Partie de campagne: Jean Renoir s’est inspiré de son père Auguste Renoir

Le lien que j’ai donné avant hier pour voir « Partie de campagne » ne marchait pas hier, il semble remarcher:

A day in the country Jean Renoir 1936

mais cela n’empêche pas d’aller voir le film qui ressort cette semaine en salle, ce que j’ai fait aujourd’hui au Champo

Car en plus de la version restaurée du film de 40 minutes, on peut voir un court métrage d’un quart d’heure réalisé par Claudine Kauffman à partir de bobines de juin et juillet 1936 sur les essais d’acteurs:

http://www.t-n-b.fr/fr/cine-tnb/partie_de_campagne__essai_dacteurs-2137.php

On y voit à l’œuvre la technique de Jean Renoir, sans doute le plus grand directeur d’acteurs, inspirée de l’impressionnisme de son père Auguste Renoir: laisser la lumière jouer librement avec le visage de l’acteur au gré des différents moments et attitudes du corps.

Il n’y a pas de son, mais ces courts moments datant de 80 ans en arrière en sont d’autant plus bouleversants.

Ces gens savaient en 1936 qu’ils fonçaient vers la mort, un peu comme les passagers et conducteurs du train fonçant dans la nuit dans « La mort dans l’âme » de Sartre. Le savaient ils tous?

je ne puis croire que Sylvia Bataille, qui avait vécu de 1928 à 1934 comme épouse de Georges Bataille, et était encore en 1936 en rapports étroits avec lui (puisqu’il figure dans le film) n’ait pas été au courant de l’écriture du « Bleu du ciel » qui eut lieu en 1935.

Un livre qui annonce clairement le désastre. »Écriture du désastre » disait je crois Blanchot ?

En tout cas la dernière bobine du court métrage sur le casting s’attarde longuement sur les essais pour la scène du baiser entre Henri le canotier et Henriette dans l’île au rossignol.

Il y a dans ces essais indéfiniment recommencés, et dans ces deux bouches qui enfin s’emmêlent (Georges Darnoux jouant Henri et Sylvia Bataille jouant Henriette) plus qu’un jeu, plus qu’un film.

L’expression , le regard de la femme ne trompent pas: elle jouit en reprenant l’homme anonyme en elle.

Entendons nous : je ne dis pas qu’ils ont eu une liaison, et je m’en moque complètement.

Ce qui est sensible ici, ou plutôt rendu sensible par la maîtrise de Renoir et celle des acteurs, c’est dirais je le couple générique des amants, qui accèdent un instant paroxystique à la « continuité perdue ».

Nous sommes ici, encore en 1936, au pôle opposé de celui de la pornographie, qui allait tout envahir à partir des années 60.

Le sommet, ou la proximité du sommet (dirait Georges Bataille) vis à vis des bas-fonds.

Mais il est vrai que l’on ne peut pas chuter des bas-fonds: alors que le film montre à la fin la chute des amants vite rejoints par la quotidienneté dans l’horreur de la non-vie indéfiniment répétée.

Un destin impliqué par la notion même d’instant.

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