L’exposé de Badiou : objet comme forme de l’être et relation comme forme de l’existence

Ce matin à 10 heures à l’ENS rue d’Ulm:

http://www.ens.fr/actualites/agenda/article/colloque-relation-objet

dans mon article précédent annonçant ce colloque j’en étais resté à l’opposition Platon-Aristote dans la distinction entre les deux types de mentalité que je caractérisais comme idéaliste-réaliste, ou comme axe entre science des relations et mathemata et métaphysique des logoi, mais ceci n’est qu’un des deux axes d’une croix (il faut toujours préférer la quaternité de la croix, ou le sénaire de la sphère, à la pure opposition binaire), le second axe opposant Parménide à Héraclite.

Or Badiou semble placer Parménide avec Platon, et Aristote avec Héraclite, il escamote donc la croix et l’aplatit sur un seul axe, et ceci ne va pas de soi, pour moi. D’autant plus que la théorie mathématique des catégories est placée plutôt du côté aristotélicien, heraclitéen, relativiste, naturaliste, celui de l’apparaître en un monde, du phénoménal, et la théorie des ensembles du côté de l’ontologie, discours sur l’être, c’est à dire pour un platonicien sur les Formes, les Idées : l’ontologie ne peut être que formelle, comme l’avait découvert Husserl, et l’ontologie c’est pour Badiou la mathématique, depuis « L’être et l’événement ».

Et il a une formule saisissante en convoquant devant un choix là encore binaire : si l’on refuse d’accepter que l’ontologie soit la mathématique, alors on doit accepter la thèse de Wittgenstein sur la mathématique comme jeu de langage, et dans ce cas il n’y a plus de science, car n’importe quel autre jeu de langage (comme le mythe) doit aussi être accepté comme égal à la science.

Ce qui est aussi la thèse du célèbre « Hamlet´s Mill » de Giorgio de Santillana, que l’on peut lire ici:

http://www.bibliotecapleyades.net/hamlets_mill/hamletmill.htm

c’est à dire un site consacré aux complots et autres illuminatis, pas précisément un site philosophique.

Il doit donc y avoir un autre choix, je le place du côté de l’Un et de l’hénologie, mais je ne dispose pas d’une formulation rationnelle qui aille plus loin que les premiers paragraphes de « L’être et l’événement » : la localisation errante de l’Un dans le « il y a de l’un » du compte-pour-un ensembliste.

Je dois reconnaître que les thèses de Badiou sont ici très fortes, servies par une maîtrise philosophique et mathématique impressionnantes, et ceci me gêne car Badiou se situe pour moi dans la complicité avec le Mal : marxisme, maoïsme, antisionisme, complaisance à l’égard de l’Islam. Par contre j’approuve évidemment son attitude vis à vis de l’Occident nihiliste (enténébré) et de la farce des droits de l’homme et de la pseudo-démocratie.

Et je dois avouer ici avec une grande honte qu’en 2003 j’étais partisan de l’intervention américaine en Irak. On en voit le résultat aujourd’hui.

Pour Badiou, comme pour Lavelle dans « De l’être » , le concept d’être est univoque, alors qu’au livre Gamma de la métaphysique Aristote affirme l’equivocité de l’être : « être se dit en plusieurs sens ». Deleuze, qui n’est pas platonicien, admet aussi l’univocité de l’être.

Badiou continue en remarquant que l’équivocité est la loi du « monde », c’est à dire des réseaux relationnels: il y a donc là encore deux pôles, le monde et l’être, et la libération vis à vis du monde par une vérité (« la vérité vous rendra libre » a dit quelqu’un d’autre que Badiou) passe toujours par un rapprochement du pôle « être » par un accroissement d’univocité, et un affranchissement de l’équivocité propre à la vie « du monde ».

Une vérité amené toujours de la violence, des bouleversements : rupture du train train quotidien du monde où chacun a sa « place » et ne doit pas en sortir.

Et il a une formule saisissante : la science est une extorsion d’univocité (c’est pour ça qu’elle est toujours mathématisée) , d’un noyau d’univocité dans l’équivocité propre au monde des opinions et à son relativisme: une Idée est chez Platon ce qu’il y a d’univoque dans l’exercice de la pensée.

Le trajet de Badiou se décrit en trois stades:

– univocité de l’être (ligne platonicienne rationaliste et mathématisante, par opposition au vitalisme de Bergson et Deleuze). Mais cette univocité est in objective, formelle, structurale. L’être est Forme, multiple sans qualité, l’ontologie discours sur l’être en tant qu’être est donc la mathématique des ensembles.

– s’introduit alors la différence des mondes, alors que la mathématique est pensée univoque des formes, la physique est pensée de l’être du monde. Il y a mise en équivocité de l’univocité par localisation, et ceci se fait dans la théorie des catégories, qui est en position dialectique avec celle des ensembles : chacune a besoin de l’autre

– un objet (de la théorie des catégories) est une forme multiple en tant qu’elle apparaît dans un monde, ou : un objet existe en tant qu’il fait exister une forme dans un monde.

