Le salut est au prix d’une seconde naissance, qui seule ouvre le royaume de Dieu

Ces lignes sont extraites de l’avant-propos du livre « Héritage de mots, héritage d’idées » de Brunschvicg:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/brunschvicg_heritage_mots.doc

« S’exercer à entrer dans la pensée de ceux qui ne pensent pas comme nous, c’est susciter l’effort méthodique qui nous rapprochera de notre but essentiel, la conquête de l’être intérieur. N’est-ce pas la caractéristique de l’ordre spirituel que les richesses reçues du dehors n’y prennent de valeur véritable qu’une fois retrouvées et comme créées à nouveau ? Les thèmes d’imitation doivent se transformer en versions originales. Le salut est au prix d’une seconde naissance, qui seule ouvre le royaume de Dieu. »

J’ai déjà dit ici :

http://horreurislamique.wordpress.com/un-monde-sans-surnaturel-ni-prieres-ou-autres-bondieuseries/

que je considère Brunschvicg comme Le Philosophe (comme Thomas d’Aquin appelait Aristote) ou Le Maître ou Le Sage mais aussi comme l’Apôtre en ce sens qu’il permet d’accéder au sens réel de l’évangile, loin des fables qui considèrent de façon réaliste les événements de la vie de Jésus Christ et des interprétations (d’origine kabbalistique et midrashique) qui se perdent dans les sables mouvants des sens symboliques.
Ici la seconde naissance est associée à la résurrection dans l’esprit qui vivifie les pensées des Maîtres du passé.

Il s’agit de rendre la pensée vivante et active, en remplaçant, selon la belle formule de Brunschvicg, les « thèmes d’imitation par des versions originales ».

Car le piège de la pensée, qui est notre outil de libération, est de succomber aux automatismes du langage:

« Ce n’est pas seulement Dieu dont nous dirons qu’il est légué à chacun de nous comme un simple signe sonore, laissant d’abord l’idée dans l’incertitude et l’obscurité ; ce sont les termes les plus familiers auxquels d’ailleurs il est intimement lié : bien ou vrai, monde ou âme, personne ou société. Nous ne pouvons pas ne pas en faire usage ; mais à quel titre et dans quelle intention ? la plupart d’entre nous n’ont pas songé à se le demander. Le langage parle pour eux, les mots qu’ils ont appris à prononcer leur apparaissent assurés contre tout péril de méprise et d’équivoque. Leibniz, si attentif à ménager l’instinct conservateur, n’en a pas moins remarqué : « Les enfants reçoivent des propositions qui leur sont inculquées par leurs père et mère, nourrices, précepteurs et autres qui sont autour d’eux ; et ces propositions, ayant pris racine, passent pour sacrées, comme si Dieu lui-même les avait mises dans l’âme. On a de la peine à souffrir ce qui choque ces oracles internes, pendant qu’on digère les plus grandes absurdités qui s’y accordent.»

Un exemple récent de ces automatismes du langage ?

La propagande pour le « mariage pour tous » qui réclame l’égalité des couples homosexuels et hétérosexuels dans l’accès au mariage…

Le mot « égalité » est complètement dénaturé, il est un peu semblable à un fusil automatique dont on aurait perdu le mode d’emploi et qui ne peut plus entraîner que des destructions!!

C’est la mission de la philosophie, et par exemple de ce livre « Héritage de mots, héritage d’idées » qui est le dernier de Brunschvicg, terminé en novembre 1943 quelques semaines avant sa mort, et qu’il avait écrit comme « manuel d’instructions pour sa petite-fille, de « sauver la pensée » du cercueil des mots, et cette entreprise provoque la résistance des esprits asservis au règne du « tissu mystifiant des représentations collectives »:

« Ainsi s’expliquent le geste de réflexe collectif, le mouvement de recul et presque d’effroi, dont l’histoire témoigne, chaque fois qu’un philosophe pour de bon, inspiré par le génie de l’anti-dogmatisme, Socrate ou Descartes, Hume ou Kant, a entrepris de déballer la cargaison qui était enveloppée dans les plis du langage, et de la passer au crible d’une réflexion appelée à consolider ceci et à rejeter cela. »

Le terme de « seconde naissance » a des inconvénients, surtout s’il conduit à imaginer la nouvelle naissance sur le modèle de la première.

La naissance ordinaire, si elle n’est pas « relevée » par la nouvelle naissance, a pour essence la Geworfenheit, l’avoir-été-jeté, de Heidegger, avec ses diverses nuances : déréliction, facticité et étrangeté-au-monde, situation insupportable que l’être humain a tendance à fuir dans les conduites inauthentiques, les « distractions » de Pascal et les croyances superstitieuses qu’il appelle « religieuses ».
Il imagine ainsi un « Dieu Tout Puissant et infiniment Bon » (réquisits contradictoires) qui a « voulu » qu’il soit et donc l’a créé.
Mais ce « Dieu » est imaginaire et personne n’a « voulu » que « je sois » : j’ai-été-jeté.

