Colloque relation/objet 18 et 19 juin 2014 ENS Ulm

http://www.ens.fr/actualites/agenda/article/colloque-relation-objet

 

http://www.pensee-sciences.ens.fr/spip.php?article127

 

La théorie des catégories apparue en 1945 formalise évidemment ceci : les objets sont…les objets, et les morphismes sont les relations.

Et comme de juste pour une théorie scientifique, le rôle prépondérant appartient aux relations, les objets peuvent d’ailleurs être « identifiés » à leur morphisme identité qui de par les axiomes existent pour chaque objet.

http://s.dugowson.free.fr/enseignement/20111012categoriesMSSCI.pdf

http://www.jyb-logic.org/ens-cat.pdf

voici ce qu’en disait Badiou il y a 20 ans :

http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/93-94.3.htm

 

Et Brunschvicg (qui n’a pas vécu assez longtemps pour voir apparaitre la théorie des catégories):

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

 

« Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la  terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός.  »

 

pour tout savoir sur la théorie des catégories, qui n’est donc autre que la théorie générale des théories scientifiques, commandée par le premier type, platonicien, idéaliste, de structure mentale (le deuxième type pouvant être nommé « aristotélicien », ou « thomiste », ou réaliste, ou ontologicien, etc…) un grand bouquin de plus de 500 pages :

« Abstract and concrete categories »

 

http://katmat.math.uni-bremen.de/acc/acc.pdf

 

ou

 

https://archive.org/details/Jiri_Adamek_Horst_Herrlich_George_E_Strecker__Abstract_and_Concrete_Categories_The_Joy_of_Cats

 

ou

 

http://www.tac.mta.ca/tac/reprints/articles/17/tr17abs.html

 

Vivre éternellement ?

Hervé Juvin est un ancien collaborateur de Raymond Barre qui pourfend l’obscurantisme lié à la mondialisation et au nivellement qu’elle impulse:

Pour une écologie des civilisations

Je l’ai entendu ce matin sur France Info dans « Un monde d’idées » nous prévenir, entre autres, des dangers du « transhumanisme » aux USA : certains membres de cette « mouvance » nous annoncent que les êtres humains qui vivront 3 ou 4 siècles sont déjà en vie, ils sont parmi nous…et le progrès, que l’on n’arrête pas comme chacun sait, permettra bientôt à d’autres de vivre encore plus longtemps, mille ans, dix mille ans. Et pourquoi pas indéfiniment ?

Cette « information » appelle évidemment une série de questions : est ce possible ? est ce souhaitable ? est ce généralisable pour tout le monde? Quelles seraient les conséquences si un grand nombre de personnes vivent ainsi plus de 3 siècles ?

Et bien sûr : au cas où ce serait possible pour un nombre seulement restreint de personnes, sur quels critères seraient elles choisies, ou plutôt sélectionnées ? et qui ferait la sélection ?

Mais il me semble plus intéressant de méditer la judicieuse remarque d’Hervé Juvin, qui note là un symptôme présent chez l’homme occidental né des Lumières qui, non content d’étendre indéfiniment le domaine de ses « droits », se révolte maintenant contre la condition humaine et son caractère mortel, et veut en quelque sorte « sortir de la Nature » et vise à une sorte d’auto création de lui même comme un « petit Dieu ».
Or ces remarques sont judicieuses mais elles appellent un complément : comment en est on arrivé là?

J’ai déjà donné ce que je crois être la bonne réponse à cette question : on en est arrivé là, à cette folie, après un « itinéraire de l’égarement », référence au titre de l’excellent livre d’Olivier Rey sous titré « Du rôle de la science dans l’absurdité contemporaine »:

Itinéraire de l’égarement

En utilisant des termes qui ne sont pas ceux d’Olivier Rey et qu’il n’approuverait peut être pas, je dirais que le « péché » de l’Occident consiste à donner la primauté à l’homme des Lumières (du 18 eme siècle) et à sa volonté d’extension indéfinie des droits, sur l’homme du 17 eme siècle, celui qui a assisté à la naissance de la science moderne concurremment à une révolution philosophique, celui que Brunschvicg appelle « l’homme suivant Platon et suivant Descartes » dans un texte de 1930 environ:

Léon Brunschvicg : l’homme occidental

Car il me semble difficile, voire impossible, de réfuter la démonstration d’Olivier Rey :

Les héros de la vie spirituelle qui, au 16eme-17eme siècles (Copernic, Galilée, Descartes, Malebranche, Spinoza, Leibniz, etc..) ont donné naissance à la révolution scientifique moderne, qui au début était tout autant philosophique et religieuse, ne l’ont pas fait en prenant pour but la puissance industrielle, militaire et économique donnée par la technoscience : car celle ci n’existait pas encore à l’époque et n’est venue qu’au 18 eme siècle avec les premières machines à vapeur industrielles, et surtout au 19 eme siècle.