La mathématisation est stigmate de l’être : d’où sa nécessité pour la science, libération qui signe un accès à la part d’être du monde

Colloque relation/objet 18 et 19 juin 2014 ENS Ulm

http://www.ens.fr/actualites/agenda/article/colloque-relation-objet

 

http://www.pensee-sciences.ens.fr/spip.php?article127

 

La théorie des catégories apparue en 1945 formalise évidemment ceci : les objets sont…les objets, et les morphismes sont les relations.

Et comme de juste pour une théorie scientifique, le rôle prépondérant appartient aux relations, les objets peuvent d’ailleurs être « identifiés » à leur morphisme identité qui de par les axiomes existent pour chaque objet.

http://s.dugowson.free.fr/enseignement/20111012categoriesMSSCI.pdf

http://www.jyb-logic.org/ens-cat.pdf

voici ce qu’en disait Badiou il y a 20 ans :

http://www.entretemps.asso.fr/Badiou/93-94.3.htm

 

Et Brunschvicg (qui n’a pas vécu assez longtemps pour voir apparaitre la théorie des catégories):

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/progres_conscience_t1/progres_conscience_t1_intro.html

 

« Aussi bien, et l’on devra s’en laisser convaincre par les premiers chapitres de notre ouvrage, l’opposition décisive entre l’idéalisme mathématique de la République platonicienne et le réalisme astro-biologique de la Métaphysique aristotélicienne a défini le thème fondamental de l’Occident dans le domaine pratique comme dans le domaine théorique, indépendamment de toute référence au christianisme. Plusieurs siècles avant qu’il ait commencé d’exercer sa propagande, la polémique de l’Académie et du Lycée apporte le témoignage lumineux qu’il existe deux types radicalement distincts de structure mentale, commandés, l’un par les relations de la science (μαθήματα), l’autre par les concepts du discours (λόγοι). De là procède le problème religieux, tel qu’il se manifeste dans la  terminologie des Stoïciens avec la dualité du Verbe intérieur, ou raison : λόγος ἐνδιάθετος, et du Verbe extérieur, ou langage : λόγος προφορικός.  »

 

pour tout savoir sur la théorie des catégories, qui n’est donc autre que la théorie générale des théories scientifiques, commandée par le premier type, platonicien, idéaliste, de structure mentale (le deuxième type pouvant être nommé « aristotélicien », ou « thomiste », ou réaliste, ou ontologicien, etc…) un grand bouquin de plus de 500 pages :

« Abstract and concrete categories »

 

http://katmat.math.uni-bremen.de/acc/acc.pdf

 

ou

 

https://archive.org/details/Jiri_Adamek_Horst_Herrlich_George_E_Strecker__Abstract_and_Concrete_Categories_The_Joy_of_Cats

 

ou

 

http://www.tac.mta.ca/tac/reprints/articles/17/tr17abs.html

 

« Ethan Frome » d’Edith Wharton: lorsque la tragédie de la vie est dépassée par la dérision et l’horreur d’être

On apprend toujours quelque chose à l’émission du samedi matin de Finkielkraut , et oserais je dire surtout quand le thème n’implique pas de parler d’immigration, d’identité française malheureuse, d’Islam, de Heidegger ou de Hannah Arendt.

Ce matin l’émission était consacrée au roman « Ethan Frome » (aussi intitulé « Sous la neige ») d’Edith Wharton:

http://www.franceculture.fr/emission-repliques-ethan-frome-roman-d-edith-wharton-2014-06-14

J’avais déjà entendu parler de ce livre chez Finky, mais ce qui a été dit ce matin m’a tellement bouleversé et impressionné que j’ai entrepris des recherches sur le web, où l’on peut lire le livre facilement et gratuitement, en traduction française (bien entendu ion peut aussi facilement le trouver en version originale):

-on peut lire ou télécharger le roman en format EPub ou pdf ici:

http://www.bouquineux.com/index.php?telecharger=2861&Wharton-Sous_La_Neige

-il y a aussi Wikisource mais une bonne partie manque:

http://fr.wikisource.org/wiki/Sous_la_neige

-on peut l’écouter en version audio :

http://www.litteratureaudio.com/livre-audio-gratuit-mp3/wharton-edith-sous-la-neige.html

Et il y a d’autres possibilités comme Gallica…

Je n’ai pas pu lire tout en deux heures, mais j’en ai assez parcouru pour pouvoir affirmer que c’est un très grand livre, qui rappelle les romans les plus sombres de Balzac ou de Faulkner.

Là encore cela rappelle la « mort dans la vie » évoquée par Coleridge qui lui aussi était mal marié à une femme qu’il n’aimait pas : mais alors qu’ Edith Wharton a trouve en elle même la force de braver les « pesanteurs sociales » et de divorcer, il semble que Coleridge ait eu recours aux paradis artificiels.

Dans « Sous la neige » les personnages sont absolument impuissants et écrasés par le destin : Ethan et Mattie s’aiment, elle pourrait s’intéresser aux mêmes choses que lui qu’il a connues pendant ses courtes années d’études (la science notamment, qui lui a permis de comprendre que le mystère de l’être dépassé la quotidienneté routinière et monotone) seulement pour partir s’établir dans l’Ouest il leur faudrait de l’argent, qu »Ethan certes pourrait emprunter en trompant des gens qui l’estiment et qu’il estime.

