est un frère concurrent) car une fois effacées les traces de cette matrice juive, ne resterait que la vérité absolue et divine que le Coran prétend apporter (mais qui consiste juste en les slogans au bas des tracts coraniques, les sourates).

Tel est le sens de l’antisémitisme coranique : effacer toute trace de ce qui serait un « avant » la vérité prétendue (et qui est pour le coup vraiment falsifiée), toute trace de cette mère détestée et méprisée.

Aussi est il crucial , pour contrer cette manipulation, que les trois « monothéismes » demeurent, avec chacun sa capitale : Rome pour le christianisme, La Mecque pour l’islam, et Jérusalem pour le judaïsme.

Et ceci n’est évidemment possible que si ISRAËL continue à exister.

Ce n’est que sous cette condition que l’esprit de Vérité pourra jouer son rôle en limitant et réévaluant les tois révélations à leur portée ethnique, sans aucun lien avec la vérité universelle.

Sinon l’humanité (islamisée ou en guerre contre elle même) serait définitivement enfermée dans les Ténèbres.

Pourquoi je soutiens ISRAËL de manière inconditionnelle: quelques prolégomènes platoniciens et cartésiens

Ce blog est appelé « L’obscurité » en référence à un récit de Philippe Jaccottet :

http://lettres.spip.ac-rouen.fr/IMG/pdf/conf_jaccottet.pdf

et par extension vise à décrire la situation qui est celle de l’homme (et de la femme bien sûr) de notre époque, caractérisée par la désorientation de la pensée et de l’action qui est le contraire de l’intelligibilité radicale que visent la science et la philosophie.

Mais décrire ne serait rien si cela ne débouchait pas sur l’action, sur la conversion qui consiste à sortir de l’obscurité, à progresser de l’ombre à la lumière comme le dit Platon au livre VII de la République, voir:

http://meditationesdeprimaphilosophia.wordpress.com/2012/03/09/bastide-et-la-notion-de-conversion-chez-brunschvicg/

« l’idée de conversion permet un accès direct au centre de cette pensée en éclairant du dedans les trois dimensions de la conscience philosophique, et en traçant ainsi la ligne de démarcation entre vrai et faux rationalisme, vrai et faux idéalisme, vrai et faux spiritualisme.

Vraie et fausse conversion correspondent aux deux mouvements que distingue Platon au livre VII de la République :

« les yeux sont troublés de deux façons et par deux causes opposées : par le passage de la lumière à l’obscurité et par celui de l’obscurité à la lumière »

la vraie conversion est progrès de l’ombre à la clarté, la fausse est régression de la clarté à l’ombre.

La vraie conversion est celle qui nous situe dans l’intériorité réflexive authentique, en saisissant le cogito dans l’unité de la cogitatio, et nous fait coïncider avec l’acte de pensée dans toute sa fécondité , « produisant de lui même la vérité ».

la fausse conversion au contraire « cherche la vérité dans la mise en relation d’un Ego  supposé donné dans sa subjectivité pure, et de cogitata supposées données elles aussi, dans une extériorité radicale. »

Bref nous visons ici à accomplir l’oeuvre des Lumières que le grand Kant décrivait ainsi :

« Les Lumières sont la sortie de l’humanité hors de l’état de tutelle dont elle est elle même responsable »

tâche qui comme on le sait n’a pas été menée à bien par les Lumières historiques qui dans leur « profondeur vide » ont voulu ignorer les vraies Lumières, celles du cartésianisme du 17 ème siècle, et ont abouti à la piteuse médiocrité des contemporains « droits de l’homme », qui sont surtout le droit (en Occident « développé ») d’acheter la voiture que l’on veut, d’aller passer ses vacances où l’on veut, et d’avoir la sexualité que l’on veut, et de la boucler sur tout le reste, y compris lorsque l’on se rend compte que les divers « crédits à la consommation » contractés pour avoir les moyens d’exercer ses droits se révèlent très chers, impossibles à rembourser

Ce que nous cherchons c’est : sortir de l’obscurité, qui est ce que les religions mythologiques appellent l’enfer, et qu’elles situent « après la mort », mais l’enfer est bien ici et maintenant, je vous en donne ma parole, et nous y sommes plongés.