D’ailleurs à peine suis je, si je suis dans l’inauthenticité de « Moi Je chacun personne »:

Pierre Emmanuel : MOI JE CHACUN PERSONNE

« « Moi je. Le premier venu. Chacun. Personne.

Signe : néant. A peine suis je moi.

A peine suis je.

J’ai honte des trop bonnes odeurs. Des couleurs.

Je porte un complet gris. Un visage gris.

Un nom plus lustré que mes coudes.

Je travaille. Je ne fais rien. Je m’épuise.

Je fais mes quarante heures.

Plus le trajet. La mort dans les jambes. »

Mais Pierre Emmanuel n’a pas seulement écrit « Jacob » : il a aussi écrit le recueil « La seconde naissance ».

La philosophie de Heidegger, parce qu’elle méprise le cartésianisme et la Raison, conduit au désespoir, ou aux prétendus saluts collectifs comme le nazisme qui veulent un « Homme Nouveau », soit une seconde naissance pour toute l’humanité, ou ce qu’il en reste après la « solution finale ».

Mais seul moi même, l’être qui a été jeté et à qui l’on a donne ce nom ci, peut prendre la responsabilité et assumer la tâche de ma seconde naissance, transcendantale : je ne puis naître à la place d’un autre, c’est cela l’authenticité : me vouloir en tant que celui ci qui a été jeté et me donner l’être, me créer moi même.
Or ce travail de la gestation et de la création de moi même passe par une guerre, si nous revenons aux paroles de l’Apôtre Brunschvicg (« l’évêque Brunschvicg », comme le surnommaient dérisoirement Sartre et Nizan qui lui auraient bien fait porter la couronne d’épines sans doute): cette guerre, ce glaive que le Christ est venu apporter en ce monde:

« Encore la parole de l’Évangile souffre-t-elle d’un embarras d’interprétation qu’il nous semble salutaire de méditer pour mesurer à quel point notre problème est difficile et profond. A la prendre littéralement, l’opération de la seconde naissance s’accomplirait aussi bien du dehors qu’au dedans, ex aqua et Spiritu sancto, comme si le rédacteur johannique hésitait au moment de prendre catégoriquement parti entre la figuration symbolique qui relève de la matière, et la spiritualité toute pure qui est le siège unique de la vérité. Mais sitôt après, se souvenant que Jésus est venu apporter sur la terre non la paix mais le glaive, il répare sa défaillance, et nous fait entendre la voix dont l’accent décisif coupe court à tout malentendu, rendant désormais impossible, presque sacrilège, la mollesse d’un compromis : « qui est né de la chair est chair ; qui est né de l’esprit est esprit ». Nous renonçons donc, et quoiqu’il en puisse coûter par ailleurs, à escompter la vertu magique d’un trait d’union pour apaiser les contradictions qui se rencontrent dans le monde et dans la vie : la chauve-souris de la fable ne saurait être érigée en modèle de l’être ou en prototype de l’idée. L’impératif de la conscience demeure inéluctable : dire oui si c’est oui, et non si c’est non. En d’autres termes la conjonction doit céder la place à la disjonction ; la synthèse ambitieuse et ambiguë à la probité incorruptible de l’analyse.

Ces lignes sont absolument capitales, car elles viennent annuler et remplacer 2000 ans de christologie et d’interprétations des textes évangéliques.

Les interprétations symboliques, « ex aqua », doivent céder désormais la place à ce qui est « ex spiritu sancto » : la philosophie, la recherche de la vérité.

Ce qui est de l’ordre de la chair c’est l’Islam qui prend le glaive du Christ pour le glaive matériel et la guerre sainte des conquêtes et des conversions forcées, avec leur cortège de massacres et de viols (80 millions de morts lors des conquêtes de l’Inde):

JIHAD FISABILILLAH

Mais l’impératif inéluctable de la conscience c’est la liberté, dont l’Islam n’a et n’aura jamais aucune idée, puisqu’elle est cette « nouvelle forme d’existence » que l’Europe se donne à elle même il y a quatre siècles.

Nous ne sommes pas tous des juifs allemands : nous sommes tous les, la petite fille de Brunschvicg, de l’Apôtre providentiel du Christ venu en notre temps de Ténèbres rectifier et redresser les fautes de l’Eglise apostate et prostituée , voir:

Balzac : la résurrection de l’Eglise, la Grande Prostituée

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2 réflexions sur “Le salut est au prix d’une seconde naissance, qui seule ouvre le royaume de Dieu

  1. Pingback: John Frankenheimer : SECONDS (1966) | L'obscurité

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