Et surtout il lui faudrait abandonner sa femme, sans ressources, dans la misère.

Projet de bonheur immédiatement avorté donc.

Ethan et Mattie Silver ne voient donc plus de possible que la fuite dans le suicide, mais la mort leur est refusée, et ils survivent estropiés, surtout Mattie dont le corps est entièrement paralysé, et l’épouse d’Ethan , Zeena, semble revivre après cet horrible événement, et trouvera la force de s’occuper d’eux, les trois personnages continueront à vivre dans cette misère morale, physique et spirituelle, dans cette ferme glacée de la Nouvelle Angleterre qui se dégrade d’année et année faute de réparations.

Comme le dit Finkielkraut il est difficile d’imaginer destin plus atroce.
C’est là si l’on veut l’aspect infernal de l’immanence, être bloqué avec un corps totalement inerte, dépendant des autres (et surtout d’une femme acariâtre et haineuse) pour sa survie, sans avoir même les ressources de l’esprit (livres, études) pour dépasser sa simple condition biologique.

Mais essayons d’imaginer une évolution différente, il me semble que le récit lui même nous y invite de par l’homothétie entre Zeena et Mattie : Zeena vient soigner la mère d’Ethan, après la mort de celle ci Ethan épousera Zeena pour la remercier, puis Zeena se révèle acariâtre et tombe malade, vient Mattie pour la soigner…imaginons qu’Ethan et Mattie arrivent à vaincre les pesanteurs, matérielles, socialeś financières, etc..et partent recommencer une nouvelle vie, ensemble, dans l’Ouest.

Il est de l’essence même du bonheur de ne pas durer: mais plaçons nous dans le cas le plus favorable, imaginons que ces deux êtres s’aiment jusqu’à la mort, dans une de ces unions si rares, où l’attraction physique éphémère cède la place à une vie familiale harmonieuse mais surtout à une « union d’esprit à esprit », dont certes le texte de « Sous la neige » donne le sentiment de la possibilité.

Mais si nous nous rappelons alors du récit de Jaccottet qui donne à ce blog sa trame, nous observons que le maître, dans « L’obscurité », a trouvé ce bonheur: une femme qui l’aime et qu’il aime, et surtout qui partage sa vie spirituelle, une vie de famille heureuse, une maison dans un lieu paradisiaque, la célébrité et de l’argent, assez pour être au dessus du besoin.

Mais cela n’empêche pas sa chute.

Certes on dira : « mais le récit de Jaccottet comme celui d’Edith Wharton ne sont que des œuvres d’imagination »

Cette objection n’a pas sa place ici : pour nous l’ordre de l’esprit dépasse l’ordre de la chair, et c’est l’ordre de la chair sans l’ordre de l’esprit, la pure et simple vie réduite à la routine des besoins et des désirs satisfaits (ou pas) au jour le jour , qui nous semble une imagination (infernale d’ailleurs).

Mais dans l’ordre de l’esprit nous pouvons et devons (puisque c’est l’essence même de l’esprit) opérer des distinctions, des discriminations : « Sous la neige », pour bouleversant que soit ce chef d’œuvre, en reste au niveau social; « L’obscurité » et « Bartleby » s’élèvent un cran au dessus, au niveau métaphysique, celui des éternelles apories de la condition humaine, qui rendent possible quelque chose de tel que le suicide véritable (non sur le coup d’une impulsion ou d’un sentiment de rage ou de haine).

« Sous la neige » ne débouche pas directement (à mon avis) sur la décision résolue de dépasser et de « surmonter en esprit » l’impasse de la condition humaine en empruntant « le gué » découvert il y a quatre siècles par Descartes (ou bien en empruntant les « sentiers qui ne mènent nulle part » sauf à l’être-pour-mourir).

« L’obscurité » : si!
ou bien ? ou bien?

L’obscurité pour les nuls : « un singe en hiver » (1962)

Ce film qui a « fait époque » est sur Dailymotion en sept vidéos:

http://www.dailymotion.com/video/x5hc65_un-singe-en-hiver-1_news

de SINHIV1 à SINHIV7 (les liens vers les 6 suivantes sont dans la
marge à droite).

J’ai vu la pièce de théâtre adaptée du film : la prestation d’Eddy Mitchell n’a rien à voir avec celle de Gabin, même s’il connaît sans doute mieux le « véhicule »…

Là aussi nous trouvons une réflexion sur le temps, le dépérissement, même si c’est d’abord une comédie, avec les dialogues étincelants d’Audiard (« les princes de la cuite » etc..)

mais bien sûr sans la profondeur philosophique du récit de Jaccottet, il est vrai que l’alcool aussi mène à la Sagesse mais …à condition d’en sortir, et d’en sortir assez tôt !

