« The offence » de Sidney Lumet (1972): un film qui a sa place dans « L’obscurité »!!

J’ai vu ce film au cinéma la semaine dernière et je dois dire qu’il est extrêmement dérangeant, encore plus même que le dernier film de Lumet sorti en 2007: « 7h58 ce samedi là » qui se termine sur la scène d’un père (Albert Finney) étranglant son fils couché dans un lit d’hôpital (Philip Seymour Hoffman, mort récemment de la drogue).

Modification 18/02/2015:
Les liens donnés ci dessous ne marchent plus mais en voici un qui fonctionne:

Sidney Lumet : The offence 1972

On peut voir « The offence » sur YouTube en huit parties , mais en anglais non sous titré, faire une recherche Google en tapant « The offence pt 1/8 », jusqu’à « The offence pt 8/8 », la première partie est ici et nous introduit dans l’atmosphère terrifiante du film, qui montre un policier (joué magistralement par Sean Connery, qui avait alors 42 ans) qui perd le contrôle et lynche à mort un suspect dans une affaire de viol d’adolescente:

The offence pt 1/8

Sur la marge de droite de la partie 2 vous avez les liens des parties suivantes jusqu’à 6/8:

The offence pt 2/8

Et c’est lors des deux dernières partie 7/8 et 8/8 que l’on comprend ce qui s’est réellement passé lors de cet interrogatoire et qu’il ne s’agit pas d’un dérapage mais d’un meurtre délibéré.

The offence pt 7/8

et

The offence pt 8/8

Ce qui se passe c’est que l’inspecteur Johnson ( interprété par Sean Connery) a bien conscience d’avoir de sérieux problèmes dûs en partie à son métier, en partie à son mariage raté, et en grande partie à lui même. Il va même jusqu’à demander l’aide de celui qu’il interroge pour meurtre, et dont on ne saura pas s’il est coupable ou innocent; il rit au nez du policier, en lui conseillant de se débrouiller tout seul face aux « images » qui envahissent sa tête et en prennent le contrôle.

On comprend peu à peu que ces images concernent ses pulsions de mort et de sexe, et qu’il est obsédé par une attirance obsessionnelle envers les adolescentes, comme le suspect qu’il veut forcer à avouer et à souffrir physiquement en expiation de ses propres instincts.

Au fond c’est lui même, ce « pauvre personnage » impuissant face aux pulsions qu’il veut faire expier, et qu’il veut finalement éliminer à coups de poings et de pieds.

Un meurtre qui est aussi un suicide.

La source principale de ce que Jaccottet nomme « obscurité » réside de nos jours en les religions qui n’ont pas pu ni su évoluer hors de leur milieu primitif mythologique et collectif, et que Lachelier opposé à la religion véritable, qui doit naître hors du groupe social ou ethnique :

« Par religion (disait Jules Lachelier au cours d’un dialogue mémorable où il se confrontait à Émile Durkheim) je n’entends pas les pratiques religieuses ou les croyances particulières, qui trop évidemment varient d’un état social à un autre. Mais la vraie religion est bien incapable de naître d’aucun rapprochement social ; car il y a en elle une négation fondamentale de tout donné extérieur et par là un arrachement au groupe, autant qu’à la nature. L’âme religieuse se cherche et se trouve hors du groupe social, loin de lui et souvent contre lui… . L’état de conscience qui seul peut, selon moi, être proprement appelé religieux, c’est l’état d’un esprit qui se veut et se sent supérieur à toute réalité sensible, qui s’efforce librement vers un idéal de pureté et de spiritualité absolues, radicalement hétérogène à tout ce qui, en lui, vient de la nature et constitue sa nature »  »

Mais une source réside aussi dans le sexe, et donc dans ce que nous appelons « amour » qui est l’Eros auquel le christianisme oppose « Agapè » (qui semble t’il en a disparu très tôt), et c’est là le thème du film de Lumet: les pulsions de sexe et de mort qui envahissent la conscience d’un policier.

Or les religions existantes (y compris le christianisme après la disparition de Agapè, traitent ce « problème » au moyen de leur appareil « répressif » qui aboutit à ce que Marcuse appelait « sur-répression » et que 1968 a transformé en « interdiction de toute répression ».

Seulement comme on le voit dans le film, l’inspecteur Johnson en tentant de « réprimer » ses pensées « mauvaises » ou terrifiantes se laisse submerger, et finalement vaincre par ses pulsions de mort.

Certes il faut bien que la société fonctionne, ou fasse semblant de fonctionner, et il faut donc bien une répression des criminels, tâche assurée par la police et la justice.

Mais pour assurer le « salut des âmes », qui ne repose pas selon nous dans la prière ou les rites communautaires ni dans le respect d’une Shari’a quelle qu’elle soit, la répression ne marche pas: elle doit être remplacée par la conversion véritable, conversion à l’intériorité qui est réflexion (dont le modèle est donnée par l’epistémologie, la réflexion sur la science).

Ce qui est profondément dérangeant dans ce film, c’est que nous comprenons que nous sommes tous des sergents Johnson si nous nous laissons aller à la submersion par les « images » et les instincts.

Au moment où l’inspecteur laisse retomber le corps sanglant de sa victime et où ses collègues arrivent pour le maîtriser, il laisse échapper le nom de Dieu: « GOD… »

Mais la messe est dite et ce « Dieu » qui n’est autre que « ce qui reste » du Dieu des monothéismes qui parasité l’Occident depuis 2000 ans (la formule est de José Dupré) est illusion vitale doublé de contradiction logique,

C’est la vertu philosophique de Brunschvicg de faire voir que le salut est dans la conversion de la Transcendance en intériorité spirituelle, et la caractéristique de notre époque est de rendre impossible à la grande masse des humains toute vie intérieure : trop de distractions, et trop de travaux abrutissants.

Mais le grand danger serait de confondre l’intériorité véritable, qui est dépassement de la personne sociale, ethnique et biologique, avec l’introspection et la complaisance dans le psychique.

Aussi ne puis je pas mieux trouver pour faire comprendre l’enjeu véritable de la réflexion que cette citation tirée du chapitre « Dieu » de dernier livre de Brunschvicg terminé en novembre 1943, deux mois avant sa mort:

« Héritage de mots, héritage d’idées »

http://classiques.uqac.ca/classiques/brunschvicg_leon/heritage_de_mots_idees/heritage_de_mots.html

« Dieu ne naîtra pas d’une intuition tournée vers l’extérieur comme celle qui nous met en présence d’une chose ou d’une personne. Dieu est précisément ce chez qui l’existence ne sera pas différente de l’essence ; et cette essence ne se manifestera que du dedans grâce à l’effort de réflexion qui découvre dans le progrès indéfini dont est capable notre pensée l’éternité de l’intelligence et l’universalité de l’amour. Nous ne doutons pas que Dieu existe puisque nous nous sentons toujours, selon la parole de Malebranche, du mouvement pour aller plus loin jusqu’à cette sphère lumineuse qui apparaît au sommet de la dialectique platonicienne où, passant par dessus l’imagination de l’être, l’unité de l’Un se suffit et se répond à soi-même. Méditer l’Être nous en éloigne ; méditer l’unité y ramène.« 

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