Et SATAN mon Maître (je plaisante je plaisante) dit fort justement dans l’un des plus beaux poèmes de langue anglaise: « Paradis perdu » de John Milton:

« Long et difficile est le chemin qui de l’enfer mène à la lumière »

ce qui confirme bien que l’enfer est le contraire de la lumière, soit l’obscurité, ainsi que ce que dit Platon : on passe de l’obscurité ou de l’enfer à la lumière par le long et difficile chemin de la conversion véritable, qui est tout autre chose que la conversion à l’une des religions existantes.

Seulement il y a des raccourcis, car le plus difficile dans ce long chemin est de trouver le seuil, l’entrée, sans se tromper et prendre une fausse entrée (comme par exemple l’entrée dans une secte) pour la vraie, et comme dit le Gardien dans Kafka :

« Cette entrée n’était faite que pour toi, maintenant je m’en vais et je ferme la porte »

Je considère que l’entrée universelle (pour tous les humains avec 0 gramme d’alcool par litre) sur le chemin qui mène à la conversion est l’œuvre de René Descartes, et ce n’est pas pour rien que Léon Brunschvicg appelle le « Discours de la méthode  » qui date de 1637 un « traité de la seconde naissance ».
Mais avant 1637 il y a la nuit de la St Martin du 10 au 11 Novembre 1619 et les « Trois songes » de Descartes:

Baillet 1691: vie de Monsieur Descartes, les trois songes

que je ne veux point commenter ici, j’y consacrerai un article spécial car ce n’est rien de moins que la possibilité de l’humanité par opposition à l’hominité qui a été enfantée au cours de cette « nuit d’amour », et Jacques Maritain me fait de la peine lorsqu’il note avec une ironie malveillante que l’essor du rationalisme occidental commence par un « épisode cérébral », il voulait dire un coup de démence, et il aurait pu ajouter (il le fait je crois) un épisode éthylique car Monsieur Descartes avait bu avant de se coucher un peu de vin en l’honneur de la St Martin, alors qu’il n’en avait pas bu depuis très longtemps.

« 0] Il nous apprend que le dixième de novembre mil six cent dix-neuf, s’étant couché tout rempli de son enthousiasme et tout occupé de la pensée d’avoir trouvé ce jour-là les fondements de la science admirable (j), il eut trois songes consécutifs en une seule nuit, qu’il s’imagina ne pouvoir être venus que d’en haut…. »

mais je ne retiendrai ici que le troisième songe, plus calme que les deux premiers, et l’on notera que Descartes interprète lui même son rêve au cours de ce rêve lui même, il n’a pas besoin d’un psy ou d’une voyante, un « moderne » malintentionné dirait qu’il fait les questions et les réponses :

« Un moment après il eut un troisième songe, qui n’eut rien de terrible comme les deux premiers. Dans ce dernier, il trouva un livre sur sa table sans savoir qui l’y avait mis. Il l’ouvrit et, voyant que c’était un dictionnaire, il en fut ravi dans l’espérance qu’il pourrait lui être fort utile. Dans le même instant, il se rencontra un autre livre sous sa main qui ne lui était pas moins nouveau, ne sachant d’où il lui était venu. Il trouva que c’était un recueil des poésies de différents auteurs, intitulé Corpus poetarum etc. /c/ (8) Il eut la curiosité d’y vouloir lire quelque chose et à l’ouverture du livre il tomba sur le vers « Quod vitae sectabor iter ? Etc. » (9). Au même moment il aperçut un homme qu’il ne connaissait pas, mais qui lui présenta une pièce de vers, commençant par « Est et non » (10), et qui la lui vantait comme une pièce excellente. M. Descartes lui dit qu’il savait ce que c’était et que cette pièce était parmi les idylles d’Ausone qui se trouvaient (l) dans le gros recueil des poètes qui était sur sa table….