Wikiquote : un singe en hiver

« Attention aux roches, et surtout, attention aux mirages ! Le Yang-tsé-Kiang n’est pas un fleuve, c’est une avenue. Une avenue de 5000 km qui dégringole du Tibet pour finir dans la mer Jaune, avec des jonques et puis des sampans de chaque côté. Puis au milieu, il y a des… des tourbillons d’îles flottantes avec des orchidées hautes comme des arbres. Le Yang-tsé-Kiang, camarade, c’est des millions de mètres cubes d’or et de fleurs qui descendent vers Nankin, puis avec tout le long des villes ponton où on peut tout acheter, l’alcool de riz, les religions… les garces et l’opium… »

Jean Gabin, Un singe en hiver (1962), écrit par Michel Audiard

« Arrière les Esquimaux ! Je rentre seul. Un matador rentre toujours seul ! Plus il est grand, plus il est seul. Je vous laisse à vos banquises, à vos igloos, à vos pingouins. ¡ Por favor Señora ! À quelle heure le train pour Madrid ?

Jean-Paul Belmondo, Un singe en hiver (1962), écrit par Michel Audiard »

« Albert Quentin : L’intention de l’amiral serait que nous percions un canal souterrain qui relierait le Huang Ho au Yang-tsé-Kiang.
Esnault : Le Yang-tsé-Kiang… Bon.
Albert Quentin : Je ne vous apprendrai rien en vous rappelant que Huang Ho veut dire fleuve jaune et Yang-tsé-Kiang fleuve bleu. Je ne sais pas si vous vous rendez compte de l’aspect grandiose du mélange. Un fleuve vert ! Vert comme les forêts, comme l’espérance. Matelot Esnault, nous allons repeindre l’Asie, lui donner une couleur tendre. Nous allons installer le printemps dans ce pays de merde. »

« Albert : Ah parce que tu mélanges tout ça, toi ! Mon Espagnol comme tu dis et le père Bardasse. Les Grands Ducs et les Bois-sans-soif !
Esnault : Les grands ducs !
Albert : Oui, monsieur ! Les princes de la cuite, les seigneurs ! Ceux avec qui tu buvais le coup dans le temps et qui ont toujours fait verre à part ! Dis-toi bien, que tes clients et toi, ils vous laissent à vos putasseries les seigneurs : ils sont à cent mille verres de vous ! Eux, ils tutoient les anges !
Esnault : Excuse-moi, mais nous autres on est encore capable de tenir le litre sans se prendre pour Dieu le Père !
Albert : Mais, c’est bien ce que je vous reproche ! Vous avez le vin petit et la cuite mesquine. Dans le fond, vous ne méritez pas de boire ! Tu te demandes pourquoi il picole l’Espagnol ? C’est pour essayer d’oublier les pignoufs comme vous ! »

« Jean Gabin, Jean-Paul Belmondo, Un singe en hiver (1962), écrit par Michel Audiard

Marie : Dis p’pa, tu crois qu’il en a vu des singes en hiver ?
Gabriel : Je pense qu’il en a vu au moins un.

La toute dernière réplique du film.
Jean-Paul Belmondo, Un singe en hiver (1962), écrit par Michel Audiard »

Plus un qui n’est pas dans ce Wikiquote, à la fin, quand les deux compères ivres sortent du cours Dillon où l’on n’a pas voulu leur remettre la fille de Gabriel Fouquet, Belmondo :

« Parce que j’ai vu et entendu…il possède une caisse d’explosifs à faire sauter Versailles…une boutique….Au chic Parisien »

Gabin

« Landru ! Embrasse moi mec…tiens t’es mes 20 ans! Nique les! Champions du monde! »

Les récits contraignants

« Le bleu du ciel » de Georges Bataille débute par un avant-propos où l’auteur s’explique sur les « monstrueuses anomalies » du livre:

« Un peu plus un peu moins tout homme est suspendu aux récits, aux romans, qui lui révèlent la vérité multiple de la vie. seuls ces récits, lus parfois dans les transes, le situent devant le destin…
…comment nous attarder à des livres auxquels sensiblement l’auteur n’a pas été contraint ? »

Puis il cite un certain nombre de titres qui exemplifient cette affirmation souveraine, « qu’il renonce à justifier » (cette outrecuidance fait partie de sa « signature »):

Wuthering Heights (« Les hauts de Hurlevent »), Le procès, L’arrêt de mort, La recherche du temps perdu, L’idiot, ….tout en prévenant qu’il pourrait en nommer d’autres…

J’y ajouterais quant à moi « Le bleu du ciel » lui même, La montagne magique, Bartleby, à peu près tout Balzac, le Dit du vieux marin, Kubla Khan, et bien sûr « L’obscurité » de Jaccottet, auquel je suis si bien suspendu (voire pendu, ou crucifié, en tout cas une position inconfortable) que j’y ai suspendu ce blog pour…pour quoi au fait ?

Quoiqu’il en soit, si la philosophie doit se garder de vouloir être édifiante, si la science doit se garder d’être triomphante (ce qui élimine les fâcheux positivistes), la littérature doit se garder d’être confortable..ce qui élimine pas mal de « romans » contemporains.

Je suis donc moi aussi comme contraint par ce récit de 1961 à l’apparence si « modeste » mais qui est pour moi comme ma potence principale…ma croix?