Alors pourquoi l’ont ils fait ? Avaient ils même un but ?

La réponse d’Olivier Rey est affirmative, et proche de celle de Husserl dans la « Krisis » : après la Renaissance l’humanité européenne se donne librement une nouvelle forme de vie philosophique consistant à se libérer de la Tradition et à se « créer » librement elle même de façon autonome.

Et Brunschvicg, en 1928, voit dans l’émergence de la physique mathématique au 17 eme siècle, en rupture avec l’infantile physique aristotélicienne, un « changement d’axe de la vie religieuse »:

La querelle de l’athéisme de Léon Brunschvicg

L’absurdité contemporaine est excellemment dépeinte par Olivier Rey sous la forme d’une interrogation à la fois « humoristique » et angoissée :

« Comment cette liberté, cette autonomie, a t’elle pu déchoir en liberté de choisir le lieu de ses prochaines vacances? »

Et maintenant, avec les transhumanistes, en liberté non plus de « passer sa mort en vacances » comme dans la chanson de Brassens, mais de passer sa vie indéfiniment prolongée (3 siècles, 10 siècles ?) en vacances « éternelles »…

Seulement un homme est venu, il y a 2000 ans, (certains disent même qu’il est un dieu, ou un Fils de Dieu) qui a dit quelque chose de légèrement différent :

Evangile de Jean 17-3

« Or, la vie éternelle, c’est qu’ils te connaissent, toi, le seul vrai Dieu, et celui que tu as envoyé, Jésus-Christ. »

Mais comme je l’ai dit, je ne veux plus rallumer ici les conflits religieux, et je n’appartiens d’ailleurs à aucune paroisse: « la philosophie doit se garder de vouloir être édifiante »

On m’excusera donc d’avoir recours à nouveau à une référence biblique pour résumer le « péché » (décidément!…) de l’Occident dont découlent à mon avis toutes ces ténèbres obscures qui nous environnent:

C’est qu’il a choisi cet Occident, ou plutôt cette Europe chérie qui est la nôtre, le « plat de lentilles » de la puissance et de la gloire données par la technoscience plutôt que l’autonomie spirituelle en quoi consistent les fondements de la science.

Or nous prévient Brunschvicg à la fin de « Raison et religion », en reprenant et élargissant un passage de l’Evangile:

« on ne sert pas deux maîtres à la fois »

La citation complète étant :

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

(Fin du livre)

« Aller jusqu’au bout dans la voie du sacrifice et de l’abnégation, sans chercher de compromis entre les deux mouvements inverses et inconciliables de marche en avant et de retour en arrière, nous avons à cœur de dire, une fois de plus, que ce n’est nullement, selon nous, rompre l’élan imprimé à la vie religieuse par les confessions qui ont nourri la pensée de l’Occident, contredire l’exemple de leurs héros et de leurs saints. Nous avons appris de Pascal que la lutte n’est pas entre l’Ancien et le Nouveau Testament, mais dans l’Ancien même entre les « juifs charnels » et les « juifs spirituels », comme dans le Nouveau entre les « chrétiens spirituels » et les « chrétiens charnels ». Et la parole demeure, qui passe outre à la séduction pieuse de l’éclectisme : On ne sert pas deux maîtres à la fois, seraient-ce (oserons-nous conclure) la puissance du Père et la sagesse du Fils. »

Post scriptum:

je ne veux pas cependant paraître « donneur de leçons » (je n’en ai aucun droit ailleurs) surtout vis à vis de cette Europe chérie qui est ma mère adorée (rien à voir avec ce que l’on appelle de nos jours « Europe », cette marâtre, et à propos de laquelle nous allons voter dimanche).

Jusqu’en 1760, l’Europe agressée par l’Islam ottoman devait bien se préoccuper un peu de puissance militaire, car si elle ne l’avait pas fait, elle n’existerait plus aujourd’hui, nous parlerions tous le turc et serions tous musulmans…