…. Il en était là, lorsque les livres et l’homme disparurent et s’effacèrent de son imagination, sans néanmoins le réveiller. [4] Ce qu’il y a de singulier à remarquer, c’est que doutant si ce qu’il venait de voir était songe ou vision (12), non seulement il décida en dormant que c’était un songe, mais il en fit encore l’interprétation avant que le sommeil le quittât. Il jugea que le dictionnaire ne voulait dire autre chose que toutes les sciences ramassées ensemble, et que le recueil de poésies intitulé Corpus poetarum marquait en particulier et d’une manière plus distincte la philosophie et la sagesse jointes ensemble. Car il ne croyait pas qu’on dût s’étonner si fort de voir que les poètes, même ceux qui ne font que niaiser (m), fussent pleins de sentences plus graves, plus sensées et mieux exprimées que celles qui se trouvent dans les écrits des philosophes. Il attribuait cette merveille à la divinité (n) de l’enthousiasme et à la force de l’imagination, qui fait sortir les semences de la sagesse (qui se trouvent dans l’esprit de tous les hommes comme les étincelles de feu dans les cailloux) avec beaucoup plus de facilité et beaucoup plus de brillant même que ne peut faire la raison dans les philosophes. M. Descartes, continuant d’interpréter son songe dans le sommeil, estimait que la pièce de vers sur l’incertitude du genre de vie qu’on doit choisir, et qui commence par « Quod vitae sectabor iter ? », marquait le bon conseil d’une personne sage ou même la théologie morale (13). Là-dessus, doutant s’il rêvait ou s’il méditait, il se réveilla sans émotion et continua, les yeux ouverts, l’interprétation de son songe sur la même idée. Par les poètes rassemblés dans le recueil il entendait la révélation et l’enthousiasme, dont il ne désespérait pas de se voir favorisé. Par la pièce de vers « Est et non » /d/, qui est « Le oui et le non » de Pythagore (10), il comprenait la vérité et la fausseté dans les connaissances humaines et les sciences profanes. Voyant que l’application de toutes ces choses réussissait si bien à son gré, il fut assez hardi pour se persuader que c’était l’esprit de vérité qui avait voulu lui ouvrir les trésors de toutes les sciences par ce songe.  »

Ces quelques lignes sont tellement importantes pour le sort du monde et de la civilisation que j’ai honte de les traiter en quelque sorte par dessus la jambe:

1- Descartes décide (ce mot est important) au cours du songe même qu’il s’agit d’un songe et non d’une vision, ici se trouve la « ligne de démarcation » entre l’Orient et l’Occident, entre la nuit mystique des prophètes et la raison supra-mystique des mathématiciens et des philosophes, entre la « pensée » passive, féminine et lunaire, et l’émancipation virile hors des ténèbres de la sensibilité par la pensée solaire, active de la mathesis universalis.

Ce qu’il dit des poètes, même ceux qui ne font que niaiser, et des sentences mieux exprimées que celles qu’on trouve dans les écrits des philosophes s’applique à merveille à l’évangile ou au Tanakh (« ancien testament ») : Brunschvicg cite souvent l’Evangile, mais toujours des extraits de nature universelle, philosophique, jamais les passages mythologiques, qui ne concernent que la particularisme des « croyants ».

Il serait peut être temps de se rendre compte que l’Ancien et le Nouveau Testament ne sont que des…testaments, rédigés par un mort qui est le Dieu d’Abraham.

Mais nous voulons le faire revivre en le « Dieu des philosophes et des savants », qui est l’esprit de vérité dont parle Baillet dans le récit ci dessus.

Les « Est et non », le « oui et le non », c’est ce que Badiou appelle un « point », une convocation devant le deux d’un choix crucial, qui se trouve déjà dans le Deutéronome et son « Voici, je place devant toi deux voies, celle de la mort et celle de la vie »

En termes scientifiques modernes, c’est le vrai et le faux, le binaire 0-1 de l’informatique.