Certains, croyants ou non, ont pour habitude d’ouvrir quotidiennement et au hasard la Bible et d’y choisir un verset à méditer, ils y trouvent toujours du sens, des sens éternellement nouveaux.

Je n’ai jamais eu cette chance avec la Bible, par contre ceci se vérifie pour moi avec « L’obscurité »..

Si je lis dans la partie II page 94 (sur 171) je trouve ce passage où le « récitant », revenant en arrière dans le temps pour tenter de comprendre le « scandale » de sa dernière nuit avec son maître dans le taudis où celui ci s’était retiré, et se remémore leurs interrogations sur les grandes œuvres du passé et le sens qu’il faut leur donner, peut être:

« Qu’y avait il, dans ces fragments d’un lointain monde, pour les (les hommes) émouvoir à ce point ?
Nous en avions parlé souvent ensemble naguère, et nous ne doutions pas que cet attrait n’eût quelque lien essentiel et avec la lumière qui nous conduisait, et avec cet insaisissable à quoi mon maître venait de se heurter, irréparablement semble t’il…
 »

Cet « insaisissable » est ce que les religions nomment « Dieu » ou « les dieux » (que les anciens grecs imaginaient en haut de l’Olympe), il peut prendre deux formes : transcendance (dans les religions) ou immanence (dans la philosophie), mais il ne faut pas comprendre cette « immanence » comme « ici bas et quotidienneté », comme horizontalité : la verticalité comme dimension de l’espace temps est simplement remplacée par la « porte étroite » de l’instant vu (par Lavelle notamment) comme jonction du temps horizontal et de l’éternité verticale au point central de la Croix.

Ceci est dit de manière remarquable par Brunschvicg toujours dans la conclusion de « Raison et religion »:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

« Nous nous affranchirons du temps simplement vital, dans la mesure où nous en découvrirons la racine intemporelle. La vie, à la prendre en général dans l’absolu de son concept, nous savons trop qu’elle est sans pitié pour les vivants. Elle peut se définir comme l’ensemble des forces qui résistent à la mort ; mais ce n’est là qu’une expression provisoire jusqu’à l’inévitable dénouement qui la révèle comme l’ensemble des forces qui acheminent à la mort. Il est malaisé de décider si l’armée des vivants peut avoir l’espérance, suivant la magnifique image que nous a proposée M. Bergson, de « culbuter la mort » ; mais, puisque le salut est en nous, n’est-il pas assuré que l’armée des esprits débouche dans l’éternité, pourvu que nous ayons soin de maintenir à la notion d’éternité sa stricte signification d’immanence radicale ?
Nous le disons à notre tour : il ne s’agit plus pour l’homme de se soustraire à la condition de l’homme. Le sentiment de notre éternité intime n’empêche pas l’individu de mourir, pas plus que l’intelligence du soleil astronomique n’empêche le savant de voir les apparences du soleil sensible. Mais, de même que le système du monde est devenu vrai du jour où la pensée a réussi à se détacher de son centre biologique pour s’installer dans le soleil, de même il est arrivé que de la vie qui fuit avec le temps la pensée a fait surgir un ordre du temps qui ne se perd pas dans l’instant du présent, qui permet d’intégrer à notre conscience toutes celles des valeurs positives qui se dégagent de l’expérience du passé, celles-là mêmes aussi que notre action réfléchie contribue à déterminer et à créer pour l’avenir.
 »

L’éternité c’est le plan spirituel de l’immanence radicale, le plan de l’idée, ordre de l’esprit par opposition à l’ordre de la chair, plan vital dans lequel le maître reste enlisé (probablement à cause d’un amour non payé de retour, mais cela aurait été la même chose si cet amour avait été partagé , bien sûr…)

Revenons à la suite du texte de Jaccottet sur le sens des grandes œuvres du passé:

« ce qui avait été saisi par l’homme, dans ces œuvres et dans ces lieux, c’était toujours justement la limite de l’homme, ou si l’on préfère l’au delà de sa limite, l’en-dehors absolu, conçu tantôt comme effrayant, tantôt comme adorable, ou les deux ensemble…et la proximité (si l’on peut dire) de l’Inapprochable prêtait à tout ce que l’homme faisait pour lui ou à partir de lui une certaine sorte de magie, qui subsistait malgré que les cultes fondés sur elle aient disparu depuis longtemps; magie enfin, et ce n’était pas le moins surprenant, qui semblait n’avoir jamais été aussi puissante qu’en notre temps où tout conspirait à reculer les limites humaines, à refuser ou ignorer l’Illimité quel qu’il fût… »

La magie qui est nommée ici, c’est la technoscience qui dépasse de loin tout ce qu’avait rêvé l’ancienne magie…

Mais il est impossible de ne pas faire le rapprochement avec un autre texte, qui n’est pas du tout un récit, plutôt un fatras informe écrit dans un jargon obscur, c’est le cas de le dire:

« Le mythe du vingtième siècle » d’Alfred Rosenberg, le dirigeant nazi qui était en quelque sorte l’intellectuel du régime…une sorte de Tariq Ramadan avant l’heure:

https://archive.org/details/LeMytheDuXxeSiecle

où notre époque est dépeinte en ces termes, page 1 du chapitre 1 du Livre premier intitulé « Le combat des valeurs »:

« Voici ce qui caractérise notre époque : le rejet de l’absolu, le refus de ce qui serait illimité. Cela signifie que l’on se détourne de toutes les valeurs existant au delà de la vie organique, que le moi individuel se figurait autrefois pour créer artificiellement une communauté supra-humaine de toutes les âmes. Jadis la christianisation de la terre et la promesse d’une rédemption par le retour du Christ n’avaient pas d’autre but. puis ce fut dans le même sens le rêve de « l’humanisation de l’humanité ». Ces deux idéaux se sont engloutis dans un chaos de sang lors de la première guerre mondiale qui représentait une régénération spirituelle. »

La terminologie employée par Rosenberg a le mérite de révéler clairement ce que visait réellement le nazisme (par delà l’élimination ou l’asservissement des peuples « non germaniques »): le rejet de ce que Brunschvicg appelle « ordre ou plan de l’esprit » considéré par Rosenberg comme illusion (apportée par les « illusionnistes juifs »), et l’exaltation du plan vital, ordre de la chair, c’est à dire de ce qu’ils appelaient la Nature, où le fort élimine le faible.

Qu’est ce que la magie dont parle le narrateur de Jaccottet et où il décèle, « de manière surprenante », la quintessence de notre époque « où l’on se détourne des anciennes promesses »?

Il y a magie quand nous observons un effet inattendu sans pouvoir l’expliquer.

Or des effets de puissance terrifiante la science moderne en produit en abondance, et les magiciens noirs de l’ancien temps parleraient de « magie supérieure à la leur » parce qu’ils n’arriveraient pas à produire de telles destructions.

Seulement la différence c’est que les physiciens peuvent expliquer, et donc prévoir, les différentes étapes d’une explosion nucléaire.

Ils le peuvent, en ultime instance, grâce aux idées (mathématiques) que développe la physique.

Ceux pour qui ils travaillent (auxquels ils « vendent leur âme ») à savoir les militaires aux ordres des politiques utilisent donc le plan de l’esprit (la physique théorique et mathématique) avec la complicité des ou de certains scientifiques pour produire des effets magiques et terrifier ou influencer les populations ignorantes.

C’est en gros le scénario du « Projet Manhattan » qui a abouti à Hiroshima.

Et c’est un scénario faustien.

La tragédie du docteur Faust consiste à vendre son âme au Diable à des fins de bonheur terrestre, c’est à dire à trahir le plan spirituel, celui des idées, qui vise la Sagesse, pour le plan vital, celui de la Puissance guerrière ou économique (le « diable »).

Trahir le plan spirituel c’est le considérer comme au service du plan vital, donc comme illusoire s’il est considéré comme supérieur au plan vital (au « monde », à la nature).

C’est ce que fait Rosenberg qui considère toute valeur au delà de la vie organique comme illusoire.

Mais c’est aussi le « péché » dont se rend coupable le maître dans le récit de Jaccottet (pour des raisons entièrement différentes bien entendu) lors de la fameuse « nuit de Gethsémani » telle que sa la remémore le narrateur:

« ce que mon maître avait dit cette nuit là, ce qu’il avait cherché à me faire comprendre, c’est que la lumière par nous entrevue et avec tant d’ardeur poursuivie n’était qu’une illusion parmi d’autres »

Ce que vit le maître c’est un cogito avorté, qui en reste au stade du pressentiment et n’accède pas au plan de la science.

Car le cogito cartésien donne par un même et unique mouvement de l’esprit la certitude d’être et la certitude du « Dieu est en nous »:

« J’ai premièrement en moi la notion de l’Infini que du fini, de Dieu que de moi même »

Un spiritualisme du cogito

et c’est encore Brunschvicg qui parlant de tout autre chose (dans la conférence de 1937 sur « l’actualité des problèmes platoniciens) nous donne le bon diagnostic sur la chute du Maître dans le récit de Jaccottet:

« L’élan mystique n’aura de portée et de signification que s’il se dépasse lui même en s’orientant franchement vers la perfection dialectique de la raison: car à la raison seule il appartiendra de remonter jusqu’à l’origine des valeurs idéales et d’en mettre à nu la vérité intrinsèque« 

La théologie criminogène

Article à méditer:

Réflexion sur la théologie criminogène

« Depuis très longtemps, dans le judaïsme et le christianisme, la théologie criminogène ne justifie plus les prétendus appels de Dieu à massacrer que dans le très lointain passé où furent rédigés les livres de l’Ancien Testament. Mais ces deux religions ont transmis cette justification au prophète Mohamed, lequel l’a re-justifiée à son tour, et ré-interprétée de manière tragique pour l’humanité : la prétendue volonté de « bonne violence » de Dieu restait valable, selon lui, pour le présent de l’islam en formation, et elle le resterait jusqu’à la soumission totale de tous les peuples au « seul vrai Dieu Allah ». On voit encore aujourd’hui, peut-être plus gravement que jamais, les terribles résultats.