Le « Quod vitae sectabor iter? » (Quel chemin suivrai je en cette vie?) c’est l’orientation dans le monde spirituel des idées, que la désorientation propre au nihilisme consumériste a oubliée : aujourd’hui, s’orienter veut dire choisir un métier pour avoir un salaire le plus élevé possible.

Quel est le rapport de ces prolégomènes avec ISRAËL ?

Il existe, mais cet article est par lui même assez long, et il se suffit à lui même.

Un mot encore : je sais bien que les féministes et les apôtres de la diversité seront choqués (sous réserve qu’il y en ait qui lisent ce blog) par mon opposition tranchée entre Orient et Occident, entre mystique féminine et lunaire et pensée rationnelle virile et solaire.

Mais ici nous parlons du monde de l’esprit où il n’y a plus ni hommes ni femmes, ni noirs ni blancs, ni grecs ni juifs : ce monde où nous sommes tous des anges.

L’émancipation virile vis à vis des préjugés et des traditions, c’est pour tout le monde, hommes et femmes.

Et si l’homme est une femme comme les autres, la réciproque doit être valide.

Je ne puis résister à l’envie diabolique d’aggraver mon cas en citant le denier logion 114 (tiens, le nombre aussi des sourates du Coran) de l’Evangile de Thomas:

« Simon Pierre leur dit :
Que Mariam sorte de parmi nous, parce que les femmes ne sont pas dignes de la Vie.
Jésus dit :
Voici que Je l’attirerai
Afin de la faire mâle,
Pour qu’elle soit, elle aussi, un esprit vivant,
Semblable à vous, les mâles.
Car toute femme qui se fera mâle
Entrera dans le Royaume des Cieux.
 »

http://evangiledethomas.over-blog.com/categorie-621445.html

et aussi:

La ligne de partage des temps

Le théorème zéro de Terry Gilliam : QOHEN LETH = COHEN + QOHELETH

Voir le film ici en vf (en bas, choisir ok.ru)

http://sokrostream.biz/films/zero-theorem-20794.html

De nouveau je ne suis pas d’accord du tout avec ceux, assez nombreux, qui enfoncent le film:

http://www.lemonde.fr/culture/article/2014/06/24/zero-theorem-un-retour-aux-sources-rate-pour-terry-gilliam_4443326_3246.html

lente et triste agonie artistique ? Quel excès !

Mais le pire est L’express:

http://www.lexpress.fr/culture/cinema/zero-theorem-egale-la-tete-a-toto_1553980.html

Je ne dis pas que c’est le film du siècle, ni même le meilleur film de Terry Gilliam mais de là à dire que le film vaut zéro…

Je ne comprends pas non plus ceux qui trouvent le scénario déconcertant ou incompréhensible, c’est très clair au contraire et pas vraiment original, mis à part qu’il s’agit de science fiction mais dont on observe les prémisses aujourd’hui dans ce que l’on appelle « réalité virtuelle »

Le sens de l’histoire est inscrit, ce que personne ne semble avoir remarqué (il est vrai qu’il n’est pas nécessaire d’être hébraïsant pour être critique cinématographique), dans le nom même du personnage principal joué par Christophe Waltz:

QOHEN LETH

(nom important puisqu’il est toujours obligé de l’épeler: Q sans U puis O H E N)

Ceci renvoie au mot hébreu COHEN (avec un Kaf : K) qui veut dire « prêtre »

Pourquoi le Q sans U au début ?