C’est cette épouvantable ré-animation, toujours pas rejetée par les musulmans pacifiques, qui me fait affirmer très clairement mon islamophobie (1). Mais il me paraît évident que, même si elle est désormais indirecte, la responsabilité du judaïsme et du christianisme reste grande dans la poursuite de la violence effectivement commise au nom de Dieu. Et c’est en trahissant le Jésus dont il se dit l’héritier spirituel, ainsi que son message contenu dans les Evangiles, que le christianisme, le catholicisme tout spécialement, maintient ce qu’il y a de criminogène dans sa théologie.

J’approuve à cent pour cent, et même à sang pour sang, ce qui est dit dans cet article, mis à part le fait qu’il me semble hasardeux de placer quelques lignes plus loin Simone Weil et Michel Onfray…

Je n’ai pour ma part jamais laissé planer la moindre ambiguïté sur mes autres blogs : je n’exerce pas mon libre droit à la critique et à la dénonciation de l’Islam et du Coran (et non pas d’un prétendu islamisme ou fondamentalisme islamique) à partir d’une autre option religieuse choisie parmi les « religions du Dieu des guerres de religions » ou les autres.

Je suis, comme l’auteur de l’article, partisan de l’Etat d’Israel et de l’Anti-antisionisme, justement parce que depuis 1948 les juifs redeviennent un peuple comme les autres et sont libérés du mythe funeste de l’élection qui leur a attiré tant de malheurs.

Et ce n’est pas un hasard si parmi les juifs antisionistes on trouve, à part les juifs gauchisants et athées qui n’ont plus de juifs que le nom, des juifs religieux traditionalistes et obscurantistes comme ces Neturei Qarta qui sont les « bons juifs » des musulmans.

« pas de peuple d’élection, pas de culte d’exception » comme disait Brunschvicg, et aussi:

« L’esprit se refuse au Dieu du mystère comme au Dieu des armées »

et aussi et surtout ces lignes extraites de la conclusion de « Raison et religion » qui date de 1939, sorte de testament religieux de Brunschvicg, qui vient rectifier et annuler Ancien comme Nouveau Testaments:

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/raison_et_religion/raison_et_religion.html

« Entre l’illumination transcendante et la lumière intérieure, la digue que la « crainte du Seigneur » s’était efforcée d’élever sera sans cesse rompue : le contraire de la crainte, c’est l’espérance, mais c’est aussi le courage. Il faut avoir le courage de son espérance ; et dès lors, la subjectivité de la synthèse cessera de tenir à distance respectueuse l’objectivité de l’analyse. Plus profondément encore peut-être, la question sera de décider si une synthèse qui n’est que subjective, qui ne se fonde pas, selon l’exigence de la méthode, sur la vertu conquérante de l’analyse, est réellement une synthèse, si elle ne se réduit pas, sous un nom flatteur et trompeur, à une ruse de la mémoire qui projette sur le progrès de la conscience l’ascendant mystérieux d’habitudes invétérées, c’est-à-dire, au fond, la tradition banale d’un sens commun.

LII. — Bon gré, mal gré, il faudra en arriver à poser en termes nets et francs le problème que l’éclectisme cherchait à embrouiller ou à dissimuler, et dont aussi bien dépend la vocation spirituelle de l’humanité. Dira-t-on que nous nous convertissons à l’évidence du vrai lorsque nous surmontons la violence de l’instinct, que nous refusons de centrer notre conception du monde et de Dieu sur l’intérêt du moi ? ou sommes-nous dupes d’une ambition fallacieuse lorsque nous prétendons, vivants, échapper aux lois de la vie, nous évader hors de la caverne, pour respirer dans un monde sans Providence et sans prières, sans sacrements et sans promesses ?
La clarté de l’alternative explique assez la résistance à laquelle se heurte une conception entièrement désocialisée de la réalité religieuse. Un Dieu impersonnel et qui ne fait pas acception des personnes, un Dieu qui n’intervient pas dans le cours du monde et en particulier dans les événements de notre planète, dans le cours quotidien de nos affaires, « les hommes n’ont jamais songé à l’invoquer ». Or, remarque M. Bergson, « quand la philosophie parle de Dieu, il s’agit si peu du Dieu auquel pensent la plupart des hommes que, si, par miracle, et contre l’avis des philosophes, Dieu ainsi défini descendait dans le champ de l’expérience, personne ne le reconnaîtrait. Statique ou dynamique, en effet, la religion le tient avant tout pour un Être qui peut entrer en rapport avec nous » . En vain donc le rationalisme invoquera ses titres de noblesse, tentera de faire valoir « quelque idéal de sagesse ou de beauté, il ne saurait grouper qu’une rare élite et, s’il se borne aux horizons terrestres, il succombe avec l’individu » .
 »

Simone Weil dit une chose analogue dans « La pesanteur et la grâce », il faudra que je retrouve le texte précis, mais en gros cela démontre qu’un « Dieu qui intervient dans le cours du monde et de l’Histoire » ne peut pas être Dieu, mais forcément une Idole fasciste et sanguinaire: le « Dieu » de l’Ancien Testament que Simone Weil récusait absolument, en rapprochant par exemple l’idéologie de Moïse de celle de Charles Maurras, et celle de Thomas d’Aquin de celle d’Hitler.
Il n’y a donc plus aucune ambiguïté et les trois prétendus monothéismes abrahamiques sont ici jugés , et condamnés.

Mais le danger serait ici de tout confondre dans la nuit obscure où toutes les vaches sont noires.

Rappelons ici un proverbe d’Afrique du Nord:

« Une fourmi noire sous une pierre noire sur la terre noire dans la nuit noire, Dieu seul la voit »

Mais si le Dieu des philosophes et des savants est la condition de possibilité du jugement libre et rationnel, « ce par quoi il y a vérité plutôt que ce dont il y a vérité », nous ne pouvons pas faire moins, nous dont l’unique devoir religieux est d’exercer ce jugement et de le vérifier, que le Dieu des fables et des proverbes: il nous faut discriminer, et discerner cette fourmi que nous sommes, perdue dans les ténèbres.

Et nous ne pouvons pas alors ne pas déceler un progrès de réflexion et d’universalité dans l’évangile, celui de Jean notamment, ou celui de Thomas, par rapport aux génocides décrits dans le livre de Josué, progrès de la conscience que le christianisme devenu religion de l’Empire a ensuite trahi, avant que le Coran écrit sur deux siècles ou plus par des religieux nazaréens (dont Pierre-Antoine Bernheim a montré qu’ils devraient être appelés les véritables « judéo-chrétiens ») ne vienne l’éteindre définitivement en soufflant sur la flamme et en éteignant la Lumière.

Mais en 1596 un nouveau Rédempteur est né, suivi d’un autre en 1632,

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La Lumière ne peut pas s’éteindre entièrement (ce que vise pourtant à faire la pseudo-civilisation qui se donne actuellement le nom « Europe »), et comme dit le texte de la fin de « L’obscurité » de Philippe Jaccottet:

« Le véritable amour est un souffle dont on dirait qu’il ne peut pas s’interrompre« 

Simone Weil, l’espace-temps, et l’amour de Dieu

Tiré du chapitre « L’amour de Dieu et le malheur » du livre « Attente de Dieu »:

« L’infinité de l’espace et du temps nous séparent de Dieu. Comment le chercherions nous ?….nous sommes hors d’état d’avancer verticalement. Nous ne pouvons pas faire un pas vers les cieux.
Dieu traverse l’univers et vient jusqu’à nous.
Par dessus l’infinité de l’espace et du temps, l’amour infiniment plus infini de Dieu vient nous saisir
 »

Émile Cioran répond:

« elle a raison la pauvre sainte… »

(en fait ce propos visait plutôt Thérèse d’Avila il me semble, dans « De l’inconvénient d’être né »)

je vois plusieurs apories ou du moins imprécisions dans ce texte: la « verticale » dont parle la « martienne » n’a rien à voir avec la troisième dimension d’espace dans laquelle nos avions et nos vaisseaux spatiaux évoluent et « font des pas »…

Mais que dis je?

Pas besoin de faire un pas vers les cieux puisque la physique moderne nous assure que…nous y sommes!

Mais bien sûr La « trollesse » ( autre surnom donné à Simone Weil, par son frère André cette fois, le grand mathématicien) ne parle pas des cieux en ce sens là : elle parle du Royaume des cieux de l’évangile (et de Genèse 1, si l’on veut).

Par contre l’infinité de l’espace et du temps est un peu fâcheux : Einstein parle de l’espace-temps, qui n’est pas infini mais illimité, ce qui est tout différent.

Y aurait il plusieurs infinis ? Voilà une thèse athée qui convient à la rigueur à Badiou méditant sur l’infinité des cardinaux infinis de Cantor , mais pas à la martienne…

Comment l’amour de Dieu traverserait il l’espace-temps, notion mathématique ?

Non j’ai beau faire des efforts…finis certes, la pensée de Brunschvicg me semble infiniment plus claire et donc préférable : on supprime l’ordre de la charité (qui n’est guère charitable, comme le montre la récente découverte du charnier de bébés « illégitimes » en Irlande dans un ancien couvent), ne restent que l’ordre de la chair et l’ordre de l’esprit, et la recherche de Dieu ne concerne que le second:

« Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène. »

Et pan sur Heidegger…

En somme on remplace la transcendance « par delà l’espace et le temps » ( mais qui bizarrement vient nous saisir) par l’intériorité réflexive et son universalité.

Mais la Sainte de l’Abîme est plus sainte à mes yeux..

En somme le seul vrai problème à me poser pour sortir (ou bondir par dessus) de tous mes problèmes est méthodologique :

-la seule philosophie suffit elle (Platon, Descartes, Spinoza, Kant, Fichte, Lagneau, Lachelier, Brunschvicg)?

-ou bien est il besoin d’une pensée qui la dépasse par le haut (pensée que je décèle chez José Dupré et Simone Weil)?

Parce que je ne reviendrai pas à l’avant Descartes…il est vrai que Platon vient avant Descartes mais je parle ici plutôt du platonisme en tant que « vérité de la philosophie », qui n’a donc ni d’avant ni d’après …