Pour évoquer un autre mot hébreu : QOHELETH (avec non plus un Kaf = 20 mais un Q = Qof = 100) qui est le titre d’un des livres sapientiaux de la Bible:

QOHELETH = L’ecclésiaste

dont le texte est bien connu, et paraît fort différent des autres livres de l’Ancien Testament, ce livre est ici:

http://www.info-bible.org/lsg/21.Ecclesiaste.html

« Paroles de l’Ecclésiaste, fils de David, roi de Jérusalem.
1.2
Vanité des vanités, dit l’Ecclésiaste, vanité des vanités, tout est vanité.
1.3
Quel avantage revient-il à l’homme de toute la peine qu’il se donne sous le soleil?
1.4
Une génération s’en va, une autre vient, et la terre subsiste toujours.
1.5
Le soleil se lève, le soleil se couche; il soupire après le lieu d’où il se lève de nouveau.
1.6
Le vent se dirige vers le midi, tourne vers le nord; puis il tourne encore, et reprend les mêmes circuits.
1.7
Tous les fleuves vont à la mer, et la mer n’est point remplie; ils continuent à aller vers le lieu où ils se dirigent.
1.8i
Toutes choses sont en travail au delà de ce qu’on peut dire; l’oeil ne se rassasie pas de voir, et l’oreille ne se lasse pas d’entendre.
1.9
Ce qui a été, c’est ce qui sera, et ce qui s’est fait, c’est ce qui se fera, il n’y a rien de nouveau sous le soleil.
« 

ce qui correspond bien à la personnalité dépressive, angoissée et solitaire du personnage du film, informaticien chargé par Mr Management (Matt Damon) de démontrer le théorème zéro : « il n’y a pas de sens à l’histoire de l’univers qui naît de rien et retourne à …rien »

En somme Qohen Leth représente le scientifique, »héritier » en une certaine mesure de l’homme de foi du Moyen Age comme du désenchantement del’Ecclésiate, il vit dans une église désaffectée parce que la science moderne au 17 eme siècle s’est effectivement constituée sur le socle du christianisme (L’évêque Copernic, Descartes le catholique fidèle) et Alexandre Kojève le philosophe athée et marxiste montre qu’elle n’aurait pas pu prendre naissance en climat juif, musulman, païen, chinois, ou hindou.

Mais la science née du christianisme se met aussitôt à détruire ce qui constituait le sens du monde pour les croyants, chrétiens ou non chrétiens, et aujourd’hui son œuvre est achevée : les « Grands récits » religieux, ou « émancipateurs » (marxisme) se sont effondrés, et l’homme occidental (comme d’ailleurs de plus en plus le non occidental) est dans un « état » analogue, plus ou moins, à celui de Qohen Leth dans le film de Terry Gilliam: on ne vit plus qu’au jour le jour, content si l’on a un « job » et si l’on est ainsi un instrument du « système » (Gestell), si l’on peut encore partir en vacances ou si la Bourse monte. Ou si une nouvelle guerre n’a pas éclaté pendant la nuit.

Il y a désormais un problème mondial de la fatigue disait Baudrillard il y a longtemps, dans « La société de consommation » il me semble; et le spectacle de la « société du spectacle » ferait mentir Brunschvicg, si celui ci n’avait pas précisé prudemment que l’Occident n’a jamais produit que de bien rares exemplaires de cet « homme occidental » qu’il décrit :

http://leonbrunschvicg.wordpress.com/about/

 

Peut on dire que le sens de l’existence a été suffisamment détruit, et qu’il faut maintenant le transformer ?

C’est en effet ce que j’affirme depuis longtemps et l’on s’en aperçoit si on lit les articles que j’ai consacrés les jours précédents au Colloque relations-objets: la science par elle même ne donne pas de sens (sauf à l’existence individuelle des chercheurs qui se consacrent à elle, et encore pas toujours), elle se contente de détruire les « faux » sens nés de la superstition.

Ajoutons tout de même que l’irruption de la science moderne en Europe, par le total bouleversement qu’elle a provoqué dans la conception du monde physique et de son échelle,  a fait mentir L’Ecclésiaste : il y a du nouveau sous le Soleil, même et surtout si l’on comprend « Soleil » à la manière des kabbalistes, comme la Sephira Tipheret dans l’arbre des Sephiroth.

Mais une religion enfin universelle PEUT naître sur les décombres des religions du « Dieu des guerres de religion », ou plutôt : pouvait naître, si l’esprit des philosophes-savants du 17 eme siècle, encore présent chez Einstein et Husserl, s’était maintenu, mais il a été remplacé par celui de la technoscience et du positivisme, puis par celui des managers et autres généraux.

Et Mr Management représente dans le film l’autre tendance, la tendance libérale anglo-saxonne, celle qui organise la désorientation de la pensée et le désordre (amoureux, politique, intellectuel) et la dérégulation parce que « grâce au chaos on peut gagner beaucoup d’argent ».

Il est significatif que Qohen Leth soit un informaticien, et non pas un mathématicien-physicien : il ne peut pas vraiment quitter l’esprit des anciennes religions pour celui du Dieu des philosophes et des savants, parce qu’il n’est pas un philosophe ni un savant, encore moins un philosophe-savant, dont le dernier exemplaire est Einstein.

C’est ce qui explique aussi les  » à peu près » philosophiques et scientifiques du scénario : le Big Bang tel que l’avait conçu l’Abbé Lemaitre n’est plus de mise il est remplacé par la cosmologie des fluctuations quantiques du vide…du vide quantique qui n’est pas le Néant.

Et tout le monde sait très bien, y compris le provocateur Terry Gilliam, que jamais un théorème ne pourra démontrer qu’il y a un sens à l’existence ou qu’il n’y en a pas.

Quant à la réalité virtuelle, il faut répondre à Matrix que Descartes avec son cogito nous a donné une base et un critère infaillible pour être certains que nous sommes réellement, et pas dans un monde virtuel, que nous ne sommes pas des cerveaux dans une cuve avec plein de fils branchés autour.

Le seul et définitif sens de l’existence, qui doit nous aider à nous orienter dans la pensée et l’action tant que nous sommes en vie, il a été dit selon moi par Léon Brunschvicg dans « Raison et religion » (1939):

« Les théologiens se sont attachés à distinguer entre la voie étroite : Qui n’est pas avec moi est contre moi, et la voie large : Qui n’est pas contre moi est avec moi. Mais pour accomplir l’Évangile, il faut aller jusqu’à la parole de charité, non plus qui pardonne, mais qui n’a rien à pardonner, rien même à oublier : Qui est contre moi est encore avec moi.

Et celui-là seul est digne de la prononcer, qui aura su apercevoir, dans l’expansion infinie de l’intelligence et l’absolu désintéressement de l’amour, l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire.… »

Qui aura su apercevoir cette unique vérité …et la mettre en application dans son existence…le voilà le seul sens possible de l’existence!

Et il réclame de rompre définitivement avec le Dieu des (guerres de) religions, ainsi qu’avec l’esprit de désorientation de tous les Mr Management.

Que ce soit l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire signifie que Dieu, le Dieu des philosophes et des savants, c’est uniquement cela : une obligation pour nous tous, si nous sommes humains, d’être fidèles à cette unique vérité divine.

Ce n’est pas une Shari’a, ou le menace de châtiments « après la mort » qui nous y oblige : c’est que Dieu est en nous cette obligation.

Seulement cette obligation consiste à être libre.

Ce n’est pas le Dieu d’Abraham-Ibrahim : il ne vient pas espionner par le trou de la serrure des chambres à coucher, il ne vient pas voir ce qu’il y a dans notre assiette.

Il n’intervient pas dans le cours du monde et de l’histoire , il ne prend pas partie pour un camp ou pour l’autre.

C’est à nous d’intervenir…une fois que nous avons compris l’unique vérité dont Dieu ait à nous instruire, et compris que notre liberté EXIGE que nous la suivions, cette vérité.

Or l’état de l’humanité montre bien que personne ne l’a suivie jusqu’ici…

Dieu des philosophes et des savants, non le Dieu d’Abraham-Ibrahim, Isaac et Jacob.

Le mémorial de Blaise Pascal

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